Armstrong, l'inaccessible

Le Texan voudra-t-il remettre en jeu son titre l’année prochaine? «Je ne crois pas à une année sans le Tour», a-t-il déclaré à sa descente du podium des Champs-Élysées.
Photo: Agence Reuters Le Texan voudra-t-il remettre en jeu son titre l’année prochaine? «Je ne crois pas à une année sans le Tour», a-t-il déclaré à sa descente du podium des Champs-Élysées.

Paris — L'Américain Lance Armstrong, inaccessible, a battu le record des victoires dans le Tour de France cycliste, qu'il a remporté hier pour la sixième fois.

La 20e et dernière étape de la plus grande course cycliste du monde a été enlevée sur les Champs-Élysées par le Belge Tom Boonen (Quick Step), déjà vainqueur à Angers pour ses débuts dans le Tour. Au classement final, Armstrong a devancé le champion d'Allemagne Andreas Kloeden et l'Italien Ivan Basso, tous deux présents pour la première fois sur le podium après les 3391 kilomètres.

Jan Ullrich, le seul coureur allemand qui figure au palmarès de la Grande Boucle (1997), a terminé en quatrième place. Le champion olympique, défaillant dans les Pyrénées, est finalement resté au pied du podium pour la première fois en sept participations.

En s'imposant pour la sixième fois consécutive, Armstrong a dépassé au palmarès les quatre champions qui ont enlevé cinq victoires (les Français Jacques Anquetil et Bernard Hinault, le Belge Eddy Merckx et l'Espagnol Miguel Indurain). Âgé de 32 ans, Armstrong a dominé outrancièrement la course avec sa formation US Postal, victorieuse du contre-la-montre par équipes (pour la deuxième fois).

Dans un appel téléphonique logé depuis son ranch de Crawford, au Texas, le président George Bush lui a lancé: «Vous êtes époustouflant!»

Entre Liège (Belgique) et Paris, le Texan a gagné au total cinq étapes individuelles et le contre-la-montre par équipes, son meilleur score depuis sa prise du pouvoir en 1999, lorsqu'il était revenu sur le Tour après avoir guéri d'un cancer.

Dans la montagne, Armstrong s'est affirmé le plus fort. Déterminé à ne «pas faire de cadeau», selon sa propre expression, en dehors de l'arrivée à La Mongie laissée à Basso, il a enlevé quatre étapes (Plateau de Beille, Villard-de-Lans, contre-la-montre de l'Alpe d'Huez, le Grand-Bornand).

Le Texan a montré aussi sa supériorité dans les contre-la-montre, qu'il a dominés nettement. À l'arrivée, il a repoussé son suivant (Kloeden) à 6 minutes et 19 secondes.

Contesté avant le départ de cette 91e édition, après la publication d'un livre l'accusant implicitement de dopage, Armstrong a enlevé sa victoire «la plus maîtrisée», suivant la formule de son directeur sportif, Johan Bruyneel. Un an après avoir été accroché dans l'édition du centenaire, à la fois à cause de la canicule et d'une chute qui avait contrarié sa préparation, le champion américain a repris ses distances sur tous ses rivaux. Il a fait le vide dans les rangs de ses adversaires, au point que la concurrence paraît singulièrement désarmée à l'horizon du Tour 2005.

Le Texan voudra-t-il remettre en jeu son titre? Les avis sont partagés, dès lors qu'Armstrong a laissé la porte ouverte à d'autres hypothèses en annonçant vouloir réfléchir avant de prendre une décision.

Le souhait de se trouver un nouveau défi, les appels d'Italie pour l'inciter à disputer le Giro, auquel il n'a jamais pris part, le rééquilibrage de la saison dans le cadre du nouveau circuit UCI ProTour et la reconnaissance de son importance s'il parvenait à lui seul à redresser le niveau d'autres épreuves: tout plaide pour une pause après six victoires au Tour en six éditions. «Par-dessus tout, il n'a plus rien à prouver», reconnaît un haut dirigeant de la Grande Boucle, qui s'attend à voir le champion américain faire l'impasse l'année prochaine.

Les propos qu'Armstrong a tenus après le contre-la-montre de Besançon samedi renforcent toutefois l'hypothèse opposée: «Le Tour est la plus grande course du monde, c'est l'épreuve que j'aime le plus. Je ne peux pas imaginer ne pas faire le Tour», a déclaré le champion de l'épreuve, en précisant: «Si je reviens, ce sera en condition parfaite, pour gagner, pas pour faire une balade.»

L'engagement pour trois ans d'un nouveau parraineur, Discovery Channel, apporte un élément supplémentaire à la question. La chaîne américaine exigera-t-elle la présence d'Armstrong dans le peloton du Tour de France? À sa descente du podium des Champs-Élysées, il a laissé entendre qu'il reviendrait l'année prochaine pour une septième victoire dans le Tour de France cycliste. «Le Tour est la plus belle course du monde, pour le cyclisme, pour mon équipe, pour mon nouveau commanditaire Discovery Channel. Je ne crois pas à une année sans le Tour», a déclaré Armstrong à propos de la suite de sa carrière. Mais «ce n'est pas décidé à cent pour cent. On verra».

Ses adversaires ont failli pour des raisons diverses. Les grimpeurs espagnols ont cédé, dès l'étape des pavés pour Iban Mayo (vainqueur du Dauphiné) ou dans les Pyrénées pour Roberto Heras, qui n'a pas retrouvé son rendement passé au service d'Armstrong.

L'Américain Tyler Hamilton, autre ancien lieutenant du «patron», ne s'est pas remis de sa chute d'Angers. Quant à Ullrich, le dauphin habituel d'Armstrong, il a fléchi dès les premiers grands cols avant de se reprendre partiellement dans les Alpes.

Sur sa route, le futur vainqueur a bénéficié d'un maximum de circonstances favorables. Après la victoire de l'US Postal dans le contre-la-montre par équipes, il a eu l'intelligence de laisser filer son maillot jaune, qui a été récupéré par le jeune Thomas Voeckler (25 ans).

L'équipe du champion de France a donc aidé à contrôler la course afin que Voeckler, l'une des révélations de l'épreuve par son tempérament, puisse rester le plus longtemps possible en jaune. L'aventure s'est terminée seulement dans la première étape alpestre, après dix journées de rêve.