Une rentrée mouvementée

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le 15 mars dernier, plusieurs dizaines de milliers de jeunes ont manifesté dans les rues de Montréal pour la lutte contre les changements climatiques.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le 15 mars dernier, plusieurs dizaines de milliers de jeunes ont manifesté dans les rues de Montréal pour la lutte contre les changements climatiques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Chaque rentrée scolaire entraîne son lot de défis. C’est vrai pour les parents, pour les élèves, mais c’est aussi la réalité de tous ceux qui oeuvrent dans ce vaste système. Le Devoir a sondé différentes organisations qui, cette année, se sentent concernées par de nombreux sujets, de la pénurie d’enseignants à la valorisation de la profession, en passant par les enjeux environnementaux. Voici leurs points de vue.

Confédération des syndicats nationaux

Le Québec est mûr pour une importante réflexion

« Grandement malmené au cours des dernières années, victime d’un manque de financement chronique, notre réseau de l’éducation doit aujourd’hui faire l’objet d’une réflexion en profondeur. Des services à la petite enfance jusqu’au niveau universitaire, ce réseau ne peut se contenter de simples « mesurettes », saupoudrées ici et là afin de ne colmater que temporairement les trop nombreuses brèches qui le fragilisent. Ses différentes composantes, nous ne le répéterons jamais assez, doivent agir en complémentarité afin de préparer l’ensemble des jeunes aux nombreux défis qui les attendent. Voilà pourquoi la CSN s’est opposée, non pas à l’objectif poursuivi par le gouvernement en matière de dépistage précoce, mais à l’imposition mur à mur des maternelles 4 ans — une façon de faire qui ne peut qu’affaiblir notre réseau de la petite enfance. Il est également préoccupant de constater qu’après un an au pouvoir, le gouvernement n’a présenté aucune vision sur des pans importants de notre réseau, tels que la formation continue, la formation professionnelle et l’éducation aux adultes. Et que penser du silence de la CAQ sur les réseaux collégial et universitaire, dont les programmes de formation font l’objet de fortes pressions du secteur privé ? Près de 25 ans après les derniers états généraux sur l’éducation, le Québec est mûr pour cette importante réflexion. Les profs et le personnel de soutien représentés par la CSN seront au rendez-vous pour faire valoir leur vision, et ce, afin de mieux soutenir les élèves, les étudiantes et les étudiants ainsi que l’ensemble de la société québécoise. »

Jacques Létourneau, président de la CSN

FNEEQ-CSN


Tous unis pour l’environnement

 

« La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants québécois (FNEEQ-CSN) célèbre cette année les 50 ans de sa fondation. Depuis, une constante se dégage : soutenant une vision humaniste de l’éducation, la FNEEQ est un lieu pour les débats de fond et un vecteur de lutte pour les changements. Justement, la rentrée 2019 se fera sous le signe d’une lutte qui préoccupe nos membres à titre de professionnels, d’éducateurs et de citoyens : l’environnement. La Fédération appelle ses syndicats à participer au mouvement « La planète en grève » le 27 septembre en tenant une journée d’actions et de mobilisation. Nous soutiendrons toutes les initiatives de nos syndicats, y compris la grève. Face à la crise climatique, nous croyons fermement que nous avons tous un rôle à jouer pour contrer l’immobilisme des gouvernements. La rentrée sera aussi marquée dans nos trois regroupements de syndicats par les négociations collectives. Des points communs se dessinent pour l’ensemble des membres : précarité des emplois, impacts de la formation à distance, menace de la sous-traitance, surcharge de travail, problèmes de santé psychologique. La profession enseignante subit présentement des pressions de toutes parts, alors que les établissements d’enseignement s’apparentent à des entreprises qui se font ouvertement concurrence. Nous serons à l’écoute des assemblées syndicales. Enfin, on ne peut passer sous silence l’absence de vision en enseignement supérieur du ministre Roberge, qui n’a d’yeux que pour le préscolaire depuis son entrée en fonction. Souhaitons qu’en 2019-2020 il s’intéresse aux réalités des cégeps et des universités et qu’il sollicite l’indispensable avis des enseignantes et des enseignants. »

