La parole à nos lecteurs

Une commission malade de sa mission

 

Il faut être reconnaissants envers le Dr Alain Naud (Le Devoir, 9 novembre), qui démontre que la Commission sur les soins de fin de vie (CSFV) fait son travail d’une façon peu convaincante. Elle néglige la majeure partie de ce pour quoi elle a été créée et s’acharne à mal faire la seule dont elle s’occupe. Ce n’est pas sans rappeler cette épigramme épitaphe du cardinal Richelieu : « Ci-gît un cardinal qui fit autant de bien que de mal / Le bien qu’il fit il le fit mal / Le mal qu’il fit il le fit bien ». Le radar du Dr Naud a détecté bien des choses, dont cet inénarrable motif de non-conformité qu’était la date d’expiration de la carte d’assurance-maladie du mourant, sur le point d’expirer lui-même. On se croirait dans Kafka ou dans Molière. L’admirable consensus politique qui a présidé à la genèse de cette loi devrait ressurgir pour que tous s’entendent pour abolir sans tarder cette commission et en remettre la mission au Collège des médecins, gardien de l’intégrité de l’acte médical et protecteur du public. À lire cette analyse du rapport de la commission, on constate que l’aide médicale à mourir ne se trouve pas sur une pente glissante de la banalisation du geste, mais qu’elle fait plutôt face à la côte abrupte d’une résistance qui ne dit pas son nom.


Marcel Boulanger MD, membre fondateur de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD).
Le 12 novembre 2017

 

La « débarque » des humoristes

 

Les humoristes du Québec prennent une méchante « débarque » à mes yeux (et aux yeux de plusieurs, si on se fie aux médias sociaux). Ils « quémandent » et obtiennent de l’aide des gouvernements (par l’entremise de Dominique Anglade et Mélanie Joly). Imaginez le nombre de coopératives, non composées de millionnaires, qui aimeraient avoir un rendez-vous avec ces ministres… Sur un autre sujet, aucun humoriste, sauf Mike Ward, n’a défendu Nantel, qui a reçu des menaces de mort après un de ses spectacles. Ne se présentaient-ils pas, ces humoristes, comme de farouches défenseurs de la liberté d’expression, notamment en ce qui concernait la poursuite de Jérémy Gabriel contre Ward ? Au moins, il y en a un qui est cohérent et qui ne semble pas avoir l’éthique élastique, et c’est ce même Ward.


David Doyon
Québec, le 13 novembre 2017
 

La poutre de la gouverneure générale

 

Il semblerait que la gouverneure générale du Canada, Mme Julie Payette, ne comprenne pas qu’au XXIe siècle la religion occupe plus d’espace que la science dans le monde contemporain. Permettez-moi de remettre la poutre dans l’œil de Son Excellence. S’il existe une anomalie dans ce bas monde, c’est bien le caractère éminemment colonial du Canada. Du pouvoir héréditaire au tricorne et autres perruques, en passant par le God Save the Queen et l’espace folklorique accordé au français, tous les signes du pouvoir sont bassement coloniaux. Par conséquent, Madame la Gouverneure générale se trouve ministre d’un archaïque culte païen. Ainsi, Mme Payette est la représentante d’un monarque d’un autre pays, dont la devise — inscrite en français — est « Dieu est mon droit ». Qui plus est, la devise de l’ordre dont fait partie Élizabeth II est « Honni soit qui mal y pense ». Mme Payette devrait s’en inspirer avant de déclamer des âneries.

 

Jean-Claude Bouchard, professeur de science politique au collège de Jonquière
Jonquière, 14 novembre 2017