Lettres: À propos des funérailles nationales de Gaston Miron

La présente note se veut un rectificatif.

Dans son livre de souvenirs, Voyage en Mironie - Une vie littéraire avec Gaston Miron (Fides, 2004), Jean Royer affirme dans la chronologie qui clôt le livre qu'«avec l'accord de la famille, il a demandé au premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, et obtenu, avec le soutien des milieux culturels et politiques, des funérailles d'État pour le poète Gaston Miron». Des précisions s'imposent.

Premièrement, nous n'avions jamais songé, Emmanuelle Miron et moi, à la possibilité de funérailles nationales. Après la mort de Gaston, nous avons d'ailleurs entamé — Pierre Vadeboncoeur qui nous accompagnait peut en témoigner — des démarches pour des funérailles privées à Sainte-Agathe-des-Monts, telles que Gaston Miron en avait exprimé le souhait dans son testament. Nous n'avons donc jamais confié à qui que ce soit le mandat de demander en notre nom au premier ministre du Québec des funérailles nationales.

Pour rendre justice aux faits, il est nécessaire de préciser que dans les heures et les jours qui ont suivi la mort de Gaston Miron, plusieurs personnes, dont au premier chef Pierre Graveline, directeur du groupe Ville-Marie Littérature, sont intervenues auprès de certains ministres et personnalités influentes pour inviter le premier ministre à réfléchir à la possibilité de funérailles nationales. Nous en avons été informées et, dans l'attente de la décision de M. Bouchard, les funérailles privées prévues pour le milieu de la semaine ont été reportées puis remises et tenues, cette fois sous la responsabilité de l'État, le samedi 21 décembre 1996. L'événement est trop important, dans nos mémoires et dans l'histoire du Québec, pour qu'on laisse croire qu'un seul individu ait pu engager l'État à offrir des funérailles nationales à l'un de ses citoyens, Gaston Miron lui-même, qui n'a jamais cherché les honneurs, voulu se distinguer, paraître au-dessus ou à l'écart de la condition des siens, en aurait été profondément choqué.

Je persiste à croire que les funérailles nationales qui ont été offertes à Gaston Miron l'ont été par le fait d'une large volonté, grâce aux efforts conjugués de plusieurs personnes représentatives de divers milieux, de diverses allégeances politiques. Sinon, le geste n'aurait eu aucun sens. Et l'État, bien peu de légitimité.