Kanesatake réclame l'aide des Premières Nations

Le grand chef en exil, James Gabriel, a annoncé  lors d’une conférence de presse tenue hier, à Montréal, qu’il demanderait l’aide du chef national de l’Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, afin de résoudre la crise qui se poursu
Photo: Le grand chef en exil, James Gabriel, a annoncé lors d’une conférence de presse tenue hier, à Montréal, qu’il demanderait l’aide du chef national de l’Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, afin de résoudre la crise qui se poursu

Incapable de résoudre la crise qui affecte le territoire mohawk de Kanesatake depuis trois mois, le grand chef en exil, James Gabriel, tout comme les chefs dissidents semblent désormais s'entendre sur une chose: une intervention de l'Assemblée des premières nations (APN) pour sortir de l'impasse.

Au lendemain du «pillage» du poste de police de Kanesatake par un groupe de dissidents, James Gabriel a annoncé hier qu'il demanderait dans les prochains jours une rencontre avec Phil Fontaine, chef national de l'APN. «Nous voulions régler le problème nous-mêmes, a dit M. Gabriel au cours d'une conférence de presse tenue à Montréal. Mais maintenant, je pense que M. Fontaine va être plus ouvert à s'impliquer. Une chose est sûre toutefois: tant que la loi et l'ordre ne seront pas rétablis, il nous est difficile d'envisager la reprise d'un dialogue. Nous ne voulons pas négocier avec un fusil sur la tempe.»

La voie de la médiation, les chefs dissidents de Kanesatake semblent aussi la préconiser, eux qui, samedi dernier, ont en effet interpellé l'APN dans l'espoir de voir se dénouer la crise au sein de la communauté mohawk. Et l'appel aurait même été entendu avec, à la clé, le choix d'un médiateur pour encadrer les discussions entre les forces en présence, ont annoncé par voie de communiqué hier les opposants à M. Gabriel. Il s'agirait de Ralph Brant, habitué des négociations au sein de la Commission des revendications des Indiens. Toutefois, l'information n'a pas été infirmée ni confirmée par l'Assemblée qui, en fin de journée, s'est dite à l'étape préparatoire d'une telle médiation. «Nous essayons pour le moment de déterminer les démarches à suivre, a expliqué au Devoir Ian Mcleod, porte-parole de l'APN. À ce point-ci, il nous est impossible de faire un commentaire.»

Sur le terrain, la situation demeurait toujours chaotique à Kanesatake, où le poste de police, fermé à la fin de la semaine dernière sous la pression des opposants, a été vidé de son contenu — armes et documents — et mis à sac par des membres de la communauté. Un geste vivement dénoncé par le grand chef Gabriel . «C'est déplorable, a-t-il expliqué. Un poste de police, c'est le symbole de la loi et de l'ordre. Nous condamnons cette fermeture et ce pillage.»

Depuis plusieurs semaines, la tension monte sur le territoire mohawk autour de son poste de police. Les raisons de la colère: la nomination d'un nouveau chef de police, Ed Thompson et de son co-chef, Bob Patton — en remplacement de Terry Cross, ancien chef de police remercié de ses services en janvier dernier, remplacé par Terry Isaac, puis réintégré aux côtés de Thompson pour quelques jours à peine, début avril. Les opposants au grand chef, les chefs John Harding, Steven Bonspille et Pearl Bonspille, semblent ne pas avoir accepté ces nouvelles nominations au sein de la force constabulaire.

Et ils n'acceptent pas non plus l'interprétation des récents événements faite par M. Gabriel. Selon eux, le «pillage» du poste de police n'est en fait qu'une tentative de leur part d'éviter une catastrophe induite par le nouveau chef de police qui a ordonné l'évacuation de son quartier général la semaine dernière. «Un acte irresponsable, ont-ils expliqué, qui a laissé le poste dans une situation dangereuse où l'équipement et l'armement n'étaient pas en sécurité.» Les trois chefs ont alors décidé de faire l'inventaire du matériel et des armements afin de transférer le tout «à une police mohawk soeur», ont-il précisé.

Sans poste de police et sans constable sur le terrain, le territoire n'est pas pour autant livré à lui-même, a tenu à assurer hier James Gabriel. «Nos policiers continuent de faire des patrouilles à l'intérieur du territoire, a-t-il expliqué. Nous essayons également de mettre en place un nouveau poste de police temporaire dans une installation mobile en attendant que la situation s'améliore.» Quand aux documents et armes dérobées, le tout semble avoir été rapporté au poste de police de Kahnawake où les polices mohawks de Kanesatake sont allés les récupérer hier, a dit M. Gabriel.

Le chef, quant à lui, toujours en exil depuis l'incendie criminel de sa résidence le 12 janvier dernier, se dit par ailleurs confiant, estimant que des petits progrès sont faits chaque jour en vue du règlement de cette crise. Il ne rejette toutefois pas l'idée de repousser la date des élections générales, prévues pour juillet. «Car dans le contexte politique et social actuel, il pourrait être difficile de tenir un scrutin libre et juste», a-t-il justifié.

Du côté de Québec, le gouvernement Charest est resté muet, hier, au sujet de la situation qui prévaut à Kanesatake. Ni le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, ni le ministre délégué aux Affaires autochtones, Benoît Pelletier, n'ont voulu réagir à la mise à sac du poste de police. «On a eu des communications [avec Ed Thompson] toute la journée, a assuré Daniel Thibeault, attaché de presse de M. Chagon, actuellement en vacances. Il n'y aura pas de commentaire du ministre pour le moment. On suit toujours la situation de très près. On était conscient que ça allait prendre un certain temps à installer une nouvelle entente de police [en vigueur depuis le 1er avril entre Québec, Ottawa et le conseil de bande] et que le chef de police allait avoir besoin d'un peu de temps. C'est ce qui arrive présentement», a-t-il ajouté.

Pour sa part, le critique péquiste en matière de sécurité, Stéphane Bédard, a déploré «le manque d'action du gouvernement» devant cette «contestation de l'ordre établi» et ce «mépris des lois du Québec.» «Il faut que le gouvernement assume son leadership. Actuellement, on est dans le flou total et cela provoque des dérapages que l'on vit depuis des mois», a-t-il commenté.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard

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