Conférence de donateurs - 1,5 milliard $US pour Haïti

Washington — Le gouvernement haïtien a recueilli hier davantage d'aide internationale que prévu, lors d'une conférence des donateurs tenue à Washington, qui constituait un test de crédibilité pour le nouveau pouvoir mis en place après le départ du président Jean-Bertrand Aristide.

Le montant des dons et des crédits nouveaux annoncés pour les deux prochaines années s'élève à 1,085 milliard de dollars, soit 161 millions de plus que les 924 millions initialement estimés nécessaires dans un rapport interinstitutions (Banque mondiale, ONU, Banque interaméricaine de développement et Commission européenne).

À ce montant s'ajoutent près de 400 millions de dollars déjà engagés ou promis par la Banque interaméricaine de développement (BID), soit un total général de près de 1,5 milliard de dollars.

Le chef du gouvernement provisoire haïtien, Gérard Latortue, s'est déclaré «ravi du résultat de cette conférence, qui montre le niveau de solidarité de la communauté internationale avec le peuple d'Haïti».

Joe Borg, commissaire européen, a pour sa part indiqué que l'Union européenne (UE) apporterait 325 millions de dollars, par le biais notamment du Fonds européen de développement, sans compter les contributions individuelles de ses États membres.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a pour sa part promis quelque 230 millions de dollars sur deux ans de la part des États-Unis.

La BID a promis 260 millions de dollars d'argent nouveau et la Banque mondiale (BM), hôte de cette conférence ouverte lundi, 150 millions.

M. Latortue a promis que son pays, le plus pauvre du continent américain, voulait tourner la page après des décennies de corruption, de violence politique et de mauvaise gestion, qui ont jusqu'à présent entravé les efforts internationaux précédents.

«Il y a de l'espoir pour un changement véritable et durable en Haïti» a-t-il déclaré dans son intervention devant les délégués.

Il a reçu un ferme soutien de M. Powell, dont le pays a joué un rôle décisif dans le dénouement de la crise, qui a abouti au départ, le 29 février, de M. Aristide et à la mise en place du nouveau pouvoir.

«Le gouvernement intérimaire a déjà pris des mesures solides en faveur d'un changement démocratique et économique plus que nécessaire», a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

Certains participants ont toutefois mis en garde contre un excès d'euphorie. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans un message lu par son représentant pour Haïti, Juan Gabriel Valdes, a souligné que le pays n'était pas au bout de ses peines, même s'il y avait «à présent des signes encourageants».

«Nous ne devons pas sous-estimer combien Haïti reste fragile», a-t-il déclaré, ajoutant que «le peuple haïtien va être mis à dure épreuve dans la difficile période qui s'ouvre, de même que la communauté internationale.»

L'organisation humanitaire Oxfam a pour sa part relativisé les chiffres annoncés, en relevant dans un communiqué «qu'une partie significative des promesses porte sur des prêts et non des dons», ce qui risque d'aggraver la dette extérieure du pays, qui se monte déjà à 1,2 milliard de dollars.

Oxfam souligne aussi que, sur les 230 millions annoncés par Colin Powell, seuls 120 millions constituent de l'argent réellement nouveau et sûr, le reste étant soit déjà connu, soit lié à l'accord du Congrès pour le budget de 2005.

Au final, le Canada, pourtant beaucoup moins riche, s'est montré plus généreux en apportant hier 135 millions de dollars, a fait remarquer l'organisation humanitaire.