Le PQ pourrait reporter le choix de son prochain chef

La présidente d'élection du Parti québécois, Agnès Maltais
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La présidente d'élection du Parti québécois, Agnès Maltais

Le Parti québécois (PQ) est prêt à revoir le calendrier de la course à la direction face à l’épidémie de coronavirus, a fait savoir sa présidente d’élection, Agnès Maltais, dimanche après une réunion-surprise de l’exécutif. Une rencontre sera convoquée vendredi soir pour décider s’il y a lieu de reporter le scrutin prévu du 15 au 19 juin. Au même moment, le premier ministre François Legault resserrait à nouveau les mesures pour limiter la propagation de la maladie causée par ce nouveau virus.

« Au PQ, nous sommes sensibles à ce que vit la population, dû à l’urgence sanitaire déclarée par le gouvernement, a-t-elle publié sur Twitter. En conséquence, nous allons réévaluer le calendrier et certaines règles de la course à la chefferie et convoquer la conférence de coordination pour en discuter. » Cette conférence de coordination réunira les 9 membres de l’exécutif national, les 9 membres du comité national des jeunes et les 18 présidents de région.

 

 

L’historien Frédéric Bastien, l’un des six candidats de la course, avait fait parvenir une lettre à Mme Maltais samedi lui demandant de reporter l’élection du nouveau chef péquiste à l’automne. Le gouvernement québécois avait demandé, le jour même, aux personnes de 70 ans et plus d’éviter de sortir.

« Les autorités compétentes du Parti québécois doivent prendre acte de la gravité de la pandémie liée à la COVID-19, qui bouleverse la vie individuelle et collective des Québécois d’une manière sans précédent depuis la grippe espagnole de 1918-1919, a-t-il écrit dans la lettre dont Le Devoir a obtenu copie. […] La course pourrait n’avoir aucun écho dans la population et les médias, alors que nous vivons une crise de santé publique d’une ampleur historique. »

« Une course, c’est fait pour que les projecteurs soient sur un parti politique, qu’il y ait un débat d’idée, des visions différentes qui s’affrontent, a-t-il affirmé en entrevue. Les gens n’ont pas la tête à ça, voyons donc ! […] on va avoir l’air de l’orchestre qui jouait de la musique sur le pont du Titanic avant le naufrage. Ça va être complètement futile. » D’autant plus que l’absence de rassemblements militants, de débats ou de discours devant public pourraient porter atteinte à la légitimité du nouveau chef, selon lui.

Sur sa page Facebook dimanche matin, M. Bastien a annoncé qu’il cessait toutes ses annonces liées à la course et a appelé ses adversaires à mettre de côté leurs différences partisanes et « à se rallier derrière » le premier ministre, François Legault, dont il « salue l’excellent travail ».

« Même en faisant du porte-à-porte, les gens entre-ouvrent leur porte de 2 cm, donnent le bulletin d’appui signé, puis là ils ferment la porte. Je caricature à peine », a-t-il raconté en citant l’expérience vécue la veille par des bénévoles de son équipe.

Il devient ainsi plus difficile pour les candidats de recueillir les 2000 signatures requises de membres du parti avant la date-butoir du 9 avril, particulièrement pour ceux qui ont fait connaître leurs intentions tardivement. Plusieurs rassemblements locaux sur lesquels ils comptaient pour aller à la rencontre des militants ont été annulés. Le PQ pourrait toutefois faire preuve de flexibilité à cet égard et accepter, par exemple, les signatures électroniques. Les instances se disent prêtes à revoir certaines règles de la course.

Guy Nantel en isolement volontaire

L’humoriste Guy Nantel est revenu dimanche matin de la Floride où il a donné des spectacles et s’est placé en isolement volontaire. Il a spécifié sur les réseaux sociaux qu’il n’a aucun symptôme de la COVID-19. « Vous l’aurez compris, cet isolement volontaire implique que je devrai rester en retrait de ma campagne à la chefferie du Parti Québécois », a-t-il fait savoir sur sa page Facebook. Il a indiqué sur Twitter qu’il avait « pleine confiance » en Mme Maltais et dans les instances péquistes « pour prendre les décisions appropriées dans les circonstances ». Il avait déjà annoncé jeudi qu’il annulait son premier rassemblement de campagne prévu le 18 mars.