Caroline Quesnel, présidente de la FNEEQ

 

Université du Québec

Revaloriser la profession d’enseignant


« Nul doute, l’éducation constitue un passeport universel pour le développement et le bien-être des individus et des sociétés. Le Québec a beaucoup investi en cette matière depuis 50 ans, dès la petite enfance jusqu’à l’université, et des progrès importants ont été réalisés. Pourtant, nous accusons toujours des retards de diplomation par rapport à d’autres provinces ou pays. Encore aujourd’hui, le passage du secondaire au collège et à l’université demeure difficile. Comment stimuler l’appétit de nos jeunes pour les études avancées ? Une partie de la réponse se trouve certainement en amont de leur parcours, dans les salles de classe du primaire et du secondaire : l’enseignant. Plus qu’un maillon du système d’éducation, l’enseignant est un acteur vital du projet pédagogique et des interactions quotidiennes avec nos jeunes. En conséquence, la qualité, le dévouement et le dynamisme de nos enseignants doivent être reconnus et célébrés. Nous pouvons témoigner fièrement de l’esprit d’innovation et du haut degré de professionnalisme dont font preuve ces femmes et ces hommes hautement qualifiés et passionnés, partout au Québec. Nous constatons toutefois que la profession enseignante comme telle souffre de plusieurs maux : défis d’insertion professionnelle, précarité de l’emploi, manque de spécialistes, etc. Du point de vue de l’Université du Québec, la valorisation de la profession enseignante constitue une clé importante pour bâtir un Québec fort, inclusif et prospère. Le Québec a besoin de tous ses talents et de tous ses enseignants pour contribuer à les développer. »


Johanne Jean, présidente du réseau de l’Université du Québec


Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir La rentrée scolaire s’annonce mouvementée, alors qu’une grève mondiale pour le climat est déjà prévue à la fin du mois de septembre.

 

Commission scolaire de Montréal


Une rentrée sous le signe de la démocratie


« Le projet des maternelles 4 ans semble avoir été déployé avec un manque évident de planification. Son implantation n’est pas réaliste à Montréal, où il y a pénurie d’espace et de personnel. N’y a-t-il pas, en éducation, de dossiers prioritaires où de telles ressources financières pourraient être mieux utilisées ? L’intention du gouvernement de remplacer les commissions scolaires par des centres de services est un exemple de glissement vers la centralisation du pouvoir de décision. Contrairement à l’idée qui est véhiculée, la démocratie scolaire joue un rôle essentiel : celui de maillon entre le ministère et les milieux spécifiques à chaque école et à chaque quartier. Parc-Extension n’a pas la même réalité que les Îles-de-la-Madeleine. Cela dit, la démocratie scolaire doit être renouvelée. Face à la pénurie de personnel, la CSDM multiplie les initiatives pour augmenter le recrutement et convaincre de futurs employés d’adopter notre institution publique. Nos efforts publicitaires et une mission à l’étranger ont généré de bons résultats. Nous insistons aussi sur la valorisation de la profession enseignante, qui passe, entre autres, par l’insertion professionnelle, la formation continue et les mesures d’accompagnement, comme le mentorat. L’environnement sera l’une de nos grandes priorités cette année. Nous accélérons la mise en place de mesures concrètes, en réponse aux préoccupations exprimées par nos élèves et par leurs parents. Notre Plan vert met notamment l’accent sur la formation de comités verts et sur les projets de recyclage et de compostage, tout en poursuivant l’éducation de nos élèves sur les enjeux environnementaux et en encourageant leur participation citoyenne au sein de leurs écoles. »


Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM

 


La Fédération des cégeps

 

