Pierre Karl Péladeau de retour à la tête de Québecor

Pierre Karl Péladeau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Karl Péladeau

Près de quatre ans après avoir cédé sa place comme président et chef de la direction de Québecor, et moins de 12 mois après son départ surprise de la vie politique, Pierre Karl Péladeau rentre au bercail pour reprendre les rênes de l’entreprise fondée par son père en 1965.
 

Annoncée jeudi, la nomination de l’homme de 55 ans est « immédiate ». Elle n’a toutefois pas semblé effrayer les investisseurs, puisqu’en après-midi, à la Bourse de Toronto, le titre du conglomérat se transigeait à 38,31 $, en recul de 73 cents, ou 1,86 %.

M. Péladeau n’était pas disponible pour accorder des entrevues, mais dans une note envoyée aux employés que La Presse canadienne a pu consulter, il leur rappelle sa longue feuille de route au sein de la société.

« En d’autres mots, je suis très heureux de vous retrouver et de revenir, en quelque sorte, chez nous ! », écrit l’ex-chef du Parti québécois, qui avait préalablement occupé la présidence de Québecor de 1999 à 2013.


Pas de surprise


Si elle ne provoque pas un jeu de chaises musicales, la décision de M. Péladeau oblige néanmoins l’actuel président et chef de la direction, Pierre Dion, à céder sa place à la tête du conglomérat montréalais.

 
« Ce sera pour moi un réel plaisir de travailler de nouveau avec ces deux précieux collaborateurs […] afin de poursuivre la réalisation de notre plan d’affaires », a écrit M. Péladeau.
 

À l’interne, le retour au bercail de l’homme d’affaires n’a pas vraiment surpris les employés, qui s’attendaient à ce que ce dernier revienne plus rapidement.

En avril 2016, dans le cadre de l’assemblée annuelle de la société, le président du conseil d'administration, Brian Mulroney, avait indiqué qu’un retour dans un rôle décisionnel n’était pas prévu à court terme, laissant toutefois entendre que cela n’était qu’une question de temps.

À ce moment, l’actionnaire de contrôle de l’entreprise, qui venait de quitter la direction du Parti québécois ainsi que son siège de député à l’Assemblée nationale, se trouvait en processus de médiation avec son ex-conjointe Julie Snyder.


Un conglomérat transformé


M. Dion continuera à jouer un rôle important au sein du conglomérat en demeurant impliqué dans plusieurs décisions en plus de collaborer de façon étroite avec M. Péladeau, selon ce qu’on a pu apprendre.

Sous la gouverne de M. Dion, qui a pris la relève de Robert Dépatie en avril 2014 après que ce dernier eut quitté pour des raisons de santé, le visage du conglomérat a considérablement changé.

L’ex-grand patron du Groupe TVA a été à l’origine d’un recentrage sur le Québec en pilotant notamment la vente des actifs de langue anglaise de Sun Media en octobre 2014 en plus de mettre sur la glace le projet d’expansion pancanadienne dans le secteur du sans-fil. C’est également lui qui était aux commandes lorsque Québecor a vendu ses journaux hebdomadaires à Transcontinental.

 
Lisée demandera l'«avis» de PKP
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, compte continuer de demander « une fois de temps en temps » l’« avis » de M. Péladeau sur « des grandes questions économiques » même si celui-ci assume de niveau la direction de Québecor.

« Il a une connaissance de la réalité économique québécoise qui est colossale. […] Je ne veux pas qu’on se prive de la connaissance et des conseils de Pierre Karl et d’autres acteurs économiques du Québec », a-t-il affirmé lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale jeudi. M. Lisée, qui a pris la succession de M. Péladeau à la tête du PQ, se gardera « évidemment » de solliciter les conseils de « PKP » sur « des questions qui touchent l’empire Québecor — ce qui est quand même assez large », a-t-il précisé.

D’ailleurs, M. Lisée a appelé « à plusieurs reprises » au cours des derniers mois M. Péladeau pour lui « demander son avis, sur ceci, sur cela » — le sauvetage de la C Series de Bombardier par le gouvernement libéral par exemple.

D’autre part, le chef péquiste n’anticipe pas de retombées médiatiques positives pour le PQ ou plus largement le mouvement indépendantiste dans la foulée du retour de M. Péladeau, désormais indépendantiste assumé, aux commandes du « chef de file canadien des télécommunications, des médias d’information, du divertissement et de la culture », au contraire. « Il y a des périodes, au Parti québécois, à l’époque où Pierre Karl était p.-d.g., où on était très mécontents de la couverture médiatique. Je pense que ce sont des périodes que nous allons revivre », a-t-il lancé.

