Juste la fin du monde

Photo: Films Séville

Douze ans après être parti de chez lui, Louis, dramaturge réputé âgé de 34 ans, revient dans sa famille, où on l’attend avec des sentiments partagés. En ce dimanche de canicule, sa mère Léa et sa belle-soeur Catherine, qu’il ne connaît pas, ont préparé le repas. Son frère aîné Antoine, ouvrier d’usine, affiche fièrement sa rancoeur envers lui et sa soeur cadette Suzanne, qui ne l’a pas vu depuis l’enfance, cherche à capter son attention. Tous attendent une question, un intérêt de sa part, envers eux. Mais Louis a les idées ailleurs. Il est venu, en fait, annoncer à sa famille son décès prochain. Tendu par les non-dits, les malaises et les embuscades d’Antoine, le repas ne se déroule pas du tout comme le visiteur l’avait souhaité.

Alors que Xavier Dolan annonçait une rupture avec ses films antérieurs, son sixième opus s’inscrit au contraire dans la continuité de Mommy. On retrouve dans Juste la fin du monde son goût pour les prisons psychologiques et les rapports mère-fils sous haute tension. Sur le plan de la forme, la même recherche de l’effet s’exprime ici dans une courtepointe de gros plans soigneusement sous-éclairés, de ralentis hors foyer et de transitions musicales tonitruantes. Le texte dense est délivré à la trompette et dans les aigus par une distribution cinq étoiles, de laquelle deux profils ressortent. Celui, apaisant, de Marion Cotillard, émouvante en belle-soeur complice du secret qu’elle a deviné, et celui de Gaspard Ulliel, dont les silences pénétrants sont plus parlants que le texte de la pièce de Jean-Luc Lagarce — d’ailleurs cousu de banalités visant à couvrir ce qu’aucun personnage n’ose dire. Plus tape-à-l’oeil que profond ou pénétrant, ce Long Day’s Journey Into Night cuit à l’étouffée n’est pas pleinement abouti, même s’il témoigne toujours, de la part de Dolan, d’un bel appétit d’expérimentation avec le médium. On retient aussi quelques beaux instants d’émotion, dont une étreinte mère-fils à contre-jour et noyée dans le parfum.

Juste la fin du monde

(4) Canada. 2016. Drame de Xavier Dolan avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Antoine Desrochers, Arthur Couillard, Stephan Dubeau.