Le député Sylvain Gaudreault, l’avocat Paul St-Pierre Plamondon, l’avocate Gloriane Blais et l’homme d’affaires Laurent Vézina s’en remettent également à la décision qui sera prise par les instances du parti. M. Vézina croit toutefois que le PQ n’aura d’autre choix que de modifier son calendrier. « Si la course se poursuit et qu’il y a la moitié des candidats qui s’éliminent parce qu’ils attrapent la maladie COVID-19, à quelle sorte de qualité de course est-ce qu’on expose le processus, a-t-il demandé en entrevue. Ça va valoir quoi ? »

Nouveau papa, M. St-Pierre Plamondon avait déjà mis ses activités de campagne sur pause après la naissance de son fils le 8 mars. Il s’est dit ouvert à toutes les possibilités sur l’avenir de la course. « Il faut être ni dans la fermeture, ni dans la précipitation sous le coup de la panique, alors, qu’à mes yeux, il nous manque certaines informations avant de prendre une décision », a-t-il dit en entrevue. Comme l’impact qu’auront au fil du temps des mesures annoncées par le premier ministre François Legault sur la propagation du virus et les alternatives technologiques pour tenir la course. « Il faut surtout considérer que si on suspend la course du PQ jusqu’à temps que la pandémie mondiale soit résorbée et que le risque de propagation du virus au Québec soit complètement résorbé, on peut être plus d’un an sans chef et sans course », a-t-il ajouté.

Il compte utiliser d’autres moyens comme le téléphone et les réseaux sociaux pour récolter les signatures requises pour son bulletin de candidature à l’instar de Gloriane Blais. « Je suis très consciente que la course à la chefferie appartient au Parti québécois, à tous ses membres et sympathisants puisqu’ils voteront, a affirmé Mme Blais en entrevue. Elle n’appartient ni à la candidate, ni aux candidats. Alors, moi ce que j’ai juste le goût de dire aujourd’hui, c’est je fais confiance à nos instances démocratiques au sein du Parti québécois. »

Le député Sylvain Gaudreault a choisi de se concentrer sur son travail de député au cours de la prochaine semaine. « Avec cette crise qu’on a devant nous, il y beaucoup de demandes de citoyens, de groupes à Jonquière mais aussi au Saguenay–Lac-Saint-Jean, a-t-il expliqué. Comme législateur j’ai un gros travail à faire à l’Assemblée nationale puisque nous avons été convoqués mardi matin pour se prononcer sur des règles budgétaires spéciales. »

Le PQ suit « l’évolution de la crise au quotidien », avait fait savoir son attaché de presse, Lucas Medernach, dimanche matin. Le parti avait déjà annoncé jeudi que ses deux débats, prévus le 17 avril et le 9 mai, auraient lieu à huis clos et seraient diffusés sur le Web. Quant au dévoilement du résultat le 19 juin, la salle n’a pas encore été réservée.

Une pétition circule depuis samedi pour reporter les courses à la direction du PQ et du Parti libéral du Québec (PLQ) « au moins 30 jours après la levée définitive de l’interdiction de réunions publiques au Québec ». Au moment où ces lignes étaient écrites, près de 150 personnes l’avaient signée. Le PLQ s’en tenait dimanche aux aménagements déjà annoncés quelques jours plus tôt, soit d’annuler le rassemblement des 30 et 31 mai où le choix du prochain chef devait être dévoilé, mais pas la période de vote par téléphone et Internet qui doit avoir lieu durant la même semaine. Le parti a également l’intention de tenir ses cinq débats à huis clos et de les diffuser en ligne.

Paul St-Pierre Plamondon dénonce l’indécision du gouvernement Trudeau

S’il salue les mesures prises par le premier ministre François Legault, le candidat à la direction du PQ accuse Justin Trudeau de gaspiller un temps précieux « en faisant entrer les gens infectés au pays qui ne sont même pas résidents du Canada ». Il estime que « l’indécision et l’entêtement du gouvernement Trudeau pourrait coûter des milliards au Québec, en plus de coûter plusieurs vies humaines ». Cet entêtement semble davantage inspiré par une idéologie mondialiste à outrance que par la science, a-t-il écrit dimanche sur son blogue. Un nouveau rappel que les Québécois ne sont toujours pas maîtres chez eux, selon lui. Son adversaire Frédéric Bastien appelle, lui aussi, à renforcer rapidement le contrôle « aux différents points d’entrée du pays » comme l’a déjà demandé M. Legault.