La parole à nos lecteurs

Socialiser les pertes, privatiser les profits

 

Bombardier vient d’annoncer la suppression de 2500 emplois au Québec. On se souvient que Bombardier avait reçu une aide financière de 1,3 milliard de dollars de la part du gouvernement Couillard dans la CSeries, qui est maintenant la propriété d’Airbus. Même si la « restructuration » annoncée ne touche pas la CSeries, il n’en demeure pas moins que Bombardier a profité largement de l’aide financière de l’État tout au long de son histoire. Si ces suppressions de postes vont plaire aux actionnaires, elles auront des conséquences désastreuses pour les employés licenciés qui ont appris la nouvelle par un communiqué de presse laconique venant de la haute direction de l’entreprise.

Véritables « assistés sociaux » dans les moments difficiles, les dirigeants de Bombardier se sont rempli les poches aussitôt que l’entreprise a eu la tête hors de l’eau en s’octroyant des hausses salariales et des primes indécentes. Pour eux, sky is the limit… même si parfois certaines décisions concernant les grandes orientations de l’entreprise ont volé bas.

Voilà un bel exemple d’une société néolibérale où les gouvernements interviennent à même les fonds publics en socialisant les pertes des grandes entreprises dans les secteurs des banques, de l’automobile, de l’aéronautique et autres. Une fois la tempête passée, ils laissent libre cours à des stratagèmes qui visent une maximisation des profits, engraissant ainsi les portefeuilles des actionnaires avides de rendements, tout cela au détriment d’une main-d’oeuvre de plus en plus jetable.

Marcel Perron
Neuville, le 9 novembre 2018

Le pacte après le pactole

 

Je me méfie de tout ce qui est ostentatoire et davantage encore lorsqu’il s’agit de la vertu. Je ne doute pas que plusieurs des personnalités qui ont signé ce pacte écologique soient de bonne foi. Je m’interroge cependant sur les motivations profondes de certaines d’entre elles. L’instigateur de cette démarche, Dominic Champagne, peut se permettre de consacrer tout son temps à la cause environnementale parce qu’il a fait fortune grâce à son talent bien sûr, mais aussi grâce à la ville, Las Vegas, qui est le symbole même de la décadence écologique et de la surconsommation. Idem pour son ami Guy Laliberté, qui s’apprête à ériger une pyramide dans le vieux port, métaphore parfaite de sa conception du capitalisme.

Eux, et d’autres, demandent à un million de personnes qui travaillent pour gagner leur pitance de les rejoindre dans ce pacte qui vise à modifier nos comportements individuels de consommation pour diminuer notre empreinte écologique. Je me demande à quoi ces vedettes sont prêtes à renoncer pour donner l’exemple. Soyons sérieux, consommer local, manger bio et végane, ou conduire une voiture électrique n’ont rien du renoncement quand on a les poches profondes. Quand j’écoute Louis Morissette parler de sa maison cossue de banlieue et de ses grosses voitures où montent ses trois enfants, je me dis qu’il a du chemin à faire pour diminuer son empreinte écologique au niveau de la mienne. Le fait que lui ou Guillaume Lemay Thivierge, marchand de voitures Hyundai, admettent publiquement leurs contradictions constitue un double affront.

Je ne peux m’empêcher de penser que ces gens, qui peuvent tout s’acheter dans la vie, sont en train de se magasiner une conscience toute neuve et au rabais. J’accorderais plus de crédit à leur engagement s’il se faisait dans l’anonymat et l’humilité. On me dira que leur notoriété et le fait de s’afficher publiquement peuvent avoir un effet d’entraînement positif. Mais encore faudrait-il qu’ils soient inspirants. Or, tout ce que ces riches vedettes m’inspirent en ce moment, c’est l’idée que je devrais faire ce qu’elles disent, mais non ce qu’elles font.

Benoit Léger, retraité
Le 8 novembre 2018