Huit chefs d'accusation contre Guy Cloutier

Bombe, raz-de marée, nouvelle incendiaire, électrochoc: les médias n'ont pas ménagé les allégories catastrophiques pour décrire la mise en accusation, hier à Montréal, de Guy Cloutier, une des figures les plus connues du showbiz québécois.

Les crimes reprochés se seraient produits entre 1978 et 2001. Le producteur et gérant d'artistes est notamment accusé d'attentat à la pudeur, de grossière indécence, d'agression sexuelle et d'agression sexuelle avec une arme ou une imitation d'arme (dans ce cas, une télécommande), de voies de fait et de viol sur une seule et même personne. M. Cloutier a plaidé non coupable aux huit chefs d'accusation qui pèsent contre lui.

Il demeure interdit de divulguer l'identité de la plaignante, qui était mineure pendant une partie de la vague des crimes présumés. Le mandat d'arrestation ne fournit que ses initiales, qui doivent également demeurer secrètes sur ordre de la cour.

Le mandat ajoute qu'entre le 16 et le 20 mars dernier, Guy Cloutier «a volontairement tenté d'entraver, de détourner ou de contrecarrer le cours de la justice en tentant de dissuader [la plaignante] de porter plainte pour agression sexuelle aux autorités compétentes».

La célébrité, arrêtée à son domicile de l'île des Soeurs hier matin, a ensuite été interrogée par des enquêteurs de l'escouade des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ). Pour la police, la notoriété de M. Cloutier n'aurait rien changé à la procédure. «L'enquête a été menée comme toute autre enquête faite par les gens de la Sûreté du Québec», a dit François Côté, porte-parole de la SQ. «Les policiers de l'escouade des crimes contre la personne ont mené l'enquête et ont fait en sorte que cela puisse aboutir à des accusations et à l'accusation de M. Cloutier. Cette enquête a été menée comme toute autre enquête.»

N'empêche, la comparution de ce prévenu exceptionnel, en après-midi, a électrisé toute la faune médiatique, déjà stimulée par la divulgation, plus tôt, du verdict de culpabilité partielle dans le procès de l'animateur Robert Gillet. La meute n'a pu arracher aucun commentaire aux avocats dans cette nouvelle cause.

La vedette a comparu comme détenu en même temps qu'une trentaine d'autres prévenus, des paumés abonnés aux tribunaux, aux petites et grandes misères, pour la plupart représentés par des avocats de l'aide juridique. Par contraste, c'est Sophie Bourque, qu'un journal décrivait récemment comme «l'image même de l'avocate professionnelle», qui défend maintenant l'imprésario et homme d'affaires.

Me Bourque reviendra en cour le 4 mai pour la suite des procédures. La présence de son célèbre client ne sera pas requise à ce moment-là. Le détenu a été libéré à certaines conditions. Il a dû rendre son passeport et ne pourra pas quitter le Québec jusqu'à la tenue du procès. Il ne peut non plus joindre sa présumée victime, ni même la famille de celle-ci. Son procès se déroulera devant juge et jury.

Les accusations portées hier contre Guy Cloutier font d'autant plus l'effet d'une bombe que le célèbre producteur est actuellement au sommet d'une carrière pourtant fort remplie. Son actuelle production de Don Juan au théâtre Saint-Denis constitue un de ses plus importants projets sur scène. L'automne dernier, TQS a diffusé Loft Story, son plus important projet télévisuel.

Guy Cloutier est au coeur de la culture populaire québécoise depuis près de 40 ans. Né à Chicoutimi, promoteur de nombreux artistes populaires dans les années 60, cet ancien joueur de hockey rêvait de faire carrière dans la Ligue nationale et est demeuré passionné de ce sport. Le gardien-vedette du Canadien, José Théodore, est d'ailleurs son gendre.

En 1969, il a créé son entreprise, Guy Cloutier Communications, qui avait un chiffre d'affaires de 20 millions en 2002, probablement plus élevé aujourd'hui.

Producteur de disques, gérant d'artistes, producteur de télévision, éditeur de magazines, il a entre autres géré la carrière internationale de René Simard dans les années 70 et acheté et rénové le Capitole de Québec en 1990, qui s'est renfloué avec le mégasuccès Elvis Story. Il gère actuellement la carrière de quelques artistes, dont Natasha St-Pier.

Son activité de producteur de télévision avait connu un bon succès avec Star d'un soir dans les années 80 à Radio-Canada mais a atteint des sommets à compter de 1997 avec La Fureur à Radio-Canada, qui a longtemps mis en vedette sa fille Véronique.

Son succès est tel qu'il s'est associé en même temps aux trois plus grands réseaux de télévision ces dernières années: à Radio-Canada avec La Fureur, Palmarès, les émissions de la rentrée et le «faux Bye Bye» de décembre dernier; à TQS avec Loft Story l'automne dernier; enfin, à TVA, où l'émission Les Saisons de Clodine remporte un bon succès depuis des années et a d'ailleurs donné lieu à divers magazines qu'il a édités.

À Radio-Canada et à TVA, on était évidemment sous le choc hier, mais chez les deux réseaux, on indique que les affaires continuent pour le moment, comme si de rien n'était. De toute façon, les productions originales des émissions produites par Guy Cloutier se terminent bientôt: La Fureur quitte l'affiche le 9 avril et Palmarès le 16 avril alors que, chez TVA, la dernière émission originale avant l'été des Saisons de Clodine sera diffusée le 2 avril.
1 commentaire
  • Denis Murphy - Inscrit 26 mars 2004 20 h 08

    Feuille de Guy

    Mon cher ti Guy, c'est à tour de te laisser parler d'amour (...)