La chasse aux phoques n'est plus une menace

On voit ici un chasseur professionnel qui s’apprête à abattre un phoque adulte, car la chasse aux blanchons est totalement interdite depuis longtemps.
Photo: Agence Reuters On voit ici un chasseur professionnel qui s’apprête à abattre un phoque adulte, car la chasse aux blanchons est totalement interdite depuis longtemps.

Pas un seul groupe écologiste ne fait campagne contre la chasse aux phoques à Terre-Neuve ou aux îles de la Madeleine, y compris Greenpeace, un mouvement qui affirme ne plus voir de menace écologique pour le troupeau de loups marins du golfe Saint-Laurent.

«Il y a des lustres qu'on n'a plus personne là-bas car, tout simplement, Greenpeace ne fait plus de campagne contre la chasse aux phoques. L'espèce n'est pas en danger, contrairement à d'autres mammifères marins — ce qui est le cas de plusieurs espèces de baleines, notamment — que nos organisations essaient de protéger et de défendre sur d'autres océans. Mais il y a des gens aux Îles qui voient encore des militants de Greenpeace dans chaque adversaire de la chasse aux phoques. Les gens de la région l'avaient vraiment mal pris à l'époque, ce qui explique encore la confusion qui perdure dans l'esprit de certains», explique Steven Guilbeault, de Greenpeace-Québec.

Le premier à corroborer les dires de ce militant écologique est nul autre que le directeur régional de Pêches et Océans Canada, Daniel Caron, qui confirme lui aussi que le troupeau de phoques du Saint-Laurent n'est «absolument pas menacé» et qu'effectivement, on ne voit plus le moindre écologiste en chasse contre les chasseurs de phoques.

«Les militants écologistes, explique M. Caron, ont compris que cette chasse a même une fonction écologique car elle sert à empêcher le troupeau d'atteindre une taille problématique dans l'écosystème marin. C'est une chasse qui correspond à tous les critères du développement durable: le cheptel n'est pas menacé et peut subir une exploitation durable. Or les écologistes reconnaissent fondamentalement la nécessité de maintenir les équilibres écologiques et c'est pourquoi ils ne s'opposent pas à cette chasse. Ce n'est pas le cas cependant des organisations animalistes présentes aux Îles, qui s'opposent à la chasse non pas pour des raisons écologiques mais au nom de valeurs morales.»

Manipulation

Effectivement, depuis quelques années, ce sont de grands groupes animalistes internationaux qui s'opposent ouvertement à la chasse aux phoques, au nom de valeurs morales et non écologiques. Il s'agit principalement de l'International Fund for Animal Welfare (IFAW), de Sea Shepperd du militant radical Paul Watson (qui avait engagé Greenpeace dans la voie animaliste dans les années 70 avant d'être renvoyé du mouvement) et, plus récemment, People for Ethical Treatment of Animals (TETA).

Certains tentent depuis quelques jours de mobiliser l'opinion américaine avec, notamment, la publication très remarquée, il y a quelques jours, d'une annonce dans le New York Times, qui publiait aussi une photo montrant une mare de sang bien découpée sur fond de banquise bien blanche, publiée hier aussi par un quotidien montréalais.

«Je peux comprendre que des journalistes qui arrivent ici et qui ne connaissent rien à la chasse puissent se faire manipuler par des groupes animalistes. Je comprends moins que des médias d'ici s'engagent dans une couverture aussi émotionnelle. On parle de carnage dans le cas des phoques mais tout le monde trouve normal le même jour qu'on abatte 19 millions de poulets en Colombie-Britannique, sans la moindre goutte de sang pour illustrer les articles», ajoute le directeur régional de Pêches et Océans.

Ce dernier est révolté de constater que certains grands groupes animalistes internationaux se servent encore des bébés phoques sur leur site Internet pour attirer les généreux donateurs alors que, depuis plus de 15 ans, il est strictement interdit de tuer le moindre blanchon sur les banquises. La chasse légale se concentre maintenant uniquement sur les bêtes adultes, explique Daniel Caron, et les chasseurs ont subi une formation afin d'être extrêmement efficaces dans leur manière d'abattre les phoques.

