Le boom des formations continues

Catherine Martellini Collaboration spéciale
La popularité des programmes de formation continue qui développent des compétences spécifiques ou complémentaires est intimement liée à la santé de l’économie, pandémie ou pas.
Photo: iStock La popularité des programmes de formation continue qui développent des compétences spécifiques ou complémentaires est intimement liée à la santé de l’économie, pandémie ou pas.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Réorientation de carrière obligatoire, ajout de compétences à son CV ou temps libre à combler, la COVID-19 aura servi de déclencheur à plusieurs pour s’ouvrir à de nouveaux horizons.

Les universités québécoises ont connu une hausse généralisée des inscriptions à leurs programmes. Cela a été particulièrement le cas pour les formations permanentes. Le Programme actions concertées pour le maintien en emploi (PACME) lancé par le gouvernement provincial, en avril, explique certainement en partie cette hausse.

« Cela a créé une importante ruée vers les formations courtes à distance offertes un peu partout, puisque les gens devaient suivre des formations avant la fin septembre pour profiter des budgets distribués », estime André Raymond, directeur général par intérim de la Direction générale de la formation continue de l’Université Laval.

Celui-ci a constaté une croissance des inscriptions, pour la session d’automne, dans les programmes courts crédités, c’est-à-dire pour des cours offerts dans des certificats ou des cours suivis à titre d’étudiant libre.

« À la faculté des sciences de l’administration, par exemple, on a observé une hausse d’environ 20 %, de 54 % au certificat en marketing et de 73 % en analyse des systèmes d’affaires, illustre-t-il. Les gens semblent donc vouloir acquérir des compétences spécifiques en lien avec la compréhension des systèmes d’affaires, la gestion de projet, les technologies de l’information. »

En temps d’incertitude, l’éducation et la formation sont perçues comme des valeurs sûres

 

À la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal (FEP), le programme ACCÈS-FEP a été particulièrement populaire. Il s’adresse à des étudiants qui ne détiennent pas de diplôme collégial et leur permet ainsi d’acquérir des compétences et des connaissances pour leurs études, en fonction, de leur expérience professionnelle.

« On a vu une croissance dans les programmes sur l’innovation, la créativité, la rédaction professionnelle, donc des cours qui développent des compétences un peu transversales », souligne Michel Janosz, doyen par intérim de la FEP.

Il a aussi constaté une augmentation des inscriptions dans certains programmes niches qui permettent de développer de l’expertise plus pointue, comme la gestion des services sociaux, l’intervention psychoéducative et les fondements pour les pratiques en santé mentale.

« Pourquoi cette popularité et est-ce que cela va se maintenir ? Ces questions restent ouvertes. Il est encore trop tôt pour le savoir comme on le vit en ce moment », croit-il.

Vers de nouveaux besoins ?

La pandémie a modifié bien des comportements, notamment les façons de travailler. « Comme bien des travailleurs ont basculé en télétravail, cela a occasionné toutes sortes de besoins de formations pour maîtriser des outils technologiques comme Zoom ou Teams, mentionne André Raymond. Nous avons eu beaucoup de demandes de gestionnaires sur la gestion d’équipes à distance, la transformation numérique au sens large. » Il n’est toutefois guère surpris de cette popularité, comme cela ne constitue qu’une accélération des tendances fortes déjà observées dans ces domaines.

Pour Michel Janosz, la popularité des programmes de formation continue qui développent des compétences spécifiques ou complémentaires est intimement liée à la santé de l’économie, pandémie ou non. « Lorsque l’accès à l’emploi est plus difficile, les gens cherchent à améliorer leur compétitivité et à acquérir des connaissances qui augmenteront leur valeur sur le marché, soutient-il. La pandémie n’est pas une crise économique à proprement dit, mais certains effets s’y apparentent, avec des nuances importantes. »

Ainsi, les secteurs économiques n’ont pas été touchés de façon égale pendant la pandémie : certains souffrent encore du plein emploi, tandis que d’autres, comme le tourisme, la restauration et l’événementiel ont été frappés de plein fouet. Certains travailleurs sont débordés en télétravail alors que d’autres ont réduit leurs activités sociales et disposent donc de plus de temps libre.

« Il y a donc une multitude de raisons différentes qui expliquent cette hausse et qui ont créé cet engouement, mais ce qui est très clair pour nous, c’est qu’en temps d’incertitude, l’éducation et la formation sont perçues comme des valeurs sûres. »

Comme tous ne peuvent prévoir la durée de la pandémie, il est difficile de savoir si cette hausse des inscriptions se maintiendra dans les sessions à venir.

« Le printemps dernier, les gens étaient en quarantaine, avaient perdu temporairement leur emploi, mais ce qu’on commence de plus en plus à voir, ce sont des cessations d’emploi permanentes, ce qui signifie que plusieurs travailleurs devront se requalifier, mentionne M. Raymond. Cela aura des impacts sur les formations plus techniques et, comme université, on doit être alerte pour répondre au problème de pénurie. »

Il estime aussi que l’on verra apparaître plus de programmes, comme celui proposé par le gouvernement pour les préposés aux bénéficiaires au cours de l’automne et l’hiver prochain pour diminuer l’impact du chômage systémique dans la vie des gens et les rediriger vers d’autres secteurs.

Les deux universités continueront donc à adapter leur offre de cours en fonction des besoins des travailleurs et à les transformer pour qu’ils puissent être suivis en ligne.

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