Élection surprise d’un premier ministre libyen intérimaire

Réunis depuis lundi près de Genève dans un endroit tenu secret, les 75 membres du Forum du dialogue politique libyen ont voté en faveur de la liste d’Abdel Hamid Dbeibah avec 39 voix sur 73.
Photo: Agence France-Presse Réunis depuis lundi près de Genève dans un endroit tenu secret, les 75 membres du Forum du dialogue politique libyen ont voté en faveur de la liste d’Abdel Hamid Dbeibah avec 39 voix sur 73.

Les participants au dialogue interlibyen réunis sous les auspices de l’ONU en Suisse ont désigné vendredi, lors d’un vote surprise, Abdel Hamid Dbeibah comme premier ministre intérimaire, qui aura pour tâche de préparer le scrutin national prévu en décembre.

M. Dbeibah et les trois membres du Conseil présidentiel désignés avec lui devront « réunifier les institutions de l’État et assurer la sécurité » jusqu’aux élections, a souligné l’ONU, alors que le pays est en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Deux autorités s’y disputent le pouvoir sur fond d’ingérences étrangères : dans l’Ouest, le Gouvernement d’union nationale (GNA à Tripoli), reconnu par l’ONU et soutenu par la Turquie, et une autorité incarnée par Khalifa Haftar, homme fort de l’Est, soutenu notamment par la Russie.

Réunis depuis lundi près de Genève dans un endroit tenu secret, les 75 membres du Forum du dialogue politique libyen ont voté en faveur de la liste d’Abdel Hamid Dbeibah avec 39 voix sur 73.

Originaire de Misrata (Nord-Ouest), cet ingénieur, fondateur du mouvement Libya al-Mostakbal, a présidé la Compagnie libyenne d’investissement et de développement sous le régime Kadhafi. M. Dbeibah est un « homme d’affaires influent » et « assez controversé », estime Wolfram Lacher, chercheur à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.

Son colistier Mohammed Younesel-Menfi, originaire de Cyrénaïque (Est), a été élu président du Conseil présidentiel intérimaire. Il sera épaulé par deux vice-présidents : Moussa Al-Koni, un Touareg, et Abdallah Hussein Al-Lafi, un député de Zaouia (Ouest).

« Le résultat du vote est une surprise parce que les principales personnalités influentes étaient sur l’autre liste », estime M. Lacher. La liste de M. Dbeibah faisait en effet figure d’outsider par rapport à celle du président du Parlement Aguila Saleh et du puissant ministre de l’Intérieur Fathi Bashagha. Ces deux responsables se sont néanmoins félicités de ce vote, le second estimant sur Twitter que « la démocratie s’était clairement concrétisée ».

À Tripoli, des dizaines de Libyens ont fêté la défaite d’Aguila Saleh, un des hommes clés du camp adverse de l’Est, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Le résultat du vote est une surprise parce que les principales personnalités influentes étaient sur l’autre liste.

 

Le premier ministre désigné devra former son cabinet « dans un délai ne dépassant pas 21 jours », a expliqué l’émissaire par intérim de l’ONU en Libye, Stephanie Williams. Il disposera de 21 jours supplémentaires pour obtenir le vote de confiance au Parlement, ce qui mène, au maximum, au 19 mars, a-t-elle dit lors d’une conférence de presse.

La prudence reste néanmoins de mise :plusieurs accords ont été conclus ces dernières années, mais sans être appliqués. Et même si cette désignation constitue une avancée, le premier ministre désigné va devoir affirmer rapidement sa légitimité sur le terrain auprès d’une myriade d’acteurs politiques, dont certains ont déjà pris leurs distances avec les pourparlers de Genève.

 

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