Formation continue: un travail à dimension humaine

Jean-François Venne Collaboration spéciale
L’éducation et la formation ne sont plus confinées aux bancs d’école.
Photo: Getty Images L’éducation et la formation ne sont plus confinées aux bancs d’école.

Ce texte fait partie du cahier spécial Fête des travailleurs

La rareté grandissante de la main-d’œuvre en amène plusieurs à chercher des solutions pour faire entrer le plus vite possible sur le marché du travail ceux qui n’y sont pas encore. Cette approche à court terme risque toutefois de faire perdre de vue certains objectifs au plus long cours, comme le besoin de préparer les travailleurs à la transformation, déjà bien amorcée, du marché du travail.

« Il faut s’assurer que la main-d’œuvre sera en mesure d’occuper les emplois de demain », résume Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). Pour plusieurs travailleurs, cela passe d’abord par l’acquisition ou l’amélioration de compétences de base en littératie et en numératie.
 

Le plus récent Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) montrait que 19 % des Québécois âgés de 16 à 65 ans se classaient au niveau 1 ou même sous ce niveau en littératie (sur un total de cinq niveaux). S’ajoutent à cela 34 % qui se situaient au niveau 2. Une analyse de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) indique qu’environ 29,6 % des personnes inactives et 23,8 % des chômeurs se rangeaient au niveau 1 ou moins, comme 15,5 % des travailleurs. Plus ou moins un tiers des individus de ces trois groupes se situaient au niveau 2. Les résultats sont très similaires en ce qui concerne la numératie.
 

« On entend souvent que les travailleurs devront acquérir les compétences pour occuper les emplois du futur, mais avoir une base robuste en ce qui concerne la capacité de lecture, d’écriture, de compréhension de textes, de calcul et de résolution de problèmes constitue un préalable incontournable », souligne Luc Vachon. En plus de cette éducation de base, la formation continue aura un rôle crucial à jouer, tant pour ceux qui sont en emploi que pour ceux qui s’efforcent d’en retrouver un. Mais à ce titre, il faudra surmonter plusieurs défis. « Le Québec n’a pas une forte culture de formation continue, ni du côté des travailleurs ni du côté des employeurs, donc il faudra en développer une », estime le président.
 

Soutenir la formation

Selon lui, cela signifie qu’il faudra revoir notre conception de l’éducation et de la formation, qui se feront désormais tout au long de la vie et ne se confineront plus aux bancs d’école. L’alternance entre la formation et le travail deviendra plus fréquente. Cela exige un arrimage de l’écosystème de formation, qui inclut les entreprises, les centres de formation, les établissements collégiaux et universitaires, etc. Cet arrimage doit permettre de développer des approches novatrices en formation, mais aussi de favoriser la reconnaissance des compétences acquises. Ces dernières doivent pouvoir se transférer d’une entreprise à l’autre.
 

Par ailleurs, le contexte ne se prête pas si bien que cela à la formation continue. Les employeurs peinent déjà à combler leurs besoins de main-d’œuvre dans une dynamique de plein emploi. On peut difficilement les critiquer de rechigner à l’idée d’en libérer un certain nombre pour quelques semaines, voire quelques mois, dans le cadre d’un projet de formation. Il faut pourtant résoudre cette équation puisque c’est l’ensemble des entreprises qui bénéficieront, à moyen terme, d’une main-d’œuvre mieux formée.


La CSD réclame du gouvernement québécois des incitatifs puissants pour favoriser la formation continue. Elle suggère des soutiens financiers et des crédits d’impôt bonifiés pour les entreprises, mais aussi pour les travailleurs désireux d’alterner le travail et les études. « Un travailleur qui a des enfants ne peut pas se priver de son salaire pour aller étudier sans un soutien financier », souligne Luc Vachon. Le succès des formations de type « dual », dans lesquelles le travailleur alterne entre la formation et le travail et continue d’être payé en tout temps, montre l’importance de la question financière.


La CSD a déploré que le premier budget du gouvernement Legault ne se soit concentré que sur l’amélioration de la productivité par l’acquisition de nouvelles technologies, en laissant la main-d’œuvre en plan. Sans contester l’intérêt pour le Québec de rattraper son retard technologique, le syndicat aimerait voir plus de mesures pour aider les travailleurs à s’adapter à cette évolution afin qu’ils en bénéficient plutôt que d’en faire les frais.


« Le travail doit conserver une dimension humaine, avance Luc Vachon. Il ne faut pas asservir l’homme aux besoins de la technologie. Il faut que la technologie soit au service de l’homme. Il faudra conserver la dimension humaine du travail dans les bouleversements qui viennent. »