Chirac est la cible d'une tentative d'assassinat

Le tireur, Maxime Brunerie, 25 ans, militant de la région parisienne d’un groupuscule d’extrême droite, le Groupe Union Défense, a été maîtrisé par des policiers ameutés par la foule. Jacques Chirac ne s’est aperçu de rien. Le geste survie
Photo: Agence Reuters Le tireur, Maxime Brunerie, 25 ans, militant de la région parisienne d’un groupuscule d’extrême droite, le Groupe Union Défense, a été maîtrisé par des policiers ameutés par la foule. Jacques Chirac ne s’est aperçu de rien. Le geste survie

Paris — Jacques Chirac a été l'objet hier à Paris d'une tentative d'assassinat perpétrée par un militant d'extrême droite, qui a été arrêté après avoir tiré un coup de feu en direction du chef de l'État français à une distance de moins de 150 mètres, pendant le traditionnel défilé militaire de la fête nationale du 14 juillet.

«J'ai voulu tuer le président et mettre fin à mes jours», a déclaré aux enquêteurs le tireur, un costaud aux cheveux ras, en blouson bleu, pantalon beige et armé d'une carabine de type 22 Long Rifle dissimulée dans un étui à guitare.

Selon un témoin, le tireur, Maxime Brunerie, 25 ans, militant de la région parisienne d'un groupuscule d'extrême droite, le Groupe Union Défense, implanté notamment en milieu étudiant, avait tiré en direction du président Chirac.

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a estimé que le président aurait pu être atteint et a parlé d'un «événement grave», lors d'une conférence de presse.

Il a annoncé avoir commandé un rapport au préfet de police de Paris et au directeur général de la police nationale pour tirer les leçons de l'événement. Ce rapport devra être remis dans une semaine.

«Ce n'est pas un fait anodin dans une démocratie quand quelqu'un tire sur le président pour le tuer», a dit le ministre.

Le chef de l'État passait debout et à découvert dans un véhicule militaire de commandement, près de l'Arc de Triomphe, peu avant le début du défilé en tête duquel se trouvaient des élèves officiers américains de l'Académie militaire de West Point.

«Connu pour son appartenance à des mouvements néonazis et hooligans», selon les enquêteurs, Brunerie venait de tirer une fois lorsqu'il a été interpellé.

Les enquêteurs de la Brigade criminelle qui l'ont entendu avant son transfèrement dans un établissement psychiatrique l'ont qualifié de «mythomane d'extrême droite».

Maîtrisé par la foule et interpellé, il a ensuite tenté de se suicider en retournant son arme contre lui, a affirmé le ministre délégué aux Libertés locales, Patrick Devedjian.

«Il a tiré un premier coup, qui a pu être dévié, ensuite il a été maîtrisé, il a essayé de retourner l'arme contre lui», a indiqué M. Devedjian.

L'impact de l'unique balle tirée n'a pas été retrouvé. Le président ne s'est aperçu de rien, mais son entourage aurait entendu un «sifflement». L'homme n'a pas tiré d'autres coups de feu, les quatre autres balles ayant été retrouvées dans le chargeur de l'arme.

Mohammed Chelali, touriste franco-canadien a «vu cet homme en train de viser en direction du président», non loin de lui: «Un voisin a alors frappé la main du tireur tandis que j'agrippais une partie de l'arme, dont une pièce métallique est tombée. Un troisième a maintenu le fusil par le haut», a-t-il expliqué. «Le jeune homme refusait de lâcher son arme et ne parlait pas. On tenait sa carabine tandis qu'un autre le maintenait par le cou. Les gens criaient "police, police!"»

«Ah bon?»

Le président Chirac a été informé de la tentative de meurtre dont il a fait l'objet avant la garden-party de l'Élysée. «Il a dit "ah bon ?". Il a pris ça avec beaucoup de calme», a affirmé Nicolas Sarkozy.

À la question «s'agissait-il d'une tentative d'attentat contre le président?», Bernadette Chirac, l'épouse du président, a quant à elle sobrement répondu: «Oui, c'est clair.»

Maxime Brunerie avait acheté l'arme, en vente libre, la semaine dernière, ce qui semble accréditer la préméditation. Il n'a pas effectué la déclaration obligatoire en préfecture, a précisé Nicolas Sarkozy.

Les enquêteurs ont perquisitionné dans l'après-midi le logement où Maxime Brunerie habitait avec ses parents, à Courcouronnes (Essonne). Les parents du jeune homme sont en vacances.

Le président du Front national Jean-Marie Le Pen a qualifié l'incident «d'attentat bidon».

Il l'a comparé à l'affaire de l'attentat de l'Observatoire contre François Mitterrand en 1959. Ce dernier avait reconnu être au courant du projet le visant, déclenchant le scandale et compromettant sa carrière. «Cela ne lui a pas nui, au contraire. On dirait même que cela l'avait aidé à être président de la République», a commenté M. Le Pen, qui à l'époque avait accusé M. Mitterrand d'avoir organisé lui-même cette tentative.

Il a en tous cas nié tout lien entre le jeune homme interpellé et le FN. «Je pensais bien que s'il y avait un jour un fou qui tirait sur le président, on arriverait bien d'une manière ou d'une autre à dire qu'il était d'extrême droite», a-t-il lancé.

Cet acte intervient dans un contexte politique particulier, qui a vu le candidat du FN présent au second tour de l'élection présidentielle. En outre, ces derniers mois ont été marqués en Europe par des faits sanglants frappant la classe politique: la tuerie de Nanterre, le 27 mars, au cours de laquelle Richard Durn avait abattu huit conseillers municipaux avant de se suicider; puis, le 6 mai, l'assassinat aux Pays-Bas du leader populiste Pim Fortuyn par un militant écologiste.

Le défilé du 14 juillet était placé cette année sous le signe du bicentenaire de la création de la Légion d'honneur, de l'école militaire française de Saint-Cyr et de l'Académie militaire américaine de West Point. Pour symboliser l'amitié avec les États-Unis, une délégation de pompiers de New York était également présente. Au total, 3974 militaires et plusieurs centaines de véhicules ont défilé sur les Champs-Élysées survolés par une centaine d'avions et d'hélicoptères.