Ottawa presse les églises de renoncer à donner asile à des réfugiés

Ottawa — La ministre fédérale de l'Immigration, Judy Sgro, demande aux églises d'abandonner une pratique consacrée, soit donner asile aux réfugiés menacés d'expulsion.

Dans la foulée de certains cas litigieux, la ministre compte rencontrer sous peu les dirigeants des Églises à ce sujet.

«C'est une question très difficile à régler, et, à franchement parler, si nous commençons à nous servir des églises pour entrer au Canada par la porte d'en arrière, nous allons avoir d'énormes problèmes», a-t-elle affirmé au cours d'une entrevue accordée à la Presse canadienne.

«La préoccupation première doit être d'assurer la protection de notre pays et des Canadiens», a-t-elle dit, ajoutant que nul ne devrait être autorisé à se cacher où que ce soit.

Une demi-dizaine de personnes — pour la plupart des gens n'ayant pu obtenir le statut de réfugié — sont actuellement réfugiées dans des églises au Canada, en vertu d'une tradition séculaire remontant au Moyen-Âge, quand les églises européennes se voulaient des sanctuaires pour les personnes persécutées.

Le révérend Chris Ferguson, porte-parole de l'Église unie du Canada pour les questions relatives à la justice, a accueilli favorablement la volonté exprimée par Mme Sgro de débattre de cette question. Il a rappelé qu'il avait demandé de rencontrer la ministre il y a plusieurs mois.

Mais il a insisté pour dire qu'il est parfois nécessaire de donner asile à des gens menacés d'expulsion, parce que le système fédéral visant à établir le statut de réfugié est affligé de graves lacunes. Une église n'offrira l'asile à quelqu'un que lorsque le Canada enfreint la loi, qu'il ne remplit pas ses obligations internationales, a-t-il affirmé.

Les défenseurs des réfugiés et des membres du clergé se sont inquiétés, il y a quatre mois, quand dix policiers ont envahi l'église Saint-Pierre, de l'Église unie à Québec, pour s'emparer de Mohammed Cherfi, qui s'était réfugié au sous-sol du bâtiment.

M. Cherfi, qui est menacé d'expulsion à destination de l'Algérie, a été arrêté pour avoir présumément contrevenu aux conditions de sa libération sous caution et a été remis aux autorités de l'Immigration.

Selon la ministre, cette histoire se répétera tant que les églises continueront à accueillir des gens recherchés par les autorités. «Personne ne peut se soustraire à la loi», a-t-elle maintenu.

Aucune date n'a été fixée pour la rencontre entre la ministre et les représentants des Églises, rencontre au cours de laquelle Mme Sgro prévoit inviter les dirigeants religieux à venir lui parler directement des cas litigieux d'immigrants et de demandeurs du statut de réfugié.