Fire at Sea (V.F. de Fuocoammare)

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Lampedusa, à 120 kilomètres de la Sicile, abrite un petit port de pêche et 6000 habitants. L’île de 20 kilomètres carrés, dans l’archipel des Pélages, est également le point de chute de milliers de réfugiés africains. Lesquels sont repêchés, morts ou vivants, par la garde côtière italienne, sur un pied d’alerte permanent. En plus de montrer la vie des habitants, à travers notamment le quotidien du jeune Samuele, fils de pêcheur adepte du lance-pierres et sujet au mal de mer, ce documentaire met en lumière les opérations de sauvetage effectuées auprès des embarcations précaires et surpeuplées voguant sur les flots de la Méditerranée, et les efforts déployés par les autorités sanitaires et médicales pour sauver leurs passagers.

Sans commentaire ni voix off pour guider le spectateur, ce documentaire de Gianfranco Rosi (né en Érythrée) est au contraire bercé par le bruit des vagues et le mouvement tranquille d’une caméra attentive et objective — dans ce que cette notion possède de plus authentiquement vrai. Empathique mais jamais misérabiliste, lucide mais jamais désespéré, le film oppose deux réalités qui se touchent à peine, et qui chacune aurait pu faire l’objet d’un film. Pour mieux nous surprendre, et nous émouvoir, Rosi renforce son propos (sur l’intense proximité des deux mondes, aveugles l’un à l’autre) en juxtaposant aux images insoutenables de corps extirpés des embarcations de fortune les pitreries du petit héros hypocondriaque (le frimeur le plus attachant du cinéma depuis Antoine Doinel). Ce parti pris audacieux aurait pu atténuer le choc. Au contraire, il le décuple.

Fuocoammare, par-delà Lampedusa (V.F. de Fuocoammare)

★★★★

Italie, 2016. Documentaire de Gianfranco Rosi.