Le plus efficace

L'usage artisanal du gourdin, qui en fait frémir plusieurs, est en réalité la manière la plus efficace jamais testée par les chercheurs. Une étude réalisée pour la commission Malouf, mise sur pied après la campagne orchestrée par Brigitte Bardot dans les années 70, avait testé différents moyens de mettre à mort. Le coup de gourdin qui détruit le cervelet, le centre des sensations et le siège du système sympathique qui régit les automatismes comme le coeur et la respiration, est de loin plus efficace que la mort par balles, par électrocution ou autrement, dit-il. La mort clinique est instantanée.

Le directeur québécois de Pêches et Océans convient que la vue de sang sur une neige blanche n'est pas un spectacle réjouissant pour personne. Mais c'est une chasse aux pratiques strictement contrôlées. Autant que dans n'importe quel abattoir. Et, comme vient de le démontrer une autre étude universitaire toute récente, ajoute Daniel Caron, les bêtes ne souffrent pas et n'ont aucune sensation même si certains décèlent des mouvements après la mort. Il s'agit de spasmes post mortem, comme tous les chasseurs et pêcheurs sportifs ont pu en constater et comme on le voit tous les jours dans les abattoirs.

Alors qu'autrefois on n'utilisait que la peau des phoques adultes, on utilise aujourd'hui de plus en plus leur gras, l'essentiel du poids utile, pour en extraire des Omega-3 d'une exceptionnelle qualité avec, en prime, dit-on, des propriétés qui ralentiraient le vieillissement du système nerveux. Sur la Basse-Côte-Nord, les familles des chasseurs consomment aussi la viande de phoque, une cuisine régionale assez méconnue.

Explosion de la population

Le responsable des pêcheries du golfe ajoute que la chasse aux phoques a l'avantage écologique majeur «de maintenir le troupeau en bas de six millions de têtes et surtout de l'empêcher de croître». L'arrêt de la chasse dans les années 70 a provoqué une explosion de la population de loups marins, qui est passée de deux à six millions de têtes aujourd'hui. Les pêcheurs commerciaux voudraient bien, dit-il, que le niveau des prises soit plus élevé car les phoques mangent des quantités considérables de morues et d'autres espèces commerciales de poissons marins.

«Les phoques ne sont pas responsables de la disparition des morues. Mais leur prédation croissante sur les espèces marines a ajouté aux stress qui en frappent plusieurs, dont la surpêche», explique Daniel Caron.

Le quota de chasse, fixé depuis l'an dernier à 350 000 têtes après avoir été gelé pendant des années à 278 000 têtes, est établi dans le cadre d'un plan triennal d'exploitation, un plan qui se termine l'an prochain. Le nouveau quota sera établi à partir d'un inventaire aérien, explique-t-il, qui aura cours prochainement. Ce quota est établi de concert avec la communauté scientifique et non pas sous l'effet des pressions de toutes sortes.

«Curieux de constater que la hausse du quota de chasse n'a pas suscité de campagne particulière l'an dernier de la part des groupes animalistes et que c'est tout d'un coup le cas cette année. Ce n'est pas pour rien que certains de ces groupes font campagne avec les phoques: c'est plus vendable en Angleterre que les campagnes contre la chasse à courre et, en Espagne, ça se vend mieux que la lutte contre les corridas. L'argent qu'ils amassent avec les phoques sert évidemment à financer des activités dans d'autres domaines. Cela semble très efficace», conclut le directeur régional de Pêches et Océans.
4 commentaires
  • Jean-Francois Moutou - Inscrit 7 avril 2006 00 h 19

    Entre la vie et la mort

    Bonjour,
    J'ai apprécié votre article sur la mort de ces phoques. En effet, pour reprendre les termes de celui-ci, vous ne vous inquiétez pas de savoir comment meurent ce qui rentre dans votre assiette. Par exemple quand on mange du cochon, savez-vous qu'avant de le saigner, on l'électrocute (sous prétexte de l'assommer, mais en réalité c'est pour le faire entrer en fébrilation et le faire se vider de son sang plus vite).

    Pour les fameux poulets, qu'on pend par les pattes et qu'on laisse se promener dans une chaîne de démontage ou la finalité et l'arrachage le la tête et du cou de l'animal et ensuite sa découpe, tout cela pour finir dans votre assiette d'immoralité, on ne vous entend pas hurler ou prendre la plume (de poulet) pour faire des pétitions.