Permettre au Québec de faire face aux défis qui s’annoncent


« La persévérance scolaire demeure problématique, et la volonté d’accéder à l’enseignement supérieur, qui animait le Québec dans les années 1960, a, au mieux, cédé la place à une certaine indifférence. Nous devons agir urgemment et collectivement pour qualifier davantage de jeunes et d’adultes, et ce, au-delà du diplôme de 5e secondaire. Si les cégeps souhaitent accueillir davantage d’étudiants, ils sont aussi préoccupés par la réussite scolaire de ceux qui évoluent déjà entre leurs murs. Ils ont donc lancé un important chantier pour augmenter leur taux de diplomation. Par ailleurs, avec la transformation numérique, il est important de se rappeler que la formation générale offerte par le cégep vise, entre autres, à développer la pensée critique et le jugement, qui sont au cœur des compétences du futur et qui permettent d’outiller les jeunes afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle de citoyen. La formation continue est aussi appelée à jouer un rôle de premier plan. Désormais, la formation initiale ne suffit plus, il faut accompagner les travailleurs pour qu’ils puissent se former en cours d’emploi tout au long de leur parcours professionnel. Enfin, la situation au Québec, tant sur le plan démographique qu’en matière de main-d’œuvre qualifiée, commande une intensification des activités de recrutement d’étudiants internationaux dans les cégeps. »


Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps


 

Centrale des syndicats du Québec


L’éducation, à la croisée des chemins


« Le monde de l’éducation est en crise. À la complexification de la tâche s’ajoute une augmentation du nombre d’élèves, estimé à 65 000 au cours des cinq prochaines années. Au même moment, la relève fait cruellement défaut. La situation est troublante et la pénurie frappe tous les secteurs. Les arrêts de travail et les réductions obligées de la tâche pour des raisons de santé physique ou mentale sont de plus en plus fréquents chez les enseignants, le personnel de soutien et les professionnels. Les horaires atypiques, la surcharge de travail et la précarité font en sorte que le recrutement devient de plus en plus difficile. Il n’existe aucune vision d’ensemble ni aucune planification au gouvernement. Les annonces sont faites à la pièce, sans consultations préalables auprès des acteurs concernés. Nous sommes à la croisée des chemins. Sans actions rapides et concrètes pour améliorer les conditions de travail, le réseau de l’éducation vivra une importante crise qui mettra en péril la réalisation de sa mission première, qui est la réussite de toutes et de tous. Les personnels enseignant, de soutien et professionnel, rappelons-le, sont au cœur d’une mission essentielle qui est celle de préparer les élèves d’aujourd’hui à la société de demain. L’heure est venue de nous questionner. Si l’éducation est vraiment une priorité, le gouvernement doit agir rapidement pour changer la donne. Il doit laisser de côté les réformes de structures, inutiles et nuisibles, pour s’occuper de l’essentiel. »


Sonia Éthier, présidente de la CSQ


 

Alliance des professeures et professeurs de Montréal


L’antidote à la pénurie du personnel enseignant


« À la veille de la rentrée scolaire à la CSDM, les mêmes questions persistent pour une troisième année consécutive. Y aura-t-il un prof dans la classe de mon enfant le jour de la rentrée ? Mon enfant aura-t-il un local adéquat dans l’école ou une unité modulaire dans la cour ? Est-ce que le chantier prévu à l’école de mon enfant est complété ou devra-t-il se poursuivre dans le bruit et la poussière ?


Depuis cinq ans, tant la pénurie, la vétusté des écoles que le manque d’espace ont dépassé le stade critique à la CSDM. Pourtant, il manque de plus en plus de profs, d’espace et d’écoles saines à Montréal. Si les conditions de promiscuité et de salubrité des édifices s’améliorent lentement, mais sûrement, la pénurie empire en grande partie à cause des décisions des commissions scolaires et du ministère de l’Éducation, au détriment des élèves et du personnel. Les conditions salariales et de travail des profs ne sont pas intéressantes pour la relève. Pas étonnant que la CSDM ait de la difficulté à recruter. Or, si le recrutement ne pourvoit pas les postes, la rétention du personnel devient la seule solution. Quand la CSDM refuse à des profs de 32 ans d’ancienneté un allégement de leur tâche jusqu’à leur retraite, elle prend le risque que ce prof décide de partir à la retraite immédiatement. Tous les profs en fonction pallient la pénurie depuis des années : ils sont à bout. Pour en finir avec la pénurie, la CSDM doit démontrer plus de gratitude envers son personnel. Le temps est venu de valoriser les profs.


Bonne rentrée 2019 à tous les profs et tous les élèves. »
 

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal