Vers un « automne chaud » en éducation

Marco Fortier Collaboration spéciale
Illustration: Tiffet

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À quelques jours de la rentrée scolaire, le milieu de l’éducation se prépare pour un automne mouvementé. Tout le monde craint que la création de 250 nouvelles classes de maternelle 4 ans vienne aggraver la pénurie d’enseignants et d’autres professionnels qui sévit depuis deux ans, surtout dans la grande région de Montréal.

Les difficultés à attirer et à retenir du personnel soulèvent l’inquiétude dans les écoles, mais d’autres enjeux importants retiennent l’attention du milieu scolaire. Les négociations en vue de renouveler la convention collective des enseignants doivent se mettre en branle avant le temps des Fêtes. Le gouvernement Legault prévoit aussi de déposer rapidement son projet de loi controversé qui transformera les commissions scolaires en centres administratifs sans commissaires élus.

« C’est un automne qui sera chaud », dit la députée libérale Marwah Rizqy, porte-parole du parti en matière d’éducation. Elle craint une répétition du scénario qui est survenu lors des deux dernières rentrées scolaires : des classes du primaire se retrouvent sans enseignant titulaire à cause du manque de main-d’œuvre.

Dans l’espoir de venir à bout de la rareté du personnel, le ministre Jean-François Roberge vient d’autoriser des éducatrices en garderie à enseigner à la maternelle, à certaines conditions. Elles doivent détenir un diplôme d’études collégiales en techniques de garde, avoir commencé des études à un programme universitaire en éducation préscolaire et avoir l’équivalent de deux ans d’expérience pertinente.

« Le gouvernement sait qu’il y a une pénurie, mais il accentue cette pénurie-là en élargissant l’offre de maternelles 4 ans juste pour remplir une promesse électorale », dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

Les profs ont toujours appuyé la création de maternelles 4 ans en milieu défavorisé pour éviter que des enfants arrivent en maternelle 5 ans avec des retards de développement, rappelle la leader syndicale. Il existe un consensus scientifique selon lequel la stimulation précoce des enfants vulnérables est essentielle pour leur éviter des difficultés scolaires plus tard. Québec aurait toutefois dû élargir plus graduellement l’offre de maternelles 4 ans compte tenu de la pénurie d’enseignants et de locaux — et des autres besoins en éducation, selon Josée Scalabrini.

« Le gouvernement est allé trop vite avec les maternelles 4 ans. Il n’a pas pris le temps de consulter les enseignants et d’avoir une vision globale en éducation », dit-elle.

Le Devoir a offert une entrevue au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, mais au moment où ces lignes étaient écrites, il n’était pas en mesure de répondre à nos questions en raison des vacances d’été.

Élus scolaires

Le milieu de l’éducation redoute la transformation prévue des commissions scolaires en simples bureaux administratifs. Les élus scolaires ne suscitent aucun engouement dans la population, comme en témoigne le taux de participation de 4,85 % aux dernières élections scolaires francophones. Plusieurs sources s’interrogent toutefois sur la nécessité de brasser des structures au moment où il existe d’autres besoins criants en éducation.

« Je ne vois pas comment le fait d’appeler les commissions scolaires un centre de services va venir à bout de la pénurie de locaux et d’enseignants », dit la députée Christine Labrie, de Québec solidaire.

Quel sera le degré de transparence de la nouvelle gouvernance scolaire proposée par le ministre Roberge ? Le public aura-t-il son mot à dire dans l’élaboration des politiques scolaires ? De quelle façon les administrateurs de ces centres régionaux seront-ils nommés ?

Comment s’articulera le pouvoir supplémentaire qui sera donné aux conseils d’établissement ? Ce sont des questions qu’on entend dans le milieu scolaire.

« Le ministre aurait avantage à nous consulter en vue de sa réforme des commissions scolaires. On craint qu’il tienne des consultations bidon », dit Josée Scalabrini.

Valoriser la profession

Le ministre Roberge, en tout cas, entendra parler des enseignants au cours de l’automne. Les syndicats comptent déposer leurs demandes au gouvernement en vue du renouvellement de leur convention collective qui vient à échéance le 31 mars prochain.

La fameuse « valorisation de la profession », qui est au cœur de toutes les discussions depuis des mois, fera partie des demandes syndicales. Le ministre a déjà promis d’éliminer les six premiers échelons salariaux pour faire grimper le salaire d’entrée des profs de 45 000 $ à 53 000 $. Le but : attirer des aspirants-profs et les retenir en classe, car un enseignant sur quatre quitte la profession avant d’avoir atteint cinq ans d’ancienneté.

Insuffisant, selon Josée Scalabrini : il faudra aussi penser aux profs expérimentés, qui doivent patienter 17 ans avant d’atteindre le sommet de l’échelle salariale. Épuisés, plusieurs désertent la profession avant d’atteindre l’âge de la retraite.

La tâche est plus lourde et plus complexe qu’autrefois. On demande parfois à l’école de prendre la place des parents auprès des enfants. Et les exigences envers les profs sont plus élevées, avec des classes comportant un nombre important d’élèves en difficulté.

Comme promis, le ministre a annoncé au cours des derniers mois la création de 150 classes spécialisées pour donner du répit aux enseignants et permettre aux élèves en difficulté d’avoir l’encadrement dont ils ont besoin. Il a annoncé un seuil minimal de services dans chaque école, même les plus petites situées en région.