L’Allemagne célèbre ses premiers mariages homosexuels

Bodo Mende, à droite, et Karl Kreile lors de leur cérémonie maritale, dimanche, à Berlin
Photo: Odd Andersen Agence France-Presse Bodo Mende, à droite, et Karl Kreile lors de leur cérémonie maritale, dimanche, à Berlin

« Oui je le veux ! » Bodo Mende et Karl Kreile sont devenus dimanche les premiers homosexuels à se marier à Berlin, se réjouissant que les couples gais et lesbiens ne soient dorénavant plus des « unions de seconde classe ».

L’instauration du mariage pour tous et l’ouverture de l’adoption aux homosexuels se seront faites en Allemagne sans grand remous, la société et la classe politique y étant largement favorables.

« Cela ne change pas grand-chose pour nous, car nous n’adopterons pas d’enfant. Mais c’est hautement symbolique : nous sommes à présent un couple comme un autre », explique tout sourire et une coupe de champagne à la main Karl Kreile, 59 ans, à la mairie du quartier de Schöneberg.

Le couple, fervent militant du « Mariage pour tous », était déjà l’un des premiers à souscrire à une union civile en 2002.

La loi sur le mariage pour tous, votée le 30 juin, a modifié le Code civil en définissant le mariage comme « une union pour la vie entre deux personnes de sexe différent ou identique ». L’Allemagne est ainsi devenue le 15e pays européen à élargir le mariage à cette définition.

Concrètement, les couples homosexuels qui souhaiteront sceller leur union bénéficieront des mêmes droits que les couples hétérosexuels : en matière d’impôts mais surtout en leur ouvrant la possibilité d’adopter un enfant. Cette évolution législative est la conclusion de longues années de lutte pour la communauté LGBT.

Appuyée principalement par les députés verts, l’Association allemande des gais avait dès 1990 milité pour ouvrir le mariage aux homosexuels.

« Nous avons gagné une manche en 2001 avec l’instauration d’une union civile, malgré le scepticisme de l’Église protestante, ce qui fut une première brèche dans l’institution maritale », rappelle Jörg Steinert, responsable berlinois de l’Association des gais et lesbiennes et témoin du couple dimanche.

Au cours des années suivantes, les différences fiscales entre union civile et mariage ont été atténuées.

Les Allemands sont à plus de 75 % favorables au mariage homosexuel, selon les sondages. Mais il ne fait pas pour autant l’unanimité.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a longtemps traîné des pieds sur la question pour ne pas brusquer la branche la plus conservatrice de sa famille politique, le parti chrétien-social bavarois CSU, très à cheval sur la défense des valeurs familiales traditionnelles.

À l’approche des élections législatives de septembre, les choses se sont précipitées. À la surprise générale, en juin, Mme Merkel a admis qu’il fallait ouvrir le débat. Quelques jours plus tard, les députés — verts, SPD, gauche radicale et quelques conservateurs — votaient le « mariage pour tous » à l’initiative des groupes parlementaires de gauche.

Si Mme Merkel a voté contre, elle n’a pas empêché le vote du texte et a laissé libres les élus de son camp, privant au passage, en pleine campagne pour les législatives, les sociaux-démocrates d’un thème porteur.