    Quand l'on voit des millions d'enfants mourir de faim ou du sida ou des guerres on ne voit pas des pétitions tourner ! Quand on voit le gouvernement américain refuser de signer la convention contre les mines personnelles, que celles-ci détruisent des vies encore de nos jours et que des enfants, des femmes, des vieux, des paysans se fassent péter les membres dessus et agonisent des heures durant on ne vous voit pas crier au scandale, pourtant cela fait vivre encore des familles de les fabriquer (même en Europe ou, si mon information est juste l'Italie en fabrique encore).

    Soyons réaliste, le monde est cruel, dans la nature, votre phoque si mignon aurait pu se faire attraper par un ours et se faire dévorer par la queue et souffrir des heures avant de mourir. De la souffrance il y en aura toujours, toujours, toujours, cela ne veut pas dire que je suis d'accord mais je pense qu'il y a d'autres priorités.

    Merci et bonne journée.

  • Sarto Boucher - Inscrit 30 mars 2007 18 h 58

    entre la vie et la mort

    Bravo pour un article ( enfin relie a la realite et coutumes des gens du golf ) , il est tres important de repliquer par des faits et realitees ecologiques . Bravo pour la relation avec le mode de vie des gens du golf . Je crois que c'est un sujet non suffisamment developpe qui permettrait de rattacher la chasse a le realite de la vie du milieu du St Laurent .Il serait des plus interessant de regarder la possibilite de rendre disponible la possibilite d'approvisionnement de la viade de phoque surement tres sante ( ces mamniferes se nourrissent que de produits de la mer bourres d'omega 3 ) .
    Commercialise sous vide congele ou mise en conserve , avec recettes de preparation de base des gens du bas du fleuve ....??????????

    Je serais preneur de quelques livres annuellement .

    J'adore cette viande en rotie et patates cuite dans le plat de cuisson .

    Cette viande a permis la suvie d'une partie de la population riveraine du bas St Laurent dans les annees 1900 - 1928 .

    Mon arriere grand pere s'est noyer en pratiquant cette chasse de survie dans les annee 1926 .

    Un peu de cran pour affirmer notre culture et mise en valeur de cette ressource naturelle ( gerable ) , le poisson est aussi un produit de la nature qui fut tres mal gere et qui represente un base alimentaire des plus santee .

    je crois que la viande de loup marin pourait devenir un elixir de sante si des scientifiques se mettaient la peine de le demontrer ... Le Doc. Beliveau est devenu le gourou de la bouffe sante , parions que la viande de loup marin pourais faire partie du menu sante...

    Bravo pour le Premier article et esperons la venue de bien d'autres .

    Gardz la forme .

    Sarto

  • Johanne Brière - Inscrite 12 avril 2007 21 h 58

    Les trois plus grands mythes

    Voici les trois plus grands mythes à propos de la chasse commerciale des phoques :

    Mythe no 1 : La chasse aux phoques se fait le plus humainement possible.


    Est-ce que les chasseurs de phoques tuent vraiment des bébés phoques ?

    Des 354.000 phoques tués en 2006, 98 % étaient âgés de moins de trois mois et la majorité avaient moins d'un mois. Au moment du massacre, plusieurs n'avaient encore jamais nagé ni pris de repas solide. La loi permet que le bébé phoque soit tué dès qu'il commence à perdre sa fourrure blanche, soit vers l'âge de douze jours. Et à 12 ou 14 jours les phoques sont encore des bébés!

    Toutes les preuves disponibles, notamment les rapports vétérinaires indépendants, font état de dizaines de milliers de jeunes phoques mourant tous les ans dans des conditions inacceptables et cruelles qui ne correspondent aucunement aux normes actuelles de bien-être des animaux.

    Tous les ans, les observateurs relatent les mauvais traitements que subissent les phoques ; parmi ceux-ci, notons le nombre d'animaux traînés au bout d'un crochet métallique, matraqués avec des gourdins ou tirés à bout portant avant d'être dépouillés de leur fourrure, parfois même alors qu'ils sont encore en vie, bien qu'inconscients. Bien que les récents rapports de vétérinaires demandent de diminuer la souffrance que nous faisons subir aux phoques, leurs recommandations n'ont pas totalement été mises en place. Il ne fait pas le moindre doute que la chasse aux phoques continue d'être la cause de grandes souffrances tout à fait inacceptables.

