Analyse - Le Rwanda de Dominique Payette

Ceux qui cherchent encore à comprendre les tenants et aboutissants des massacres qui ont ensanglanté le Rwanda au printemps 1994 prendront intérêt à lire La Dérive sanglante du Rwanda, un essai (issu d'une thèse de doctorat) de la journaliste Dominique Payette, qui jette un regard sociologique sur cette société et sur les tragiques événements qui l'ont affectée.

Critique de «l'interprétation ethniste de la société rwandaise», un héritage, selon Payette, des colonisateurs allemands et belges radicalisé par les extrémistes tenants du Hutu Power, cette analyse tente aussi de faire le point sur le rôle des médias nationaux dans la genèse des événements, sur celui, plutôt trouble, de l'Église catholique et sur l'aveuglement des Occidentaux à l'égard de ce pays «qui a le plus bénéficié de l'aide internationale». Des considérations sur le cadre socioéconomique du pays, de même qu'une synthèse de certaines interprétations suggérées pour expliquer le drame viennent enrichir le propos. Dominique Payette, de plus, s'y interroge sur le concept de génocide, sur les problèmes juridiques post-génocide, et donne la parole à des Néo-Québécois rescapés des tueries.

Si son livre fournit d'intéressantes (mais souvent contestables) pistes de réflexion au sujet de la dérive raciste qui a mené aux massacres de masse, il néglige, cependant, la composante politique sans laquelle il est impossible de véritablement saisir les raisons du déclenchement de cette «folie collective».

La responsabilité hutue dans les massacres, évidemment, n'est pas à remettre en cause, mais faire, ou presque, l'impasse sur les épisodes guerriers qui les ont précédés, surtout à partir de 1990, et sur le rôle trouble du FPR (Front patriotique rwandais) de Paul Kagamé dans cette tourmente nuit à une meilleure compréhension de «la dérive sanglante» évoquée dans le titre de l'ouvrage. À ce sujet, on pourra lire Génocide rwandais: le document qui accable le président Kagamé, un article-choc des journalistes Christian Hoche et Jean-François Uitlander récemment publié dans l'hebdo français Marianne (17-23 mai 2004).