Changements climatiques: la COP22 en appelle au «pragmatisme» de Trump

Photo: Stéphane de Sakutin Agence France Presse

La 22e conférence de l'ONU sur le climat, qui s’achève vendredi à Marrakech, a brandi sa détermination à agir collectivement contre le réchauffement de la planète et lancé un appel au « pragmatisme » du climatosceptique Donald Trump.

« Le message de la COP au nouveau président américain est tout simplement de dire “nous comptons sur votre pragmatisme et votre esprit d’engagement” », a lancé à la presse Salaheddine Mezouar, le président de la COP22.

« La communauté internationale est engagée sur un grand combat pour l’avenir de notre planète […] pour la dignité de millions et de millions de personnes » et « nous continuons à tracer notre cap », a poursuivi le ministre marocain des Affaires étrangères.

À Paris l’an dernier, les pays se sont fixés comme objectif de contenir la hausse du thermomètre mondial « bien en dessous 2°C » et de revoir à la hausse les engagements des pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), actuellement insuffisants pour respecter cette limite.

Le résultat de l’élection américaine, deux jours après le début de cette COP, avait plongé négociateurs et représentants de la société civile dans la sidération, M. Trump ayant affirmé qu’il voulait tourner le dos à l’accord de Paris, et qualifié le réchauffement de « canular ».

Un certain attentisme et l’affichage d’une volonté sans faille à aller de l’avant ont ensuite pris le dessus.

Pays après pays, y compris la Chine (premier pollueur mondial avec 25 % des émissions mondiales de GES), ont au fil des jours confirmé leur engagement à appliquer l’accord de Paris, négocié âprement pendant plusieurs années.

« La volonté de la Chine de travailler avec les autres pays demeure », a assuré le négociateur chinois Xie Zhenhua.

Les États-Unis sont le deuxième émetteur de GES au monde (15 %) et, sous l’impulsion du président Obama, ont largement contribué à ce qu’un accord soit trouvé entre 195 pays.

Jeudi, ces derniers ont adopté une « proclamation de Marrakech » : « Nous, chefs d’État, de gouvernement, et délégations réunis à Marrakech […] appelons à l’engagement politique maximal pour lutter contre le changement climatique ».

Réduction des émissions de GES
Vendredi, 48 pays membres du « Climate Vulnerable Forum », représentant plus d’un milliard de personnes parmi les plus exposées au changement climatique, sont allés plus loin.

Ils se sont engagés à relever leurs objectifs de réduction des émissions de GES « avant 2020 », ce que préconisent les scientifiques pour maximiser les chances de rester sous 2 °C. Ils ont aussi dit vouloir atteindre 100 % d’énergies renouvelables « aussi tôt que possible » d’ici 2050.

Pour rester en deçà de 2 °C, les émissions de GES doivent être drastiquement réduites d’ici 2050, ce qui passe par un abandon progressif des énergies fossiles.

« Toutes les parties [pays] doivent entamer leur transition [vers les énergies renouvelables], sinon nous souffrirons tous », a commenté Edgar Gutierrez, le ministre de l’Environnement et de l’Énergie du Costa Rica.

Aide financière
À Marrakech, les discussions sur l’aide financière promise par les pays industrialisés aux plus vulnérables pour faire face au réchauffement a de nouveau été difficile.

Les débats se focalisent sur le montant de l’aide pour les projets d’adaptation (digues, surélévation des habitations, système d’alerte météo, etc.), qui ne représentant qu’environ 16 % de l’aide actuelle, selon l’OCDE.

« Les pays en développement ont demandé que l’aide à l’adaptation soit quadruplée, mais les pays riches s’en sont tenus à un doublement des montants pour ce type de projets », indique Armelle Le Comte de l’ONG Oxfam.

Sujet d’autant plus complexe qu’il n’y a « pas de méthodologie commune pour comptabiliser les projets en faveur du climat », ajoute-t-elle.

Accord de Paris
Le reste des discussions a porté sur la mise en œuvre de l’accord de Paris : préparer le rendez-vous de 2018 lors duquel un premier bilan des actions engagées par les différents pays doit être dressé, et s’entendre sur les informations qu’à terme, ils devront fournir afin que le processus soit le plus transparent possible.

Les débats se poursuivront à la COP23, qui sera organisée fin 2017 par les îles Fifji mais qui aura lieu en Allemagne pour des raisons logistiques.

« Après un cycle de négociations long et difficile [avant Paris], il fallait commencer à travailler sur le “comment faire” […] mais sans forcément espérer de grands résultats concrets ici », a confié à l’AFP Teresa Ribera, directrice du think tank Iddri.

« C’était une COP très différente, un nouveau cycle commence », selon l’ancienne négociatrice espagnole.

1 commentaire
  • Hélène Boily - Abonnée 18 novembre 2016 13 h 36

    Quelle farce!

    Ce que les pays pauvres, entre autres l'Inde et plusieurs pays d'Afrique voudraient entendre, c'est: "Non, vous ne restererez pas dans le noir mais on va vous éclairer (dans une moindre mesure vous climatiser) et vous donner à boire proprement." Tandis que nous, les pays riches nous refusons de réviser notre consommation à la baisse, au détriment même de nos chances de survie. Parce que la réalité, et nous le savons, c'est que la transition énergétique va diminuer notre pouvoir d'achat, la raison d'être de la plupart d'entre nous. Pas un gouvernement du Nord ne se mettra à dos le vote citoyen pour entamer cette obligatoire transition. Et cela est consternant.
    Je lis que les chefs d'état "appellent" à l'engagement politique. Ils ne font que ça, appeler. Quand lirons-vous qu'ils s'engagent formellement sous peine de sanctions? Lorsque l'Occident aura mal dans sa chair et que l'accumulation d'objets-déchets passera alors au second plan, probablement. Seulement, quand cela arrivera, le climat aurra peut-être atteint le point de non-retour?