    Mythe no 2 : La chasse aux phoques est durable.

    Les quotas de chasse fixés par le gouvernement canadien sont nettement plus élevés que ce que les scientifiques gouvernementaux estiment soutenable, d'autant plus que nous tolérons que ces quotas ne soient pas respectés. Les chercheurs de l'IFAW se sont récemment livrés à une étude et ont conclu que la méthode actuelle de gestion risque d'épuiser le troupeau de phoques du Groenland en le réduisant de 70 % au cours des quinze prochaines années.

    Le MPO déclare à qui veut l'entendre que la population de phoques du Groenland a triplé depuis les années 1970. Toutefois, cela ne tient pas compte du fait qu'entre 1950 et 1970 le troupeau de phoques du Groenland avait chuté des deux tiers à cause de la chasse aux phoques. Depuis 1995, ces phoques ont été tués dans des proportions semblables à celles qui ont entraîné un dangereux dépeuplement, et le MPO admet maintenant que le nombre de phoques a chuté.

    Le réchauffement climatique constitue également une nouvelle menace pour le troupeau de phoques du Groenland puisqu'il nuit à leur milieu de reproduction. Les mauvaises conditions de la glace au large de la côte est du Canada contribue de plus en plus à l'accroissement anormal du taux de mortalité des bébés phoques. Par exemple, les chercheurs gouvernementaux estiment qu'en 2002, 75 % des bébés phoques dans le Golfe du Saint-Laurent sont morts à cause de l'absence de glace et ce, avant même que la chasse ne commence. Cela n'a pas empêché le gouvernement de continuer à fixer des quotas de capture de phoques du Groenland dépassant le seuil de durabilité, mettant en péril leur population.

    Mythe no 3 : La chasse aux phoques est surveillée et bien gérée.

    La chasse aux phoques implique des milliers de chasseurs de phoques qui compétitionnent tous pour un nombre limité de phoques dans un court laps de temps. Les chasseurs ont recours au hakapik ou au fusil et procèdent très rapidement, ce qui ne leur permet que très rarement de vérifier si l'animal est encore en vie avant de passer à l'abattage d'un second phoque.

    Tous les ans, les observateurs de l'IFAW constatent que des phoques sont laissés sur la glace, agonisant de souffrance. Contrairement à ce que prétend le MPO, les observateurs chevronnés de la chasse aux phoques reconnaissent que les mouvements rapides de la queue que les phoques font lorsque frappés ne sont pas toujours des « réflexes natatoires ». Le réflexe natatoire est un réflexe naturel indiquant que l'animal est bel et bien mort, mais peut être facilement confondu avec un animal souffrant qui se débat de douleur.

    En 2006, le MPO prétendait qu'il avait placé 12 surveillants de la chasse aux phoques dans le Golfe, le nombre le plus élevé de surveillants jamais vu. Et pourtant, les chasseurs de phoques ont été autorisés dans une région à tripler leur quota de prise sans craindre les moindres représailles. En réalité, on a dépassé le total de capture autorisé sur quatre des cinq dernières années

    Source: Ifaw

  • John Wesley - Inscrit 15 avril 2008 12 h 22

    Enfin,un article sensé

    J'ai été agréablement surpris de lire un article qui disait la vérité comme quoi c'est bien de chasser les phoques.La chasse étant à mon sense, l'une des principales activitées à avoir contribué à notre évolution et au rôle naturel que l'Homme joue sur la planète en tant qu'omnivore, il serrait à tout le moins iresponsable de cesser la chasse aux phoques. Nous avons une responsabilité morale une fois que nous sommes intervenues dans un écosystème tel que celui-ci de faire en sorte que l'écosystème survive.cela passe par un contrôle du cheptel proportionnel aux ressources disponible pour l'habitat.En passant, qu'est-ce qui est le plus cruel?Recevoir un coup de gourdin sur la nuque à la base crâne, mourrir en un instant et être secouer de soubresauts pendant quelques secondes ou bien se faire tirer une balle dans le coeur et rester en vie même quelques secondes en sachant que l'on va mourrir inévitablement.Moi, personnelement je choisis le gourdin...