L'art et les anars

Le duo n'en est pas à ses premières armes en théâtre «hispanique». D'origine espagnole, Philippe Soldevila avait lancé sa compagnie en 1989 avec Tauromaquia. Puis en 1995, les deux créaient Le miel est plus doux que le sang, un grand succès critique et populaire. Bonne nouvelle, le metteur en scène nous annonce que !Anarquista! est son double. «Le miel... et !Anarquista! sont comme les deux faces d'une même médaille. La première pièce évoquait la révolution artistique de Buñuel, García Lorca et Dali dans le contexte de surchauffe contestataire de l'Espagne des années 1920. Ce contexte-là devient le coeur de !Anarquista!. On s'est intéressés cette fois-ci à la vision de ceux qui posaient des bombes avec, comme toile de fond, l'ébullition artistique de l'époque.»

Les personnages du Miel... avaient pour amie Lolita, une chanteuse de cabaret qui parlait souvent de son frère anarchiste Marcelino. C'est ce frère qu'on retrouve au centre de !Anarquista! (Jacques Laroche), avec son compagnon d'armes (Patrick Ouellet), le roi (Jean-Jacqui Boutet) et une bourgeoise «défroquée» (Tania Kontoyani), entre autres. Le duo songe d'ailleurs à fondre les deux pièces en une ou à les présenter en parallèle.

Pour créer Marcelino, Soldevila et Chartrand se sont inspirés de la vie de l'anarchiste espagnol Buenaventura Durruti (1896-1936). Après avoir tué l'archevêque de Saragosse, il tenta, à plusieurs reprises, d'assassiner le roi Alfonse XIII. La pièce se penche sur cette époque.

Dans son dossier de presse, la compagnie le qualifie de «dernier grand romantique», mais c'est pour son côté inspirant sur le plan artistique plutôt que politique. Simone Chartrand ne voulait pas écrire de manifeste: «Moi, je ne voulais pas faire des bons et des méchants, je voulais surtout parler de l'inconscience. L'idée, ce n'était pas de prendre pour les anarchistes. C'est sûr que, quand on écrit, on prend pour les personnages; mais moi, j'ai essayé de prendre pour tout le monde.» Ainsi, dans la pièce, le roi tortionnaire qui ordonne l'assassinat de centaines d'innocents est aussi un grand amateur d'arts, touché par la révolution artistique. D'ailleurs, ajoute Soldevila, nous serions un peu mal placés de «prendre pour» les anarchistes: «Si la dynamique est la même aujourd'hui qu'à cette époque-là, l'échelle géographique n'est pas la même. Pourquoi je serais anarchiste si, dans le fond, je suis le roi? Je peux critiquer Bush mais, en même temps, Bush, c'est moi. Moi, je vis, je pars mon char tous les matins, je pollue. C'est facile d'être anti-Bush, mais qui est ce qu'on tient asservi à côté? Donc, je pense que l'anarchisme, ce n'est pas ici. Ce n'est pas au sein de la grande famille bourgeoise que nous sommes.»

¡Anarquista!

De Simone Chartrand. Mise en scène: Philippe Soldevila. Une production du Théâtre Sortie de Secours. Au théâtre Périscope du 16 mars au 10 avril.