Martin et Canada Steamship Lines: même slogan

Paul Martin a peut-être largué les amarres de la Canada Steamship Lines en 2003, mais il semble que cette dernière soit une source d'inspiration en politique. Le Parti libéral du Canada et l'entreprise maritime, aujourd'hui dirigée par les fils du premier ministre, partagent la même expression nautique «Droit devant», dans leurs slogans respectifs.

La semaine dernière, le PLC a lancé sa campagne publicitaire. En français, les messages se terminent par le slogan «Allons droit devant avec l'équipe Martin». Or, depuis 1998, la Canada Steamship Lines (CSL) utilise le slogan «Droit devant» comme motivation auprès de ses nouveaux employés. «Ce n'est qu'une coïncidence», a assuré la porte-parole de la CSL, Martine Malka, jointe par Le Devoir.

Mme Malka a expliqué que le slogan avait d'abord été utilisé à l'occasion d'un programme de formation en accordant une attention particulière au service à la clientèle. Des t-shirts, des stylos, des combinaisons de travail sont marqués du slogan «Droit devant» traduit en anglais par «On course». Si le programme a été abandonné en 2000, le slogan a été intégré à l'accueil de la nouvelle main-d'oeuvre.

«Ce n'est que pour utilisation interne. Nous n'avons jamais fait de publicité avec ça», a précisé Mme Malka.

Du côté du Parti libéral du Canada, le directeur adjoint de la campagne, Steve Mackinnon, a dit hier ignorer jusque-là la ressemblance des deux slogans. «C'est la première fois que j'entends ça. "Droit devant", c'est une expression très courante qui nous a été soumise par notre agence de publicité», a expliqué M. Mackinnon.

La publicité et le slogan sont le fruit de l'agence BBDO, à Montréal. Il s'agit de la même agence qui signe la campagne publicitaire de la Brasserie Labatt qui, à des fins commerciales, a fondé un faux parti politique qui sillonnera tout le Québec.

Le slogan «Allons droit devant avec l'équipe Martin» est apparu la semaine dernière comme une réplique à celui lancé quelques jours plus tôt par le Bloc québécois et qui fait référence au scandale des commandites, «Un parti propre au Québec». Steve Mackinnon a souligné que le slogan libéral avait «une résonance dans la population» et que même une chanson de Star Académie reprenait l'expression. «Ça décrit bien notre message de campagne. [...] Ça signifie aller vers l'avant, ne pas regarder le passé», a ajouté M. Mackinnon.

Manifestement irrité, M. Mackinnon a téléphoné à un membre de la direction du Devoir en fin d'après-midi pour s'assurer qu'aucun lien ne serait fait entre le Parti libéral et CSL. «Cette histoire pourrait être dommageable pour notre campagne», a-t-il souligné.

Chose certaine, cette parenté morale entre la CSL et le Parti libéral du Canada n'est pas sans rappeler à quel point Paul Martin s'est fait prier avant de se départir de son empire. Il aura fallu de fortes pressions publiques pour que M. Martin consente l'année dernière, après avoir affirmé qu'il n'y avait aucun problème à ce qu'il soit premier ministre et homme d'affaires, à céder la propriété de CSL à ses fils.

Talonné par ses adversaires politiques, M. Martin a dû régulièrement se défendre du fait que son ancienne entreprise bénéficiait d'abris fiscaux privant le Canada de dizaines de millions en impôt. Paul Martin, alors qu'il était ministre des Finances, a lui-même parrainé la loi autorisant une convention fiscale entre le Canada et la Barbade. Ainsi, les compagnies de transport maritime canadiennes utilisent ce paradis fiscal.

La flotte canadienne de la Canada Steamship Lines compte 16 bateaux dont 15 ont un équipage canadien (environ 500 travailleurs) et arborent l'unifolié. Le siège social est à Montréal. Ce qui suscite de nombreuses critiques concerne la filiale installée à la Barbade, CSL International. Huit bateaux battent pavillon étranger. «C'est l'administration d'un "pool" commercial», a expliqué Martine Malka.

Dans un ouvrage sorti en mars dernier, Alain Deneault fait un réquisitoire contre l'homme d'affaires-politicien Paul Martin. «Les paradis fiscaux constituent la négation des principes démocratiques et qui ne s'y oppose pas est antidémocratique. [...] Avoir pignon sur rue dans les paradis fiscaux signifie qu'on avalise la criminalité financière», peut-on lire dans le livre de Deneault intitulé Paul Martin & compagnies.

En février dernier, le Parti conservateur du Canada a mené une offensive contre Paul Martin concernant la valeur des contrats de l'État obtenus par CSL entre 1993 et 2002. L'année dernière, le gouvernement avait soutenu que les contrats totalisaient 137 000 $. Un an plus tard, on apprenait qu'il s'agissait plutôt de 161 millions.

Paul Martin a été président de la Canada Steamship Lines dès 1974 alors que l'entreprise maritime appartenait à Power Corporation. Il achète l'entreprise avec Fednav en 1981. Sept ans plus, M. Martin rachète son associé et devient l'unique propriétaire de la CSL fondée en 1845.

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