La parole à nos lecteurs

Mais de quelle transition parlons-nous ?


Dans l’article du Devoir du 16 novembre intitulé Projet de gazoduc de 750 km en sol québécois et signé par Alexandre Shields, nous pouvions lire ceci :

« En présentant les grandes lignes de son projet jeudi, Gazoduq a surtout souligné que celui-ci serait important “pour la transition énergétique mondiale”, puisque le gaz exporté doit permettre, pour des entreprises ailleurs dans le monde, “de remplacer des énergies plus polluantes, telles que le charbon et le mazout”. »

Il est important de comprendre que cet argument est faux. Le gaz naturel n’est pas une énergie de transition et ne remplacera pas des énergies plus polluantes : dans le meilleur des scénarios, le gaz permet une conversion énergétique localisée. Par exemple, une usine pourrait passer du mazout vers le gaz naturel, mais dans l’ensemble, dans l’utilisation globale de l’énergie, il n’y a pas de remplacement ni de réduction. Au contraire, la consommation énergétique globale est en accélération constante depuis la révolution industrielle et de 2,1 % en 2017, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie. Ainsi, la mise en marché du gaz naturel issu du projet de Gazoduq/Énergie Saguenay est une énergie s’ajoutant au « portefeuille énergétique » mondial.

Mon intuition, c’est que la « transition énergétique mondiale » dont l’extrait fait mention est plutôt celle de l’industrie. Les compagnies pétrolières se transforment, diversifient leurs sources d’approvisionnement (pétrole, gaz, énergie éolienne, solaire, etc.), s’organisent dans de nouveaux réseaux, hautement complexes, d’organisations transnationales d’énergies. Le but de cette transition n’étant évidemment pas la descente énergétique, mais bien la diversification de l’offre et l’organisation du transport de ces énergies. Dans cette optique, l’énergie est une marchandise comme toutes les autres. Elle se « produit », se distribue, se consomme et génère des déchets.

Le projet Gazoduq/Énergie Saguenay est donc, pour le moment, un projet de nature économique. La transition énergétique requiert d’autres ambitions, comme le soulignent les critères de transition développés par le Front commun pour la transition énergétique.

Ainsi, nous ne parlons pas de la même transition…


Ian Segers, doctorant en science de l’environnement et membre de la Coalition Fjord
Saguenay, le 23 novembre 2018