Un point de presse pour les reporters anglophones seulement

La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis

Parce qu’elle réagissait à un article paru dans le journal anglophone The Suburban, la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, a choisi mardi de répondre aux questions des journalistes anglophones uniquement.

Son attachée de presse, Laurence Tôth, est allée chercher les journalistes anglophones de la Tribune de la presse, à Québec, pour les emmener vers un point de presse donné par la ministre. Aucun journaliste francophone n’a été invité.

« On s’est dit : ceux qui lisent le Suburban ne lisent pas le Journal de Québec, alors on s’est dit qu’on ferait un suivi avec eux », a-t-elle déclaré au Devoir, pour justifier son geste.

Selon elle, il aurait fallu que des journalistes francophones signalent leur intérêt pour le sujet dont parlait l’article du Suburban pour être admis au point de presse.

Le texte en question porte sur une allocution prononcée vendredi dernier par le premier ministre, Philippe Couillard, au Men’s Club de Côte-Saint-Luc. M. Couillard y a déclaré qu’il n’excluait pas la possibilité de modifier la Loi électorale pour répondre aux préoccupations des électeurs, qui trouvent que les changements apportés aux circonscriptions électorales sont injustes.

« On a préféré le modèle d’entrevue sit down — bien qu’on fût debout — sur les questions qui concernent la carte électorale », a expliqué Laurence Tôth. « Je n’ai pas besoin de justifier la façon dont on choisit de communiquer nos messages », a-t-elle aussi déclaré.

L’attachée de presse n’avait « pas senti d’intérêt » de la part des médias francophones au sujet de l’article du Suburban, et c’est pourquoi elle ne les a pas invités, a-t-elle ajouté. « Ça nous faisait de bonnes raisons de poursuivre la discussion avec les lecteurs du Suburban et les électeurs anglophones », a-t-elle fait valoir.

Du « clientélisme », selon l’opposition

Dans un entretien avec La Presse canadienne, le député caquiste Simon Jolin-Barrette a reproché à la ministre de faire du « clientélisme » en ne s’adressant qu’à un auditoire, malgré que la refonte de la carte électorale touche tout le territoire.

« Il n’y a pas deux classes de Québécois et la langue officielle du Québec est le français, a-t-il déclaré. Il n’y a pas de discrimination à avoir sur la langue. Cela contrevient au travail journalistique et au droit des Québécois d’avoir de l’information de la part du gouvernement. »

Laurence Tôth est de nouveau entrée en contact avec Le Devoir, par courriel, quelques minutes après un premier entretien téléphonique. « […] il ne s’agissait aucunement d’exclure les médias francophones ; à preuve, une représentante de La Presse canadienne était présente et le journaliste de CBC a posé des questions pour le public francophone », a-t-elle écrit.

La journaliste de La Presse canadienne soutient qu’elle n’a pas été convoquée par Laurence Tôth pour assister au point de presse ; elle dit plutôt avoir suivi les journalistes anglophones de son propre gré.

Quand la journaliste a suggéré de faire le point de presse dans l’un des endroits désignés à cet effet, l’attachée de presse lui aurait répondu qu’il s’agissait d’un « point de presse pour les anglophones » et que la ministre allait être en mesure de s’adresser aux francophones le lendemain.