Les «orange angels» manquent à l’appel aux côtés des pompiers en ​Californie

La Californie est à court de pompiers pour faire face aux foyers d’incendie.
Photo: Marcio Jose Sanchez Associated Press La Californie est à court de pompiers pour faire face aux foyers d’incendie.

En raison de la pandémie de COVID-19, la Californie est en pénurie de hand crews, ces équipes chargées de débroussailler les terrains en feu afin d’aider les pompiers. Celles-ci sont habituellement composées de détenus désirant alléger leur peine ou gagner de l’argent.

La saison des feux, qui atteint d’ordinaire son pic à l’arrivée des vents d’automne, le « Diablo » au nord et le « Santa Ana » au sud, n’en est qu’à ses débuts en Californie, mais elle fait déjà rage. Le plus grand foyer de la région, le LNU Lightning Complex, situé au nord de San Francisco, est désormais le deuxième incendie le plus dévastateur de l’histoire de l’État. En tout, près de 400 000 hectares ont été détruits. Les incendies particulièrement épars demandent une dispersion inhabituelle des secouristes, accrue par des protocoles de distanciation physique mis en place pour éviter la transmission de la COVID-19. Ce week-end, alors que des orages secs et des vents violents étaient attendus, des renforts humains et matériels arrivaient au compte-gouttes depuis dix États américains. Des camions quittaient leurs casernes du Maryland et du New Jersey, sur la côte Est, pour venir en aide à la Californie, où l’état d’urgence a été déclaré. Mais le Golden State est à court de pompiers pour faire face aux 585 foyers.

Main-d’œuvre cruciale

Car cette année, l’agence officielle de lutte contre les incendies, Cal Fire, manque d’une main-d’œuvre cruciale : les hand crews, ces silhouettes qui parcourent les sous-bois pour débroussailler les zones d’incendie à la hache et à la tronçonneuse, creusant des travées d’endiguement à la pelle, segmentant aussi les lignes électriques pour faciliter le passage des camions-citernes. Cette mission est souvent attribuée aux prisonniers-pompiers qui, depuis les années 1940, gonflent les rangs des pompiers civils sur le terrain. Jusqu’à présent, ces recrues que l’on reconnaît à leur tenue orange plutôt que jaune représentaient environ 20 % des pompiers de Californie. Mais samedi, seulement 113 équipes de détenus sur les 192 habituelles étaient présentes sur le front des incendies, selon une porte-parole de Cal Fire.

Le gouverneur, Gavin Newsom, a annoncé le 9 juillet que la pandémie changeait la donne et que 800 travailleurs saisonniers seraient recrutés pour compenser la pénurie de prisonniers-pompiers : 12 des 42 conservation camps (« camps de préservation »), qui servent de lieu d’entraînement et d’hébergement pour les volontaires, étaient alors placés en quarantaine, des transferts de prisonniers étant probablement à l’origine d’une soudaine augmentation des cas de COVID-19. Ces recrues, surnommées les orange angels (« anges oranges »), travaillent sur la base du volontariat, à la fois pour alléger leur peine et parce que la rémunération, allant de 2,90 $ à 5,12 $ par jour, majorée de 1 $ par heure quand ils combattent activement un feu, est supérieure à celles des autres tâches proposées en détention.

Prisonniers relâchés

Vendredi, le Département de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion de Californie (CDCR) annonçait avec soulagement que la dernière quarantaine dans ces camps venait d’être levée. Cette amélioration sanitaire n’a toutefois pas suffi à rétablir les effectifs. Les détenus pouvant rejoindre les soldats du feu, condamnés à des peines légères et considérés comme peu dangereux, sont aujourd’hui moins nombreux dans les prisons californiennes. Depuis le début du confinement, le 19 mars, la Californie a réduit sa population carcérale d’environ 10 000 personnes. Moins d’auteurs de délits peu graves ont été incarcérés, et environ 3500 prisonniers ont été relâchés avant la fin de leur peine, pour permettre aux structures largement surpeuplées de respecter davantage les règles de distanciation physique.

L’enrôlement de détenus aux côtés des pompiers remonte à la Seconde Guerre mondiale, quand il a fallu remplacer les hommes partis au front. Plusieurs États (dont l’Arizona, la Géorgie, le Nevada et le Wyoming) maintiennent encore cette pratique, dans des proportions bien moindres que la Californie. Ces programmes sont défendus par les autorités carcérales comme un moyen de favoriser la réinsertion sociale. Mais de nombreuses organisations de défense des libertés civiles y voient une forme d’exploitation. Andrew Ward, avocat pour l’Institute for Justice, rappelle qu’il est très difficile pour un ancien détenu, même exemplaire et qualifié, de devenir pompier à plein temps à sa sortie de prison, du fait de son casier judiciaire.

Catastrophe à huis clos

Dario Gurrola, un ancien prisonnier-pompier qui a porté plainte contre l’État de Californie le 19 juin parce que deux délits commis dans les années 2000 l’empêchent à vie de devenir secouriste titulaire, espère que la pénurie d’« anges orange » attirera au moins l’attention du public sur ses « rêves brisés ». Et que ceux qui craignent aujourd’hui pour leurs maisons ou l’air qu’ils respirent auront une pensée pour la catastrophe qui se déroule à huis clos dans les centres de détention : depuis le début de la pandémie, dans les prisons d’État californiennes, 12 000 détenus et surveillants ont été infectés par la COVID-19.

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