Transat accepte l’offre d’Air Canada de 520 millions

Le transporteur Air Canada, dont le prix avancé au début des pourparlers avait rebuté au moins un gros actionnaire, tourne donc la page sur un mois de discussions exclusives avec le voyagiste.
Photo: Getty Images Le transporteur Air Canada, dont le prix avancé au début des pourparlers avait rebuté au moins un gros actionnaire, tourne donc la page sur un mois de discussions exclusives avec le voyagiste.

Qu’en penseront les actionnaires ? Voilà l’une des questions qui retiennent l’attention après l’annonce d’une entente formelle permettant à Air Canada, si la transaction récolte les appuis nécessaires en assemblée, d’acquérir Transat pour le même prix que celui évoqué le mois dernier, soit 520 millions en argent comptant, ou 13 $ l’action. Le promoteur immobilier Mach, qui offre 14 $, affirme que sa proposition est encore « sur la table ».

Le transporteur Air Canada, dont le prix avancé au début des pourparlers avait rebuté au moins un gros actionnaire, tourne donc la page sur un mois de discussions exclusives avec le voyagiste en assurant qu’il maintiendra non seulement le siège social situé au pied du mont Royal, mais aussi la marque Transat.

Tout en admettant que les premières communications avec Transat ont eu lieu à l’automne 2018, bien avant ce que pensaient les observateurs, Air Canada croit que son offre est d’une « excellente valeur tout en assurant une plus grande sécurité d’emploi aux employés des deux sociétés grâce à des perspectives de croissance accrues », a affirmé dans un communiqué le président d’Air Canada, Calin Rovinescu. Aucune des deux entreprises n’accordait d’entrevue.

Pour que l’acquisition aille de l’avant, il faudra maintenant qu’Air Canada et Transat reçoivent l’aval du Bureau de la concurrence ainsi que celui des deux tiers des actionnaires, qui devront se réunir à une date qui n’est pas encore connue. Si cela se produit comme prévu, la transaction pourra être conclue au début de l’an prochain.

Dossier à l’étude

Déjà, chez les grands actionnaires, on s’affairait jeudi à analyser l’entente pour déterminer la suite des choses. Le Fonds FTQ, qui détient 11,6 % des actions de Transat, n’a « pas pris position pour le moment », selon son porte-parole, Patrick McQuilken. « Au-delà des considérations financières, le Fonds tiendra compte de plusieurs facteurs dans l’analyse du dossier, notamment l’impact sur l’économie québécoise, le maintien du siège social et des activités l’entourant, et le maintien des emplois. »

 
520 millions
C’est le montant de l’offre d’Air Canada pour acquérir Transat A.T., ce qui représente 13$ l’action.

La Caisse de dépôt et placement du Québec, dont le bloc était d’environ 6 % au 31 décembre, n’a pas voulu faire de commentaires. Il a par ailleurs été impossible de joindre la firme Letko Brosseau, dont la participation est d’un peu moins de 20 %. Letko n’a pas caché le mois dernier qu’elle trouvait le prix de 13 $ insuffisant.

L’action de Transat a terminé la séance de jeudi en baisse de 5,4 %, à 13,42 $, ce qui pourrait laisser croire que certains investisseurs perçoivent la possibilité d’une surenchère.

La « meilleure option »

Pour Jean-Marc Eustache, président et chef de la direction de Transat, il s’agit de « l’occasion idéale de développer la présence et les emplois de Transat à Montréal et, par conséquent, de la meilleure option pour toutes nos parties prenantes, soit les employés, les fournisseurs, les partenaires et les actionnaires ». Les réservations « seront honorées avant et après la conclusion de la transaction », a-t-on précisé.

Membre de l’équipe fondatrice de Transat dans les années 1980, le premier ministre François Legault avait indiqué le mois dernier, quand Air Canada et Transat ont éventé leurs pourparlers, que cela lui faisait un « pincement au coeur », mais que l’important était de conserver le siège social du voyagiste à Montréal.

L’effectif total de Transat se chiffre à 5000 employés. Son chiffre d’affaires hivernal repose en grande partie sur les destinations soleil alors que celui de l’été est axé davantage sur les trajets transatlantiques. Bon an mal an, ses revenus avoisinent 3 milliards. Deux des trois derniers exercices complets se sont soldés par une perte.

« Il est difficile de prévoir le temps que prendra un examen de fusion, car le Bureau de la concurrence détermine la démarche qui s’impose au cas par cas », a indiqué l’organisme fédéral. Selon les dernières données de Transat, le voyagiste détient une part de 20 % sur le marché transatlantique, contre 42 % pour Air Canada, une situation qui fait craindre une hausse de prix à certains voyageurs.

Par ailleurs, il est bien connu que la fusion de deux entreprises peut se heurter à des obstacles majeurs lorsque vient le temps de greffer deux corps d’employés, ne serait-ce qu’en raison des différences entre les conventions collectives et la gestion de l’ancienneté. Le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente 9500 agents de bord chez Air Canada/Rouge et 2000 chez Air Transat, s’est dit « optimiste » par rapport à la transaction, signalant qu’il va suivre le dossier de près pour s’assurer que les compagnies honorent les « promesses qu’elles ont faites à leurs employés ».

Autre acheteur intéressé

L’idée de pouvoir acquérir Transat avait attiré au printemps l’attention du Groupe Mach, un promoteur immobilier, qui proposait pour sa part 14 $ l’action.

« Je suis étonné », a dit en entrevue le président de Mach, Vincent Chiara, en précisant que son offre est « toujours sur la table ». « Je m’attendais à ce qu’Air Canada paie plus cher, ce qui aurait justifié le conseil de Transat d’accepter l’offre d’Air Canada, en partie. Je maintiens que le rôle du conseil est de veiller aux intérêts de la société. […] Je me serais attendu à ce qu’ils trouvent un acheteur qui assure la pérennité de la société, à ce que le plan d’affaires soit exécuté par un nouvel acheteur. On sait qu’Air Canada ne le fera pas. »

Selon M. Chiara, la proposition d’Air Canada « comporte des risques majeurs », car elle devra passer le test du Bureau de la concurrence. « Le plus gros risque, ça sera de faire avaler ça aux actionnaires. » Le patron de Mach affirme que Transat n’aura « pas le choix de considérer » son offre, car le voyagiste n’est plus soumis aux discussions exclusives avec Air Canada.

Un analyste financier de Valeurs mobilières Desjardins a indiqué dans une note aux clients qu’il faudra aussi surveiller la réaction éventuelle du conglomérat Onex, qui est en train de mettre la main sur WestJet.