Le recteur de l'Université de Sherbrooke se joint à l'équipe Martin

Après des semaines de réflexion alimentées par la rumeur, le recteur de l'Université de Sherbrooke, Bruno-Marie Béchard, tentera l'aventure politique fédérale. Le jeune recteur-vedette a accepté l'invitation insistante de l'équipe de Paul Martin et briguera les suffrages dans Sherbrooke, ce qu'il annoncera demain, a appris Le Devoir.

Les militants libéraux contactés hier dans Sherbrooke ne cachaient pas leur enthousiasme. La présidente de l'association locale, Micheline Dupuis, a confirmé sa présence à la conférence de presse que M. Béchard tiendra demain matin à Sherbrooke.

«Le succès lui colle à la peau. Il suffit de le voir, il déborde de dynamisme et c'est un très bon communicateur. Il rassemble des gens», a fait valoir Mme Dupuis.

Cette dernière a rappelé que la circonscription de Sherbrooke n'est plus dans le giron libéral depuis 1984, soit lorsque Jean Charest, aujourd'hui premier ministre du Québec, y a été élu député conservateur. À son départ pour la scène québécoise en 1998, le comté est passé au Bloc québécois. Bruno-Marie Béchard représente pour les troupes libérales l'espoir de mettre la main de nouveau sur Sherbrooke. «Le carême a assez duré», a lancé en riant Mme Dupuis.

Du côté de la permanence du PLC, on se montrait moins loquace. «C'est une candidature souhaitée par le Parti libéral du Canada, mais je ne peux rien vous confirmer avant que M. Béchard lui-même ne fasse sa profession de foi libérale», s'est d'abord bornée à dire la porte-parole du PLC, Irène Marcheterre. Plus tard, lorsque Le Devoir a souligné à Mme Marcheterre que la conférence de presse de M. Béchard est prévue demain matin, elle a précisé que ce serait à 10h30...

L'Université de Sherbrooke a fait savoir hier que M. Béchard était «absolument impossible à rejoindre», ce qui détonne pour une université dont le recteur s'est fait le champion des communications et de l'accessibilité au cours des dernières années. «Nous avons tout tenté pour le retracer, impossible de le joindre», a expliqué hier le directeur des communications de l'université, Jacques Viens. Le recteur Béchard a prêté flanc à la rumeur depuis plusieurs semaines quant à son plongeon politique et il a brouillé les cartes au début mai lorsqu'il a clairement annoncé son intention de se représenter pour obtenir un second mandat de recteur, en 2005.

L'incursion en politique créera tout un émoi dans la communauté universitaire sherbrookoise, où M. Béchard a donné, au cours des trois dernières années, un élan considérable à l'université, notamment par un plan de visibilité sans pareil. L'annonce survient surtout au moment où l'assemblée universitaire de l'UdeS a donné son aval au passage du recteur vers un deuxième mandat, ce qui devrait faire l'objet d'une décision du conseil d'administration à la fin mai.

Le recteur crée d'ailleurs un précédent en sondant l'arène politique au moment où on pourrait le reconfirmer pour un second mandat, le premier se terminant en mai 2005. S'il ne gagne pas le coeur des électeurs de Sherbrooke, pourra-t-il reprendre les rênes de l'université?

«Hors de question! Il serait impensable de reprendre ce poste après avoir été si près des pouvoirs politiques», jure un cadre universitaire haut placé qui souhaite demeurer dans l'ombre. À l'université, on affirmait hier n'avoir pas réfléchi officiellement à la chose. Impossible de joindre le président du conseil d'administration de l'UdeS, ni son secrétaire général: motus et bouche cousue.

L'ingénieur de 40 ans, que l'on décrit comme le plus jeune recteur en Amérique, s'est frayé un chemin jusqu'au rectorat sans avoir de doctorat en poche, ce dont il parle avec un sourire. Nommé vice-recteur à l'administration de l'UdeS en 1998, M. Béchard a été élu à 36 ans et s'est forgé une réputation liée à l'audace. C'est à la force de son réseau que l'on doit la grinçante dénomination de la station de métro Longueuil-Université-de-Sherbrooke, de même que la récente décision de permettre aux étudiants de son établissement d'utiliser gratuitement les transports en commun.

Officiellement, il ne reste plus que quatre circonscriptions à combler au Québec pour le PLC. Parmi celles-ci, on retrouve entre autres la circonscription du premier ministre Paul Martin, LaSalle-Émard. Dans Roberval, l'investiture se tenant ce soir confirmera la candidature de Michel Mallette. Pour Chambly, le PLC prévoit une assemblée d'investiture d'ici la fin de la semaine prochaine.

Dans Sherbrooke, les libéraux ont depuis février dernier un candidat pressenti, Gilles Daoust, un ancien commissaire d'école. Selon des militants libéraux, M. Daoust a accepté de laisser le champ libre si le PLC dénichait la perle rare. Bruno-Marie Béchard semble être ce «candidat de prestige».

«C'est un choix exceptionnel. C'est presque un rêve pour le Parti libéral. Mais avec la nouvelle carte électorale, ce n'est pas gagné. On a beaucoup de travail à faire parce que les gens de la rue ne savent pas nécessairement qui est M. Béchard», a affirmé M. Boivin.