L’impact de l’environnement sur l’apprentissage

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
La cour de l’école Lambert-Closse, qui sera aussi bientôt rénovée et verdie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La cour de l’école Lambert-Closse, qui sera aussi bientôt rénovée et verdie.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Comment la restauration des écoles primaires et de leurs cours peut-elle avoir un impact concret sur la qualité de vie, l’apprentissage, l’envie de bouger et la motivation des enfants et des professeurs ? « Elle changera le rituel d’apprentissage et d’enseignement », explique l’architecte Pierre Thibault.​

L e verdissement et l’ajout de mobilier sportif semblent avoir été les mots d’ordre des 140 projets ayant bénéficié de la mesure Embellissement des cours d’école, annoncée le 17 mai par le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge. Les cours d’école réparties dans 49 commissions scolaires du Québec se sont ainsi partagé une enveloppe de 3 millions de dollars, une moyenne de quelque 21 500 $ par projet. Elles devraient être revigorées à temps pour que les écoliers en profitent lors de la nouvelle double récréation obligatoire de 20 minutes par jour, dès cet automne.

140

C’est le nombre d’écoles dans la province qui devraient avoir été embellies pour la rentrée grâce à une aide financière de Québec. 17 écoles de la région de Montréal figurent sur la liste.

Plusieurs acteurs du milieu scolaire ont dénoncé la maigreur de l’investissement de 3 millions de dollars accordé au programme Embellissement des cours d’école. Pierre Thibault, lui, l’une des têtes derrière le projet Lab-École lancé en 2017 par les libéraux avec le concours de Ricardo Larrivée et de Pierre Lavoie, estime que « la nature a un apport immense à un coût minime ».


Dedans comme dehors

 

Que ce soit en réduisant les îlots de chaleur, en créant des pare-soleil, en favorisant le développement durable ou en produisant un effet apaisant sur les enfants, un minimum de nature est essentiel à l’apprentissage, croit M. Thibault. « Une diversité d’espaces doit accompagner les élèves et les professeurs tout au long de la journée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, fait-il valoir. Et la cour doit être un poumon. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Depuis l’élection de la CAQ, le ministre de l’Éducation a renouvelé le budget de fonctionnement du Lab-École de 3 millions pour un nouveau mandat de deux ans. Cet organisme à but non lucratif s’est donné pour mission de rassembler une expertise multidisciplinaire pour concevoir les écoles de demain en tenant compte de trois champs d’activité : l’environnement physique, le mode de vie sain et actif et l’alimentation.


Les sept projets d’établissements d’enseignement primaire de l’organisme seront de 20 à 25 % plus grands qu’un projet traditionnel. Une somme de 60 millions a été accordée pour leur conception, près de 15 % de plus que ce qui est normalement alloué. Ils devraient, pour la plupart, être inaugurés à l’automne 2021.

 

Parmi les recommandations du Lab-École : des établissements d’enseignement ouverts sur l’extérieur et jouissant d’une fenestration abondante. « Le modèle de l’école s’est figé il y a 50 ans, affirme l’architecte Pierre Thibault. On a rasé des boisés pour construire des écoles et offrir des espaces de stationnement. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le terrain devant l’école Louis-Hippolyte-Lafontaine en plein chantier

On conçoit aujourd’hui l’apprentissage de manière plus holistique, fait valoir Pierre Thibault, alors que les enfants passent plus de temps à l’école que par le passé. En retournant à la maison pour dîner, ils se déplaçaient quatre fois par jour, rappelle-t-il. Ces allées et venues faisaient partie d’une routine d’apprentissage.

 

« On comprend maintenant que la qualité de l’espace a un impact [sur les élèves], ajoute l’architecte. On pense y être insensible, mais c’est loin d’être le cas. La perception du temps est différente, le rendu des couleurs est de bien meilleure qualité et l’attention des élèves est plus grande. » Avoir une perspective sur une nature verte et bénéficier d’une lumière naturelle ont aussi des effets importants sur le système immunitaire, souligne-t-il.

Photo: LAB-ÉCOLE Maquettes de projets fictifs servant à illustrer l'esprit du Lab-École. Le concours d'architecture a été lancé le 12 août dernier. « Il est reconnu que les projets réalisés par voie de concours contribuent à élever les standards de qualité en design, affirme Pierre Thibault. Ainsi, nous pourrons concevoir de nouveaux modèles d’écoles innovantes, axées sur les meilleures pratiques, qui favoriseront la réussite des élèves. » Les architectes sont actuellement invités à soumettre leurs idées. Quatre finalistes par projet seront ensuite sélectionnés et annoncés en octobre et les lauréats seront connus au début de l‘année 2020.

Un espace favorable à la collaboration

 

Une cour d’école remodelée (de nouvelles infrastructures, des terrains sportifs, du verdissement, etc.) permet aussi de sortir de l’enseignement « en rang d’oignon », qui freine la collaboration. Le « professeur-émetteur » et l’« enfant-récepteur » sont loin de la pédagogie actualisée.


À titre d’exemple, Pierre Thibault raconte la visite qu’il a faite d’une école primaire en Scandinavie. Lors de son passage, des enfants étaient collés les uns sur les autres, les yeux fermés, sur un gradin situé dans un large corridor. Ils étaient installés là pour « 10 minutes de rêve », lui a expliqué un professeur. Après cette phase de « méditation », les élèves sont invités à raconter leurs songes.

Photo: LAB-ÉCOLE

Maquettes de projets fictifs servant à illustrer l'esprit du Lab-École.

Selon cette approche, les modules de jeux et le mobilier sportif de la cour d’école sont des lieux de collaboration, au même titre que les corridors dégagés utilisés pour le travail collaboratif, les gradins pour rêver en groupe ou tous les autres lieux de rassemblement. Tous les espaces deviennent bons pour jouer et apprendre.

 

Les sommes accordées par Québec pour cette automne dans le cadre de la mesure Embellissement des cours d’écoles permettent principalement l’installation de modules de jeux, le verdissement de l’espace, l’ajout d’arbres, l’aménagement de terrains sportifs ou encore de coins de détente.

L’importance de la beauté

Le terme « beauté » mis en avant par Pierre Thibault dans sa façon d’aborder le milieu scolaire transcende sa stricte représentation. Les mots « bien-être » ou « bienveillance » auraient également pu être utilisés, selon lui. L’idée est plutôt de modifier, surtout par des espaces collaboratifs, la nature de l’environnement bâti. « Globalement, la beauté de notre environnement a un effet bénéfique sur notre vie », conclut-il.