Thomas Mulcair, les minicentrales, la rivière Trois-Pistoles et la démocratie

Le samedi 29 mai dernier, Thomas Mulcair, ministre de l'Environnement, faisant allusion au projet de harnachement de la rivière Trois-Pistoles, déclarait: «Personnellement, je trouve très important ce que disent les groupes qui s'opposent au harnachement des rivières, mais il faut aussi être prudent. C'est une chose de venir de temps en temps dénoncer des projets et de retourner ensuite dans son loft du Plateau Mont-Royal, mais pour les gens qui habitent ces régions-là, qui doivent tirer un revenu et qui voient les jeunes quitter, les choses sont souvent différentes.»

Dans sa déclaration, le ministre feint d'ignorer que l'opposition aux minicentrales hydroélectriques est d'abord venue du milieu même où on voulait en implanter, de citoyens qui ont à coeur le développement durable de leur coin de pays. Non seulement son propos est injurieux pour eux, il est aussi insultant pour tous ces autres Québécois qui participent au débat et dont la grande majorité habite bien évidemment ailleurs que sur le Plateau Mont-Royal.

Si ce n'était pas le cas, le gouvernement péquiste n'aurait pas trouvé utile d'instituer un moratoire en attendant que se tiennent les audiences de la Commission parlementaire sur l'avenir énergétique du Québec. En faisant semblant de ne pas le savoir, Thomas Mulcair fausse toute la donne du problème que posent les minicentrales, particulièrement à Trois-Pistoles et dans la municipalité régionale de comté (MRC) des Basques.

Au cours de la campagne électorale de 2003, Bernard Landry a stoppé tous les projets de minicentrales, y compris celui de la rivière Trois-Pistoles, dont les promoteurs étaient la municipalité Notre-Dame-des-Neiges et Grade Trois-Pistoles, qui appartient au lobbyiste Jean-Marc Carpentier. Comme dédommagement, Carpentier a obtenu 3,6 millions du gouvernement et la municipalité Notre-Dame-des-Neiges a touché 300 000 $ qui devaient servir à la création d'un parc récréotouristique.

Le résultat des élections québécoises à peine connu, les promoteurs sont aussitôt revenus à la charge et ont relancé le projet. Entre-temps, le maire de Notre-Dame-des-Neiges, André Leblond, était devenu le préfet de la MRC des Basques et Jean-Marc Carpentier s'était fait nommer administrateur de la Commission de l'efficacité énergétique du ministère des Ressources naturelles.

Un autre lobbyiste, Serge Proulx celui-là, faisant officiellement affaire à Sherbrooke (comme par hasard), s'est acoquiné avec André Leblond et Jean-Marc Carpentier pour mener le projet à bien, évidemment dans les coulisses, puisque la population de la MRC des Basques n'a été informée qu'une fois les dés jetés.

À cause de la grogne de la population, le préfet des Basques a décidé par lui-même d'aller en référendum, lequel se tiendra d'ailleurs le 13 juin prochain avec la bénédiction du gouvernement de Jean Charest. Malheureusement, ce référendum-là ne répond pas aux exigences de la loi qui régit un tel exercice puisque le préfet des Basques en contrôle exclusivement les tenants et les aboutissants, faisant comme il lui plaît, au détriment de ce que doit être la démocratie.

La nouvelle loi sur les préfets de comté, qui en fait de véritables seigneurs à l'imputabilité plus que douteuse, est une aberration et nous ramène 50 ans en arrière, quand quelques notables de paroisse y faisaient la pluie et le beau temps au détriment du citoyen laissé pour compte. Pour ne donner qu'un exemple, sachez que la nomination des membres devant siéger au conseil d'administration des centres locaux de développement relève désormais du préfet de comté et que la norme d'une représentation minimale de cinq citoyens audit conseil a été abolie. Un préfet peu porté sur la démocratie peut donc se passer du citoyen... en toute légalité!

Ce qui se passe actuellement dans les Basques montre bien les effets pervers de la nouvelle loi qui régit les préfets de comté. Quand on alerte Thomas Mulcair et le gouvernement québécois sur les dangers que court la démocratie municipale, que nous répondent-ils? Rien. Ils s'en lavent les mains, particulièrement quand il s'agit du référendum du 13 juin prochain. À quoi servent les lois si le gouvernement refuse de voir à leur application?

Le projet de la minicentrale de la rivière Trois-Pistoles ne concerne pas que la MRC des Basques. Il interpelle tous les citoyens du Québec, qu'on semble vouloir écarter de plus en plus de l'administration de la chose publique, au profit de quelques individus qui risquent de nous faire monter dans un train dont le déraillement serait catastrophique pour un développement harmonieux des collectivités rurales.

Dans cet esprit, le gouvernement québécois ne devrait pas permettre qu'un référendum se tienne dans d'aussi mauvaises conditions démocratiques. Comme citoyen de la municipalité Notre-Dame-des-Neiges, je serais humilié que ce qui se passe chez moi devienne, par indifférence et négligence, une règle qui priverait les citoyens des MRC du Québec de toute véritable participation aux affaires de leur communauté.