«FSTVL HAHAHA»: c’est juste de la TV

En tuque, peignoir et marinière, c’est Charles Beauchesne qui inaugurait l’événement avec sa conférence historique sur la peste noire.
Photo: Juste pour rire En tuque, peignoir et marinière, c’est Charles Beauchesne qui inaugurait l’événement avec sa conférence historique sur la peste noire.

Jamais les organisateurs d’un festival montréalais n’avaient-ils sans doute aussi ardemment souhaité que le beau temps batte en retraite que jeudi soir, alors que s’amorçait « le premier festival numérique d’humour francophone au monde » et que nombre de Québécois préféraient probablement jouir de l’autorisation récente de discuter le bout de gras (et manger des viandes grillées) avec leurs amis judicieusement distanciés, que de se rencabaner dès 18 h. Dès son coup d’envoi, c’est néanmoins 1500 spectateurs (selon le compteur à l’écran) qui assistaient au FSTVL HAHAHA, afin de découvrir à quoi ressemblerait l’humour du futur (ou du moins, l’humour dont il faudra se satisfaire pour un bout).

Première surprise : contrairement à ces prestations en direct présentées par des humoristes sur les réseaux sociaux pendant le confinement, ces festivités (palliatives) imaginées par Juste pour rire seront presque exclusivement composées de performances préenregistrées (à raison de quatre ou cinq par jour, pour 12 $). En tuque, peignoir et marinière, c’est Charles Beauchesne qui inaugurait l’événement avec sa conférence historique sur la peste noire.

Déjà conçu comme un « show de diapositives » (ses mots), ce monologue comico-sanitaire est une de ces propositions scéniques à sens unique (peu d’interactions avec le public) souffrant peu d’une transposition (très minimaliste) à l’écran. Bien que son propos trouvait une résonance toute particulière dans notre actualité, ce spectacle (à la hauteur du talent immense de son auteur) peut cependant très difficilement être qualifié de nouveauté (Beauchesne le rode depuis 2015).

C’est juste de la TV ! allait-on rapidement s’exclamer face à ce qui avait davantage les allures d’une station de télé éphémère que d’un festival d’humour, avec tous les inconvénients d’une diffusion en direct (ne pas pouvoir reculer ou appuyer sur pause), et aucune de ses joies (le danger, la fébrilité). Plutôt que de tenter de traduire à l’écran l’expérience du stand-up tel qu’il est vécu en salle (un périlleux pari, certes), le FSTVL HAHAHA aura préféré offrir à quelques humoristes l’occasion de créer l’épisode pilote de l’émission de télé de leur rêve — rappelons que Juste pour rire est aussi un producteur télé. La boîte aurait-elle saisi cette occasion pour mettre à l’épreuve des concepts qui pourraient se nicher dans la grille d’une vraie chaîne télé ?

C’est en tout cas le potentiel que recèle le Retour vers leur premier gala de Jean-Sébastien Girard, qui recevait dans sa cour trois humoristes (Rosalie Vaillancourt, Jean-Thomas Jobin et Jean-François Mercier) le temps de visionner (et de commenter) leur première fois sous les prestigieux projecteurs d’un gros gala Juste pour rire. La formule, mettant en lumière la part de doutes, de frustrations et de hasard jalonnant la voie du succès, conjuguait pour le mieux la nostalgie amusée d’un plateau comme Les enfants de la télé et l’introspection d’un tête à tête façon Viens voir les comédiens. Sports 40-Taine, un sympathique bulletin de nouvelles sportives parodique animé par David Beaucage, souffrait cependant de la comparaison avec le Sportnographe de Radio-Canada.

Plus ambitieuse, l’heure des Grandes Crues (Ève Côté et Marie-Lyne Joncas) aura été la seule à s’inspirer de ce qui nous afflige collectivement, de nos quotidiens chamboulés par le télétravail, des 5 à 7 sur Zoom et des relations (charnelles, mais pas vraiment) à distance. Conçu comme un thriller, Qui a tué les Grandes Crues ? se voulait essentiellement un (efficace) prétexte permettant aux deux camarades de la bouteille d’enfiler leur habituelle ribambelle de blagues éthylico-salaces. Passons rapidement sur Deux filles le soir qui, juste au moment où l’on pensait avoir atteint notre quota de moments pénibles cette année, recevait Denis Coderre pour parler de sexualité.

Au lieu d’apaiser notre manque, cette première soirée du FSTVL HAHAHA l’aura donc plutôt exacerbé, en mettant en lumière la singularité, irreproduisible en ligne, de l’expérience comique en salle. Un passage sur le Web suppose du moins une réelle réflexion sur la forme. Avec leurs populaires lives sur Instagram, Arnaud Soly et Mathieu Dufour (qui sera de l’événement — en direct lui — samedi) ont offert à notre (pas) drôle d’époque un genre nouveau, arrimant le talk-show et l’impro à notre ère d’hyperconnectivité, tout en lui insufflant un captivant élément de risque. Pour l’instant, Juste pour rire se contente d’emprunter des solutions au passé.

À voir en vidéo

FSTVL HAHAHA

En ligne, jusqu’au dimanche 31 mai