Hésitations et décisions au sujet du port du masque

Le 22 avril dernier, le Dr Arruda confirmait que Québec recommanderait le port du masque dans les situations où la distanciation sociale ne peut être respectée.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le 22 avril dernier, le Dr Arruda confirmait que Québec recommanderait le port du masque dans les situations où la distanciation sociale ne peut être respectée.

À l’instar des plus grandes organisations de santé du monde, les experts de la santé publique du Québec ont tergiversé avant d’imposer le port du masque aux citoyens. Retour sur les prises de position au sujet du « couvre-visage ».

4 mars : Aux côtés de l’ex-ministre de la Santé Danielle McCann, le directeur général adjoint de la protection de la Santé publique, Yves Jalbert, décourage le port du masque, vu les risques de contamination qui y sont associés. « Le port du masque pour une personne qui n’est pas elle-même infectée ou en contact direct avec une personne infectée, non seulement n’est pas nécessaire, mais peut même être nuisible », déclare-t-il.

18 mars : Le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, diffuse une vidéo dans laquelle il prévient les Québécois des risques associés au port d’un couvre-visage. « Porter un masque, c’est mettre sa main souvent [au visage] pour ajuster le masque et on se contamine. Le masque, c’est pour le système de santé où il y a des protocoles pour le mettre et pour l’enlever », dit-il, dans un contexte de pénurie de matériel de protection individuelle.

27 mars : La revue Science publie une entrevue avec le directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, George Gao. « La grande erreur aux États-Unis et en Europe est que les gens ne portent pas de masque », y déclare le médecin.

30 mars : L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, fait état d’inquiétudes au sujet du masque. « Cela vous donne un faux sentiment de confiance, mais aussi, cela augmente [les contacts avec] votre visage », affirme-t-elle.

2 avril : L’Organisation mondiale de la santé (OMS), les autorités de santé publique québécoises, canadiennes et américaines recommandent que seules les personnes présentant des symptômes respiratoires de la COVID-19 et leur personnel soignant portent un masque.

3 avril : L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) recommande le port de couvre-visages en public, dans la population générale. Il s’agit d’« une mesure supplémentaire pour protéger les personnes qui nous entourent pour réduire la transmission du virus », note l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

4 avril : Aux États-Unis, les Centers for Disease Control recommandent de porter des couvre-visages en tissu dans les lieux publics où d’autres mesures de distanciation sociale sont difficiles à maintenir.

6 avril : L’OMS conclut que le port d’un masque peut contribuer à limiter la propagation de certaines maladies virales respiratoires, dont la COVID-19. La Dre Tam conseille de se masquer le visage lorsque la distanciation physique est impossible.

7 avril : L’INSPQ déclare que le masque « pourrait être porté dans les lieux publics où il est difficile d’éviter des contacts étroits », non sans préciser qu’il n’y a « pas de données probantes qui prouvent » que le port du masque « protège efficacement la personne qui le porte ».

8 avril : Un collectif d’une quarantaine de travailleurs de la santé signe une lettre ouverte pour réclamer le port du masque en public. « Nous invitons tout le monde à porter un masque non médical dans l’espace public comme mesure de protection supplémentaire pour compléter toutes celles déjà mises en place par les autorités », écrivent-ils.

17 avril : Ottawa annonce que les passagers aériens devront dorénavant être munis d’un masque non médical ou d’un « couvre-visage » pour voyager, sans quoi ils pourraient se voir refuser l’accès à bord.

20 avril : Québec annonce qu’il aura une « position nouvelle » sur le port du masque. Il prépare des vidéos sur la fabrication de masques artisanaux.

22 avril : Le Dr Arruda confirme que Québec recommandera le port du masque dans les situations où la distanciation sociale ne peut être respectée.

23 avril : Le Dr Arruda dit ne pas pouvoir rendre le masque obligatoire en raison de motifs « juridiques ». « On ne peut pas la rendre obligatoire compte tenu de son niveau d’efficacité. En termes juridiques, ça serait excessivement contestable. Donc, ça va être une forte recommandation », affirme-t-il.

25 avril : Québec annonce que les employés qui offrent un service à la clientèle en personne devront porter un masque s’ils ne peuvent faire leur travail en respectant une distanciation de deux mètres.

28 avril : La directrice de la santé publique de Montréal, Mylène Drouin, « invite » la population montréalaise à porter un couvre-visage « dans les lieux où il est difficile de respecter la distance de deux mètres ».

6 mai : La Dre Drouin recommande « très fortement » le port du masque à la population de Montréal.

12 mai : Le premier ministre, François Legault, porte un masque à son arrivée au point de presse quotidien. « Je souhaite voir le plus de Québécois possible partout au Québec porter le masque », dit-il. « Donc, on ajoute cette consigne-là, et moi, je la recommande fortement, mais je ne l’oblige pas à ce moment-ci. »

13 mai : Le premier ministre déclare que les stocks limités d’équipement de protection l’empêchent d’obliger le port du masque dans les transports en commun. « Malheureusement, actuellement, même si on travaille très fort, il n’y a pas la disponibilité de millions de masques qu’on aurait besoin », se désole-t-il.

11 juin : Des professionnels de la santé demandent à Québec de rendre le port du masque obligatoire pour les plus de 12 ans dans les lieux publics fermés et les espaces extérieurs où la distanciation physique ne peut être respectée. Le Dr Arruda dit ne pas exclure cette possibilité, advenant une deuxième vague de COVID-19.

30 juin : François Legault annonce que tous les usagers des transports en commun du Québec devront porter un couvre-visage à compter du 13 juillet. Les contrevenants se verront interdire l’accès aux autobus et aux métros.

6 juillet : La Ville de Montréal annonce qu’elle rendra obligatoire le port du masque dans les lieux publics fermés de la métropole à compter du 27 juillet.

11 juillet : De passage à Gatineau, le Dr Arruda déclare qu’il y a « de très fortes chances que [le Québec] aille plus loin » et élargisse l’obligation de porter le masque. « On n’a pas le temps d’attendre que les gens se décident [à le porter de bonne foi]. La semaine de la construction s’en vient, les gens vont se promener à gauche, à droite ; je pense que là, on n’a pas beaucoup de temps », déclare-t-il au quotidien Le Droit.

13 juillet : Québec annonce qu’il rend le port du masque obligatoire dans tous les lieux publics fermés, pour les 12 ans et plus, à compter du 18 juillet.