Indépendance de la presse
Selon le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, « les journalistes de Québecor ont démontré leur indépendance d’esprit ces dernières années, avec ou sans [M. Péladeau] ». « Je n’ai aucun doute qu’ils vont continuer à le faire », a-t-il dit.

L’élu caquiste Éric Caire a aussi dit n’avoir aucune crainte au sujet de la couverture de la politique québécoise faite par les entreprises du conglomérat médiatique (Réseau TVA, Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec, etc.) à la suite du retour de M. Péladeau au QG de l’emplire, disant avoir « confiance au professionnalisme des journalistes, et ça inclut les journalistes de Québecor ».

Des élus libéraux et caquistes ont souhaité la meilleure des chances à l’homme d’affaires avec qui il se sont colletaillés à l’Assemblée nationale pendant deux ans (2014-2016). « Il n’est plus en politique, alors M. Péladeau a droit de faire ce qu’il souhaite de sa vie. Puis, je pense que c’est un homme d’affaires qui est très intégré à Quebecor. La difficulté qui existait lorsqu’il était à la fois chef d’une formation politique et, je dirais, influent à l’intérieur des médias de Quebecor […] n’existe plus, alors je lui dis : bonne chance et bonne suite », a déclaré le ministre Pierre Moreau.

Quels bouleversements?


Adam Shine, de la Financière Banque Nationale, ne s’est guère montré surpris du retour de M. Péladeau dans le rôle qu’il a occupé pendant 14 ans. À moyen terme, l’analyste ne s’attend pas à des bouleversements majeurs.

« Est-ce que qu’il y aura des changements significatifs ? Pas vraiment », écrit-il dans une note envoyée par courriel, soulignant au passage que l’homme d’affaires devrait tenir sa première conférence téléphonique avec les analystes lors de la divulgation des résultats du quatrième trimestre, le 15 mars.

Selon lui, Québecor continuera à miser sur Vidéotron pour asseoir sa croissance, à tenter d’obtenir une concession de la Ligue nationale de hockey et de racheter le reste de la participation d’environ 19 % de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans Québecor Média, en plus de réfléchir au sort du spectre sans fil détenu à l’extérieur de la province.

M. Shine estime que le recul de l’action de Québecor est un réflexe automatique des investisseurs et que cela représente une occasion d’achat intéressante.

Aravinda Galappatthige, de Cannacord Genuity, s’est montré plus prudent dans ses commentaires. L’analyste croit qu’une décision pourrait finalement être prise relativement aux actifs de spectre sans fil jugés non essentiels hors Québec, dont il estime la valeur à 800 millions.

À long terme, M. Galappatthige dit demeurer « positif » quant aux perspectives de croissance du conglomérat.

4 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 16 février 2017 08 h 44

    Tout est parfait..

    Comme ça, mis à part sa fortune personnelle et ses gains de capitaux.

    PKP pourra continuer de gagner 140 fois le salaire moyen de ses employés.es.

    Christian Montmarquette

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 16 février 2017 11 h 28

      Nos chartes vous accordent le droit d'exprimer votre propos; toutefois, en le faisant valoir avec un respect certain de l'individu.

      Un peu d'empathie ne vous éttoufera pas; et, vous éloignera de ces propos qui me laissent croire à de la démagogie.

      Saisissez-vous qu'il fait un effort surhumain, malgré les aléas et les vicissitudes de sa vie, en reprenant la direction d'un fleuron de chez nous; pourquoi ne laissez-vous pas les actionnaires réagir?

      Procurez-vous donc une action votante de Quebecor; ainsi, vous obtiendrez le doit d'exprimer votre propos de vive voix.

      Ce sera le bon forum pour débattre votre propos; monsieur Peladeau vous écoutera et pourra vous répondre.

      L'audi alteram partem; vous connaissez?

      À titre informatif et pour votre culture, voici ce que cela implique que l'autre partie doit être entendue.

      J'ai un doute qu'en agissant ainsi cela est contre votre nature et votre état d'âme envers monsieur Peladeau.

  • Patrick Boulanger - Abonné 16 février 2017 08 h 50

    Il va être intéressant de voir si l'homme pas trop à droite que l'on a vu à la tête du PQ va le demeurer maintement qu'il est de retour à la barre de son entreprise.

  • Michel Bouchard - Abonné 16 février 2017 16 h 37

    Il va continuer.....

    à faire ce qu'il avait entrepris avant de devenir chef du parti québecois: soit de faire ce qu'il veut avec ce qu'il possède et ignorer tout sur son passage.