Les cofondateurs d’UNIS se défendent devant le comité des finances

Les frères Craig et Marc Kielburger, qui ont contribué à la fondation de l’organisation il y a deux décennies, doivent s’entretenir en après-midi avec des députés du comité des finances.
Photo: Geoff Robins La Presse canadienne Les frères Craig et Marc Kielburger, qui ont contribué à la fondation de l’organisation il y a deux décennies, doivent s’entretenir en après-midi avec des députés du comité des finances.

Les cofondateurs de l’organisme UNIS disent que leur organisation a été sélectionnée pour administrer un programme de bourses pour le bénévolat étudiant en raison de leur expérience dans le domaine et non en raison de leur proximité avec le gouvernement Trudeau.

Témoignant devant le comité des finances de la Chambre des communes, les frères Craig et Marc Kielburger ont dit mardi qu’ils regrettent comment l’octroi de ce contrat a été perçu et qu’ils n’auraient jamais accepté d’administrer le programme s’ils avaient su quelles seraient les conséquences pour les étudiants.

Le duo a été interrogé pendant des heures par des membres du comité dans le cadre d’une enquête parlementaire sur un programme de bourses pour le bénévolat étudiant, qui prévoyait octroyer 500 millions $ en bourses, même si les libéraux ont vanté le programme en le disant doté d’un budget de 912 millions $.

Le programme de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant devait être déployé avant l’été et verser aux participants jusqu’à 5000 $ en fonction du nombre d’heures de bénévolat effectué avant le début octobre.

UNIS devait administrer le programme et mettre les jeunes en contact avec des offres de bénévolat par le biais d’une plateforme en ligne qui aurait également versé à UNIS des frais de 43,5 millions $ pour jusqu’à 40 000 placements.

Les frères Kielburger soutiennent que leur organisation n’aurait pas fait de profits, même s’ils avaient bénéficié de cette somme au complet, puisque ces fonds auraient été consacrés exclusivement à la mise en œuvre du programme.

« Nous étions là parce que nous voulions aider », ont-ils plaidé, réaffirmant qu’ils avaient été approchés par la fonction publique pour administrer le programme en pleine pandémie.

UNIS a renoncé à administrer le programme au début du mois de juillet, au milieu d’une controverse sur l’attribution par les libéraux d’un contrat à l’organisation malgré ses liens étroits avec le premier ministre Justin Trudeau.

La controverse n’a fait que s’aggraver depuis, alors que le commissaire fédéral à l’éthique a lancé des enquêtes sur M. Trudeau et sur le ministre des Finances, Bill Morneau, en lien avec leur implication dans les décisions du cabinet.

Lorsque l’organisation s’est retirée de l’entente, elle a dit que les choses étaient en grande partie en place pour que la fonction publique fédérale administre le programme. Le gouvernement n’a cependant pas encore annoncé de calendrier pour permettre aux étudiants d’y accéder.

Des honoraires, mais pas pour tous

Un peu plus tôt, l’ex-présidente du conseil d’administration du Mouvement UNIS, Michelle Douglas, disait devant ce même comité que l’organisation ne paie pas les conférenciers invités lors des journées UNIS (« WE Days », en anglais).

Or, la mère, l’épouse et le frère de M. Trudeau ont reçu des milliers de dollars en honoraires pour leur participation à des événements d’UNIS dans les dernières années.

Les frères Kielburger ont déclaré que certains invités — comme Margaret Trudeau — ont été rémunérés pour leur participation à des événements en marge des journées UNIS et ont été remboursés pour certaines dépenses de voyage.

Pressés de questions par l’opposition, ils se sont portés à la défense de Margaret Trudeau. Ils ont dit qu’ils avaient sollicité son expertise comme ambassadrice pour la santé mentale et qu’elle est « bien plus que la mère » de l’actuel premier ministre.

Il est à noter qu’elle n’a pas été rémunérée par UNIS avant que son fils devienne premier ministre.

Le ministre des Finances a quant à lui été critiqué après qu’il eut admis la semaine dernière qu’il venait de rembourser à l’organisation plus de 41 000 $ pour des voyages parrainés par UNIS faits par lui et sa famille il y a trois ans.

Les frères Kielburger ont dit qu’ils avaient approché Nancy McCain, l’épouse de M. Morneau et héritière de l’entreprise de produits alimentaires congelés McCain, parce qu’elle est une philanthrope bien connue.

Les cofondateurs ont aussi souligné qu’ils ont collaboré avec des politiciens de tous les partis politiques par le passé et que Laureen Harper, épouse de l’ex-premier ministre Stephen Harper, avait déjà organisé une réception en leur honneur au 24 Sussex.

Mis à part la controverse dans la sphère politique, UNIS semble aussi avoir connu des turbulences à l’interne.

Lors de son témoignage, Mme Douglas a expliqué avoir démissionné de son poste le 27 mars dernier après avoir été tenue dans l’ombre sur quelque 400 mises à pied au sein de l’organisation au début de la pandémie. Elle était impliquée au sein d’UNIS — anciennement « Free the Children » — depuis 15 ans.

« Je ne pouvais pas faire mon travail », a-t-elle offert en guise d’explication pour son départ précipité à la tête du conseil d’administration qui n’avait rien à voir avec le programme de bénévolat étudiant.

Mme Douglas dit avoir tenté d’obtenir des preuves ou des explications de la part de l’équipe de direction pour justifier les mises à pied massives, sans succès. Elle dit avoir donné un ultimatum à la direction lors d’une rencontre ad hoc le 23 mars dernier, mais une rencontre téléphonique à laquelle Marc Kielburger prenait part se serait terminée de manière « abrupte », selon ses dires.

Deux jours plus tard, Mme Douglas soutient que Craig Kielburger aurait demandé qu’elle démissionne. Elle a décidé de céder sa place le 27 mars.

M. Trudeau et sa principale conseillère, la chef de cabinet Katie Telford, doivent témoigner jeudi au sujet du programme et de l’entente avec UNIS.