L’industrie éolienne offre 4000 mégawatts à Hydro est prête à remplacer le Suroit

Neuf producteurs privés d’électricité, associés à trois des plus importants turbiniers internationaux, ont déposé mardi des propositions fermes auprès d’Hydro-Québec pour installer en cinq ans en Gaspésie 4000 mégawatts d’énergie éolienne, soit deux fois plus que le plus optimiste des scénarios soumis par les groupes environnementaux pendant les audiences du Suroît.

C’est ce qu’a révélé Hydro-Québec hier matin, lors d’une rencontre avec les producteurs privés d’éolien québécois, soit neuf groupes qui s’étaient réunis hier dans les bureaux de la firme Samson Bélair Deloite & Touche, à Montréal.

Ces propositions, dont l’ampleur totale a pris de court tout le milieu de l’électricité et de l’environnement, constituent la réponse des industriels et des banquiers à l’appel d’offres d’Hydro-Québec pour produire d’ici 2011 quelque 1000 MW d’énergie éolienne dans la péninsule gaspésienne. Cet appel d’offres est le résultat d’une décision du gouvernement Landry, prise à la suite d’une audience de la Régie de l’énergie qui visait à déterminer le niveau de développement minimal capable d’assurer la viabilité d’un premier module d’assemblage d’un turbinier international en sol québécois.

Hydro-Québec n’a divulgué hier ni l’ampleur des investissements planifiés par les neuf producteurs éoliens, ni les prix demandés pour l’énergie des 32 parcs d’éoliennes que ceux-ci proposent de construire d’ici 2011. Les propositions acheminées à Hydro-Québec s’appuient sur des plans et devis coûteux, des études de faisabilité ainsi que des ententes fermes de financement avec des institutions financières. Les prix de cette énergie seront divulgués demain avec une ventilation devant permettre de distinguer sans ambiguïté le prix de l’électricité de celui du transport et de l’équilibrage, le cas échéant.

Il faudra plusieurs semaines à Hydro-Québec pour procéder à l’analyse de toutes ces propositions et choisir les 1000 MW les plus intéressants pour elle.

Sans dire à quelles sociétés commerciales elles sont associées, Hydro-Québec a précisé que les multinationales Gamesa Eolica (Espagne), GE Wind Energy (États-Unis) et Vestas Canadian Wind Technology Inc. (une filiale de la danoise Vestas) sont prêtes à fournir les grandes éoliennes blanches aux sociétés en lice.
Hydro-Québec exigeait dans son appel d’offres que les projets soient situés dans la MRC de Matane ou dans la région administrative de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. De plus, les nacelles ainsi que les hautes tours doivent provenir d’une usine d’assemblage qui devra être installée dans cette région, ce qui pourrait faire augmenter le prix de l’électricité mais assurer à cette région une base industrielle nouvelle et d’avenir. Le contenu régional devra atteindre 40 % dans les projets livrés en 2006, 50 % dans les projets de 2007 et 60 % dans ceux qui suivront.

Selon les propositions rendues publiques hier, les promoteurs d’énergie éolienne sont prêts à livrer 1190 MW le 1er décembre 2006. Ils s’engagent à ajouter 917 MW en 2007 et 887 MW en 2008. En puissance installée, ces 2994 MW équivalent aux 3000 MW que devait fournir à une autre époque le mégaprojet de Grande-Baleine, mais dans un laps de temps aussi court que celui projeté pour le controversé projet du Suroît, soit quelque part en 2008.
Plusieurs nouveaux venus se présentent par ailleurs au fil d’arrivée de cette course technologique sans précédent au Québec. La société Investissements éoliens Saint-Ulric SEC propose le bloc d’énergie le plus important, soit d’installer 1004 MW dans les MRC de Matane, Côte-de-Gaspé, Gaspé et Rocher-Percé d’ici 2008. Le deuxième joueur en importance est Cartier Wind Energy Inc., qui concentrerait ses 839 MW dans les MRC de Matane et de Côte-de-Gaspé ainsi que dans celles de Bonaventure et d’Avignon, puis en Haute-Gaspésie.

Axor, qui possède le seul parc d’éoliennes dont Québec s’enorgueillit, a déposé la troisième soumission en importance avec des projets totalisant 531 MW dans les MRC de Matane et de Côte-de-Gaspé. Axor est suivi de près par VEO Ventura avec 495 MW, Invenergy Wind Canada avec 450 MW, Northland Power avec 400 MW, Listiguj avec 168 MW, Domtar avec 75 MW et Boralex avec 33 MW.
«On reçoit ça positivement», a commenté hier Marc-Brian Chamberland, porte-parole d’Hydro-Québec, en précisant que certains sites semblaient avoir été proposés par plusieurs promoteurs. «Cependant, a noté le porte-parole hydro-québécois, la présence des trois grands turbiniers internationaux indique qu’ils perçoivent le marché québécois comme étant solide et fiable.»

