Le côté sombre de la victoire des Bleus

Deux personnes ont été placées en garde à vue à Paris, soupçonnées d’agressions sexuelles à l’occasion de la finale. Parmi elles, un mineur a été présenté à un juge des enfants mardi.
Photo: Eric Feferberg Agence France-Presse Deux personnes ont été placées en garde à vue à Paris, soupçonnées d’agressions sexuelles à l’occasion de la finale. Parmi elles, un mineur a été présenté à un juge des enfants mardi.

« Quand je pense à cette finale, je ne peux me souvenir que de ça » : les témoignages de femmes dénonçant des agressions sexuelles lors des célébrations du Mondial à Paris se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Rose (le prénom a été modifié), 20 ans, était venue dimanche célébrer la victoire des Bleus sur les Champs-Élysées, comme des centaines de milliers de Français. Alors que des échauffourées éclatent, « un homme est venu derrière moi. J’ai senti des mains aux fesses, il me touchait le sexe par-dessus mon short », raconte-t-elle.

Marion (prénom modifié), 24 ans, regardait le match avec son petit ami dans un bar quand, à 22 h, « l’ambiance festive a changé et a commencé à devenir très oppressante ». « Je me suis prise plusieurs mains aux fesses, un homme a également caressé mon entrejambe, relate-t-elle. Mon copain essayait de repousser ces mecs devenus incontrôlables. »

Deux personnes ont été placées en garde à vue à Paris, soupçonnées d’agressions sexuelles à l’occasion de la finale. Parmi elles, un mineur a été présenté à un juge des enfants mardi.

Selon le ministère de l’Intérieur, le nombre de plaintes déposées lundi pour viols et agressions sexuelles était deux fois moindre qu’à la même date l’année dernière sur le territoire de la préfecture de police de Paris. Aucune tendance à la hausse n’a été constatée dans les grandes agglomérations, a ajouté le ministère, sans donner de chiffres. Rose, comme Marion, n’a pas déposé plainte. « Ça ne servirait à rien, on ne pourra jamais le retrouver », justifie-t-elle.

Mercredi, le préfet de police Michel Delpuech a insisté : « Il faut que ces faits soient portés à la connaissance des services pour que les investigations soient menées. Nos services seront sans complaisance avec les auteurs, s’ils sont identifiés ».

Une femme de 29 ans, qui souhaite rester anonyme, a rassemblé sur Twitter un grand nombre de témoignages sur des agressions ou comportements sexistes, accompagnés du mot-clic «#MeTooFoot » : « Les témoignages m’ont fait froid dans le dos, je voulais qu’on se rende compte de la quantité de messages. »

« On est encore dans une conception de la virilité où il faut être gentille, accorder des faveurs sexuelles à l’homme gagnant et victorieux », regrette Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes. « C’est ce qui ressort de certains tweets, avec des hommes qui disent : “On a gagné, donne-moi mon bisou !”. »

« Les femmes ne peuvent pas faire la fête en public comme les hommes », dénonce Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole de l’association Osez le féminisme. Cette militante a aussi raconté avoir été agressée, dans le centre de Paris, le soir de la demi-finale : « Il s’est pris mon poing dans la figure. »

Mais, au vu de certaines réactions sur les réseaux sociaux, elle note que « les gens commencent à comprendre que ce n’est pas juste des emmerdes qu’on rencontre en soirée, mais bien des agressions sexuelles ». « C’est le signal que la vague #MeToo qui a suivi l’affaire Weinstein ne s’épuise pas, ajoute Anne-Cécile Mailfert. On ne laisse plus passer. »

Si la prise de conscience fait son chemin, il faut encore « agir », selon les associations. Adapter « l’éclairage public, les transports en commun », pour éviter un « rallongement des temps d’attente » ou une « déviation des trajets connus », détaille Raphaëlle Rémy-Leleu.