Des acteurs dominants dans leur secteur

Les GAFA sont devenus tellement dominants dans leurs secteurs respectifs qu’il devient presque impossible aux nouvelles entreprises et aux nouvelles idées de s’y développer sans être immédiatement avalées ou écrasées.
Photo: Denis Charlet Agence France-Presse Les GAFA sont devenus tellement dominants dans leurs secteurs respectifs qu’il devient presque impossible aux nouvelles entreprises et aux nouvelles idées de s’y développer sans être immédiatement avalées ou écrasées.

Des compagnies de tabac, dans les années 90, aux grandes banques, après la dernière crise financière, il n’a jamais été bon signe pour une industrie aux États-Unis de voir ses principaux représentants convoqués pour comparaître côte à côte devant le Congrès américain.

Si l’effet dramatique de la comparution des quatre têtes dirigeantes des GAFA devant sa commission judiciaire a été un peu atténué, mercredi, par le fait que chacun a témoigné par vidéo — pandémie oblige —, la principale question en jeu n’en était pas moins grave.

Il s’agissait de voir si Google (Alphabet), Apple, Facebook et Amazon sont devenus trop gros et violent, à défaut de la lettre, du moins l'esprit de la loi antitrust.

À Google, on reproche notamment de profiter de la domination outrancière de son moteur de recherche pour diriger les utilisateurs vers ses propres produits et vendre à bon prix la visibilité sur ses plateformes.

On critique Apple un peu pour la même chose, mais en ce qui a trait à l’immense marché des applications mobiles en plus d’accaparer 42 % de la vente de téléphones intelligents aux États-Unis.

Pour Facebook, c’est son hégémonie sur les réseaux sociaux qui inquiète particulièrement ainsi que sa manie d’avaler tout concurrent naissant, comme WhatsApp et Instagram.

Quant à Amazon, on trouve non seulement qu’elle prend beaucoup trop place avec presque 40 % du commerce électronique aux États-Unis, mais on la suspecte aussi de suivre de près les produits qui ont le plus de succès chez les entreprises qui utilisent ses services de vente pour offrir à son tour sa propre version des mêmes produits.

Les élus ont bien essayé mercredi d’apporter quelques preuves de ces agissements. Le problème, c’est que ces derniers correspondent mal aux cadres des lois antitrust qui font une fixation sur les prix payés par les consommateurs et que, loin de les pousser artificiellement à la hausse, les GAFA ont plutôt tendance à réduire nos coûts de transaction parce qu’ils se payent surtout avec la publicité et la valorisation des données personnelles de leurs utilisateurs.

Mais les dommages à l’économie dépassent cette seule question des prix, soulignent les experts. Il s’agit d’acteurs qui sont devenus tellement dominants dans leurs secteurs respectifs qu’il devient presque impossible aux nouvelles entreprises et aux nouvelles idées de s’y développer sans être immédiatement avalées ou écrasées.

La liste des récriminations contre les géants du numérique ne se limite pas à leur position hégémonique dans le marché. On leur a reproché notamment leur exploitation éhontée des données personnelles, leurs nombreux tours de passe-passe pour ne pas payer leur juste part d’impôt et leur complicité dans les ingérences de la Russie lors des dernières élections présidentielles américaine et le vote sur le Brexit.

Une réponse plus tard

Devant le déluge de critiques, Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple), Mark Zuckerberg (Facebook) et Jeff Bezos (Amazon) ont souvent eu les mêmes quatre réponses, a rapporté le New York Times qui en a fait le compte durant toute la journée. « Nous ne savons pas, nous vous reviendrons plus tard avec une réponse », ont-ils souvent dit.

« Nous ne sommes pas si gros », ont-ils essayé aussi de faire valoir en se comparant à l’ensemble du commerce de détail ou de l’économie mondiale. « Nous servons l’économie américaine », ont-ils aussi dit en citant leurs milliers d’employés, les nombreuses PME qui utilisent leurs services et leurs innovations technologiques. Mais surtout, « ce n’est pas les géants du numérique américains qu’il faut craindre, mais les autres », notamment ceux de Chine.

Dormir tranquille

Nos dirigeants des GAFA peuvent dormir tranquilles, estimait mercredi The Economist. Les élus américains ne réformeront pas la loi antitrust pour forcer le démembrement de leurs compagnies et ne resserreront pas non plus leur réglementation, du moins pas avant la tenue des prochaines élections américaines l’automne prochain.

Après, cela dépendra des vainqueurs qui auront bien d’autres chats à fouetter. Une enquête pour entrave à la concurrence pourrait toutefois être lancée contre Google.

Entretemps, les GAFA continueront probablement de grossir. Elles sont en effet parmi les seules pour qui la pandémie de coronavirus a réussi, la valeur boursière de Google et Facebook ayant gagné 13 % depuis le début de l’année, rapportait mercredi CNBC, contre 29 % pour Apple et 63 % pour Facebook pour une valeur totale approchant les 5000 milliards.