À l’extérieur d’Hydro-Québec, plusieurs voyaient dans cette ferveur imprévue pour l’éolien la preuve «du réalisme des propositions faites par le milieu environnemental pour remplacer le Suroît», déclarait de son côté Steven Guilbeault, de Greenpeace Québec. Pour ce groupe, «le gouvernement doit clairement dire à Hydro-Québec qu’on peut désormais se passer du Suroît si, au lieu de choisir 1000 MW parmi ces propositions, on met en chantier tous les projets réalistes déposés sur la table. Mais à court terme, il va falloir surveiller Hydro-Québec, qui va une fois de plus noircir la filière éolienne en ne tenant pas compte des économies qu’elle fera dans l’analyse du coût global de la filière.»

Jean-François Blain, un spécialiste qui a témoigné pour le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises, se dit d’autant plus surpris de l’intérêt des industriels que la Gaspésie n’est pas la région qui possède le plus fort potentiel du Québec, loin s’en faut. S’il est «heureux» de l’importance qu’accordent les producteurs privés à l’éolien, il se dit «malheureux» d’y voir la preuve qu’Hydro-Québec aurait encore plus avantage qu’eux à développer cette filière parce qu’elle peut obtenir un financement à meilleur coût et peut jumeler comme personne au monde cette énergie nouvelle à ses barrages.

Pour Rita Dionne-Marsolais, ancienne ministre d’État à l’Énergie et critique de l’opposition dans ce dossier, des propositions totalisant 4000 MW constituent tout simplement une «excellente nouvelle parce que cela démontre qu’on peut faire le pont avec l’éolien pour passer la période de pénurie appréhendée 2006-08, si on ajoute une bonne dose d’efficacité énergétique. C’est ce que soutenait la direction du ministère des Ressources naturelles quand on a mis le Suroît de côté, et cela démontre plus que jamais que le gouvernement peut désormais envisager de dépasser les 1000 MW prévus avec des objectifs plus ambitieux afin de doter Hydro-Québec de moyens novateurs pour reconstituer sa marge de manoeuvre».

Du côté de la coalition Québec-vert-Kyoto, à l’origine de la grande manifestation environnementale de février dernier, le porte-parole André Bélisle a ajouté «que Québec doit utiliser non pas une partie mais toutes ces propositions, fermes et sérieuses, pour remplacer le Suroît. Les industriels qui ont préparé ces propositions font preuve de plus d’audace et de vision qu’Hydro-Québec, qui doit en tirer comme conclusion qu’il est grand temps pour elle de passer à autre chose si elle veut retrouver la confiance et l’adhésion du public et du milieu environnemental».
2 commentaires
  • Jacques Olivier - Inscrit 25 juin 2004 08 h 21

    Un coup d'épée...

    L'énergie éolienne est une ressource tout à fait révolutionnaire parce qu'elle est propre, silencieuse et ne met pas à l'envers toute l'écologie d'une région ; bref, on devrait y avoir déjà pensé surtout que les moulins à vent étaient là bien avant l'électricité ! La vraie raison est que, probablement, ce n'est pas parce qu'on n'y a jamais pensé, c'est qu'on n'est pas vraiment certain de la matière première.

    On sera d'accord à dire que le rendement d'une centrale éolienne repose, comme pour un voilier, strictement sur le vent. Sauf que lorsque qu'il y en a moins ou pas du tout, on ne peut pas sortir la rame ou démarrer le moteur ! Je comprends les gens d'Hydro-Québec qui sont réticents face à ce facteur « incontrôlable ».

    C'est dommage qu'on ne connaisse pas bien l'ensemble des procédés qui existent pour contrôler, voire même éliminer, TOUS les problèmes causés par les centrales thermiques. Et Dieu sait qu'il en existe mais on les ignore ! C'est aussi dommage qu'on cherche à s'envenimer l'existence avec des affaires compliquées quand on pourrait le faire facilement et simplement. Ça permettrait d'arrêter de donner des coups d'épée dans l'eau ou.dans le vent !

  • Guillaume Bélisle - Inscrit 3 juillet 2004 17 h 10

    Le vent est toujours là

    Pour monsieur Olivier.

    Il est vrai que le vent peut s'avérer une "matière première" plutôt instable dans certaines régions. Toutefois, le Québec a la chance d'être disposé géographiquement de façon unique.

    Dans cet article, on affirme que ce parc d'éoliennes se situera an Gaspésie, ou près de ce lieu. Or, les principaux vents d'Amérique du Nord proviennent du Nord-Est. Ensuite, si vous remarquez bien, l'orientation du fleuve St-Laurent est vers le Nord-Est elle aussi. Donc, le fleuve St-Laurent agit comme un véritable entonnoir de courants marins et de vents. Si vous allez visitez l'île d'Orléans ou la zone littoral de l'embouchure du fleuve, vous remarquerez que le vent n'y cesse pratiquement jamais.

    Malheureusement, le principal inconvénient de tout cela est l'attrait touristique. Effectivement, un parc d'éoliennes détruit fortement le paysage d'un lieu et nuît ainsi à son économie touristique, parfois très importante dans les milieux littoraux.