La fête des Morts s’adapte à la COVID-19

L'offrande monumentale de l’UNAM-Canada à Gatineau, en 2018.
Photo: Flor Zúñiga L'offrande monumentale de l’UNAM-Canada à Gatineau, en 2018.

La COVID-19 a poussé artistes, restaurateurs et institutions de diffusion culturelle à faire preuve de créativité pour souligner cette année le jour des Morts, une fête qui est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
 

La célébration ancestrale du jour des Morts remonte à la civilisation aztèque, qui soulignait le retour spirituel transitoire des défunts en leur consacrant des rituels et des offrandes pendant vingt jours de festivités. Le début du mois de novembre fut instauré par les colons espagnols comme date officielle pour les célébrations afin de les faire coïncider avec les célébrations chrétiennes.

Tradition culinaire pour emporter

Chaque année, Carolina B. Escobar et Ariane Robitaille, propriétaires du restaurant mexicain Tequila Lounge

 

situé au quartier Nouvo Saint-Roch à Québec, confectionnent un autel d’offrandes comprenant fleurs, nourriture, bougies, photos et bouteilles de tequila et de mezcal pour montrer et expliquer à leurs clients ce qu’est la tradition culturelle et gastronomique mexicaine autour de cette fête.

 

« Nous n’avons pas pu le faire cette année, mais nous avons tout de même concocté un menu spécial fête des Morts pour emporter, qui a attiré de nouveaux clients », dit Ariane, originaire de la ville de Québec.

 

« La fête des Morts est une occasion importante depuis l’ouverture de notre restaurant il y a cinq ans. Notre clientèle étant 80 % québécoise, nous tenons à lui faire découvrir la cuisine et les traditions authentiques mexicaines », dit Carolina, originaire de la ville de Mexico et cheffe du restaurant.

 

Cette année, ce menu offrait deux éléments essentiels aux tables mexicaines à l’occasion du jour des Morts : « pan de muerto » (brioche ronde sucrée représentant le cycle de la vie et la mort) et « tamales » (papillote amérindienne préhispanique faite avec une pâte de maïs farcie et emballée dans une feuille de maïs ou de bananier).

En amour et en affaires

L’aventure culinaire des jeunes sommelières de tequila diplômées de l’Académie de la tequila au Mexique a débuté six ans plus tôt à Mexico. Après y avoir rencontré Carolina en 2010, Ariane décide de s’y établir pour de bon avec elle en 2014. Elles songent à se marier peu de temps après.

 

« Nous avons décidé d’ouvrir un kiosque de cuisine mexicaine de rue pour pouvoir payer notre mariage. Nous nous sommes mariées quelques mois plus tard et nous sommes venues au Québec en voyage de noces. Nous voilà près de six ans plus tard, toujours en lune de miel ! », dit Ariane en riant.

 

À leur arrivée à Québec, les entrepreneuses dans la mi-vingtaine ont eu un coup de cœur pour le local qu’occupe actuellement leur restaurant et décident d’y établir pignon sur rue en juillet 2015.

 

« Lorsque la pandémie nous a obligées à fermer le restaurant au mois de mars, nous avons commencé à confectionner des masques artisanaux pour nos amis et nos familles pour nous occuper. Peu à peu, nous avons commencé à les vendre sur notre page Facebook, et ce fut un succès ! », raconte vivement Carolina. Ainsi, elles ont créé l’entreprise Le Beau Masque qui emploie actuellement huit couturières et une patroniste à temps plein.

Place au spectacle, en ligne !

La COVID-19 est venue également changer les plans de León Jorge Medina, cofondateur du projet musical Los Viejha et co-créateur de la comédie musicale La Tilica.Ce spectacle met en scène une trentaine de musiciens et de danseurs, majoritairement mexicains mais également québécois et d’autres nationalités.

 

Chaque édition du spectacle présenté depuis 2014 au Petit Olympia à Montréal est conçue autour d’une thématique différente visant à expliquer l’origine et la signification de la fête des Morts. « À travers un rite collectif, je souhaitais honorer la mémoire de nos défunts. Mon grand-père était musicien, et la meilleure manière de célébrer sa vie est de lui organiser une fête où l’on puisse jouer de la musique », dit M. Medina.

 

En raison de la pandémie, il n’y aura pas de nouvelle édition du spectacle cette année. Toutefois, le spectacle de La Tilica 2019, intitulé Je suis la Muerte, sera diffusé gratuitement en ligne le 2 novembre 2020 à 21h par Facebook Live.

 

 

« La diffusion en ligne nous permet d’atteindre un public plus large en région, et même à l’étranger. Notre publicité s’adresse davantage au public québécois, car nous souhaitons l’intéresser à notre spectacle et à notre culture, c’est pour cela que notre spectacle a été conçu en français », ajoute M. Medina.

Virage numérique des célébrations

L’Université nationale autonome du Mexique au Canada (UNAM-Canada)à Gatineau a dû adapter elle aussi les célébrations qu’elle organise à l’occasion de la fête des Morts. L’institution offre au public une série d’activités commémoratives jusqu’au 6 novembre.

Au total, 15 événements sont disponibles en ligne gratuitement. Des offrandes virtuelles, conférences thématiques, un atelier virtuel enfant-parent, des capsules audiovisuelles culturelles, une pièce et un balado théâtraux ainsi qu’une compilation de danse et musique folklorique par le ballet Aztlán.