Pendant la crise de la COVID-19, les liens entre Québec et Ottawa se sont renforcés

Le gouvernement fédéral, qui a été décrit comme le «gouvernement de trop» par plus d’un habitué de l’édifice Honoré-Mercier, a fait bonne impression sur le gouvernement Legault au cours des dernières semaines.
Photo: iStock Le gouvernement fédéral, qui a été décrit comme le «gouvernement de trop» par plus d’un habitué de l’édifice Honoré-Mercier, a fait bonne impression sur le gouvernement Legault au cours des dernières semaines.

En janvier 2017, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, appelait les Québécois à se révolter contre le gouvernement Trudeau, qui refusait net d’augmenter de 5,2 % le transfert canadien en matière de santé (TCS).

Il accusait la quarantaine de députés libéraux fédéraux du Québec de cautionner par leur silence un « désinvestissement » non sans conséquence en matière de santé. « Ils essaient d’être beaux, d’être fins, d’être intelligents, mais, par en arrière [ils font tomber le couperet en santé]. C’est quoi, la conséquence pour les citoyens ? C’est moins de services », avait-il déclaré, avant d’ajouter : « Appelez votre députation ! Vous avez des députés fédéraux au Québec qui manifestement ne parlent pas pour vous à Ottawa. »

Son appel n’avait pas trouvé d’écho, à son grand désarroi. « Les membres du gouvernement fédéral] n’ont pas juste le gros bout du bâton. Ils ont tout le bâton », pestait-il dans les couloirs de l’hôtel du Parlement.

Les prochaines négociations sur l’établissement du transfert canadien en matière de santé (TCS) préoccuperont sans doute un plus grand nombre de personnes.

Chose certaine, une hausse du TCS constituera une des principales revendications du gouvernement québécois post-crise de la COVID-19, mentionne-t-on dans l’entourage du premier ministre François Legault.

Le réseau de la santé et des services sociaux est sorti « fragilisé » de la baisse relative du financement d’Ottawa des dernières années.

Le « maudit virus » de la COVID-19 a mis en lumière les lacunes dans l’offre de soins aux aînés, à commencer dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Le chef du gouvernement fédéral, Justin Trudeau, avait choqué la classe politique québécoise, fin avril, en réfléchissant à haute voix sur un possible empiétement sur un champ de compétences provinciales. Il avait en effet évoqué la nécessité d’« avoir une réflexion [sur la question de savoir] si nos résidences pour aînés devaient faire partie du système de santé et [être] régies sous la Loi canadienne sur la santé ». Il avait par la suite rectifié le tir, à la satisfaction de l’équipe de François Legault, qui promet de revenir prochainement à la charge afin d’obtenir une plus grande participation financière d’Ottawa dans le réseau de la santé, mais également dans des projets d’infrastructure sélectionnés par Québec.

Liens Québec-Ottawa renforcés

Cela dit, le gouvernement fédéral, qui a été décrit comme le « gouvernement de trop » par plus d’un habitué de l’édifice Honoré-Mercier, a fait bonne impression sur le gouvernement Legault au cours des dernières semaines.

Sonné par le coup asséné par le nouveau coronavirus, Justin Trudeau s’est depuis ressaisi, dit-on.

Le gouvernement fédéral a injecté d’énormes liquidités dans l’économie canadienne au moyen notamment de la Prestation canadienne d’urgence (PCU). Les provinces ont d’abord poussé un soupir de soulagement. Elles ont dû par la suite limiter les effets pervers de l’aide fédérale, à commencer par une baisse de l’attractivité d’emplois essentiels à bas salaire comme préposé aux bénéficiaires ou commis d’épicerie.

Alors que la crise s’apaise, le gouvernement québécois s’attend à ce qu’Ottawa consulte à l’avenir davantage les provinces avant de faire connaître de nouvelles initiatives.

M. Legault a encore été pris par surprise il y a quelques jours, lorsque son homologue fédéral, Justin Trudeau, qui est à la tête d’un gouvernement minoritaire, a suggéré d’octroyer 10 congés de maladie aux travailleurs canadiens. Quelle sera la portée du programme ? Qui paiera la note ? Québec l’ignorait toujours à la fin de la semaine dernière.

« Avantages du fédéralisme »

Par ailleurs, Ottawa a été d’une grande aide dans l’acquisition d’équipements de protection médicale destinés aux professionnels de la santé du Québec, souffle-t-on à l’oreille du Devoir.

Il a ensuite déployé quelque 1300 membres des Forces armées dans une vingtaine de CHSLD à la demande expresse de M. Legault. Après s’être dit gêné de devoir appeler à l’aide Ottawa pour offrir des soins de base aux résidents, le chef du gouvernement québécois a fait valoir que « le Québec paie sa part pour l’armée ».

« Le premier ministre poursuit son apprentissage des avantages du fédéralisme canadien auquel il adhère maintenant », a lancé, en se moquant, le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

Les premiers ministres fédéral, provinciaux et territoriaux font le point sur la guerre contre la COVID-19, par téléphone, au moins une fois par semaine. Les échanges sont « cordiaux », souligne-t-on au Devoir.

La ministre québécoise des Relations canadiennes, Sonia LeBel, est habituellement en ligne. Il lui arrive de poursuivre la discussion avec la vice-première ministre fédérale, Chrystia Freeland, sur l’un des enjeux soulevés durant l’échange des premiers ministres. « J’ai parlé avec Chrystia Freeland au minimum une ou deux fois par semaine depuis le début de la crise », fait remarquer Mme LeBel. Les dossiers de la fermeture durant la pandémie du chemin Roxham, par lequel des étrangers aboutissaient en territoire canadien, puis demandaient l’asile, et l’intervention de l’armée ont retenu son attention.

Les probabilités de voir les premiers ministres québécois, François Legault, et canadien, Justin Trudeau, chanter Une chance qu’on s’a sont toutefois bien minces.

Le gouvernement nationaliste élaborait une nouvelle politique de relations canadiennes afin d’écraser celle léguée par le gouvernement Couillard. Puis, la COVID-19 a lancé son offensive. « La crise a changé les priorités à court terme. » Toutefois, les demandes traditionnelles du Québec ne se sont pas volatilisées pour autant, précise-t-on.

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