Les autochtones continuent de réclamer une enquête indépendante

Viviane Michel, présidente des Femmes autochtones du Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Viviane Michel, présidente des Femmes autochtones du Québec

Le gouvernement libéral l’avait promise dans la foulée des révélations d’abus policiers à l’endroit de femmes autochtones de Val-d’Or, et pourtant : la plateforme sur la qualité des relations entre les corps de police et les autochtones au Québec n’a jamais été créée par l’équipe de Philippe Couillard.

« Il n’y a pas eu de plateforme du tout, peste la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel. Ce qui arrive avec les femmes qui dénoncent, c’est qu’elles sont dirigées vers l’enquête fédérale sur les femmes autochtones assassinées ou disparues. On s’entend-tu qu’on parle de deux choses différentes ? »

Pour elle comme pour le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, la possibilité qu’il n’y ait aucune accusation retenue contre les policiers québécois visés par des allégations d’abus envers des autochtones — telle que l’ont évoquée plusieurs médias mardi — ne change rien à la demande qu’elle martèle depuis un an. Vendredi, après que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) aura annoncé s’il a décidé de poursuivre, ou non, les policiers dénoncés par des plaignantes autochtones, Viviane Michel le formulera encore.

« Peu importe la décision [du DPCP], on continue à crier qu’on veut une enquête indépendante », annonce-t-elle. « On va continuer de demander une enquête, promet aussi Ghislain Picard. Il n’y a rien qui empêche le gouvernement de procéder avec une enquête qui est propre au Québec, quitte à nourrir l’enquête nationale. Le Québec a trouvé réconfort en se cachant derrière l’enquête nationale. »

Quand on l’a questionné sur l’abandon du projet de plateforme permettant d’étudier les relations entre les corps de police et les autochtones, le cabinet du ministre responsable des Affaires autochtones a référé au décret qu’il a autorisé, en août, et qui donne aux commissaires fédéraux le plein accès aux témoins et aux renseignements que possèdent les instances de la province. Relancée sur la question, l’attachée de presse du ministre Geoffrey Kelley a répondu par courriel que « les discussions se poursuivent ». « Le gouvernement est toujours ouvert à la tenue de cette plateforme », a assuré Chantal Gauvin.

Reste que Viviane Michel sent que le gouvernement provincial abandonne les femmes autochtones en quête de justice. « Depuis le départ, on dit qu’il y a une discrimination systémique. […] La justice doit s’appliquer pour tout le monde. C’est ce que les femmes attendent », affirme-t-elle.

Ghislain Picard ajoute que les 37 dossiers ouverts depuis le 4 avril 2016 par le Service de police de la Ville de Montréal, qui mène les enquêtes sur les abus policiers présumés, témoignent de l’importance du dossier. Peu importe ce qui est annoncé vendredi, le dossier ne sera pas fermé, et « au contraire », affirme-t-il. « [D’autant] qu’il y a toujours des personnes qui refusent peut-être d’aller de l’avant parce qu’à leurs yeux, c’est toujours des policiers qui enquêtent sur des policiers et la méfiance est au rendez-vous. »

8 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 16 novembre 2016 05 h 28

    Un petit chausson aux pommes avec ca

    C'est toujours la meme chose quand le Québec le peut, il se cahe derriere le fédérale pour ne pas etre obliger d'agir, voila pourquoi plusieurs sont federalistes, pur opportunisme et nous les laissons agir par pure opportunité, et on veut avoir un pays, comme si un pays serait juste une affaire d'opportunité, quelle culture veule, je pense que nous sommes vraiment les champions a ce niveau, un petit chausson aux pommes avec ca

  • Jean-François Trottier - Abonné 16 novembre 2016 08 h 03

    Du racisme non déguisé

    Le fait qu'une enquête indépendante n'ait pas encore démarré est nettement raciste.

    Cette non-décision ne peut être que politique et relève d'une administration de la justice bloquée tant dans ses structures que dans l'attitude générale du gouvernement Couillard.

    À mettre dans le même paquet que la chasse aux sorcières de la loi sur l'aide de dernier recours, la loi inique sur les mines et des dizaines d'autres, scandaleuses.

    Mais celle-ci est la pire parce qu'elle touche des femmes dans ce qu'elles sont de plus intime. Pas les sous, pas leurs terres, elles-mêmes.

    En tant que Métis du Québec (comme au moins 6 millions de personnes), je pleure et crie pour mes demi-soeurs inconnues et je réclame l'institution de cette enquête immédiatement.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 16 novembre 2016 08 h 12

    Bientôt, même « les pierres parleront»

    J'emprunte ce titre au Nouveau Testament. Selon moi, plus que n'importe qui, le comportement actuel du gouvernement québécois accrédite l'accusation de discrimination systémique formulée par les associations autochtones. Au risque de nous faire montrer ce que nous ne voudrions pas voir, le Québec a les moyens et le devoir de satisfaire totalement et rapidement les présentes demandes autochtones. Les faits allégués, certains criminels, sont terribles et se seraient passés ici, chez nous, avec nos policiers, autrement dit grâce à nous et ceci à l'égard des plus vulnérables d'entre nous. De plus, à ce que je sache, l'administration de la justice est de compétence provinciale depuis 1867 et les autochtones concernés vivent ici. Ce sont aussi nos frères et nos soeurs et les aider nous aidera tous à mieux agir.

  • Nicole Delisle - Abonné 16 novembre 2016 10 h 25

    Triste réalité!

    "Le gouvernement l'avait promise......" "...la plate-forme sur la qualité des relations n'a jamais été créée..." Est-on surpris? Pas du tout! Ce gouvernement promet des tas
    de choses pour calmer la classe citoyenne, mais rit de nous par derrière en laissant
    s'envoler ses belles promesses! C'est un gouvernement "comptable" de coupures, de
    compressions, de privatisation! Ne lui demandez rien d'autre pour régler des problèmes, il en est INCAPABLE. Il met le Québec sans dessus dessous et crée des problèmes innombrables dans tous les domaines, santé, éducation, service social, etc. mais s'en lave les mains quand tout craque de partout! Il crée des classes de gens selon leur pensée, mais il semble évident que les peuples autochtones n'en
    font pas partie, tout comme les plus démunis de notre société. Ce parti est au pouvoir
    grâce aux plus favorisés et c'est exclusivement pour eux qu'il travaille. Il s'offusque que des députés votent le dos tourné à l'assemblée nationale pour des mesures qui
    n'ont aucun sens, mais trouve acceptable que ses ministres répondent à l'opposition
    par des inexactitudes, des mensonges et du mépris! Cherchez l'erreur! Et il s'étonne
    en plus qu'il soit jugé comme parti le plus corrompu dans un sondage alors que probablement nous n'avons vu que la pointe de l'iceberg. Pourquoi tous ces gens qui ont volé les québécois ne sont-ils pas encore devant les tribunaux? Pourquoi tous ces
    gens vivent-ils la belle vie avec l'argent volé? Serait-il possible que le domaine de la justice et le poilitique travaillent en très étroite collaboration? Certains seraient-ils protégés par le pouvoir en place? À voir ce qui se passe, on est en droit de se poser
    la question! M. Couillard, vous et votre gouvernement nagez en eaux troubles, et votre manque de clarté, et disons-le de franchise envers les québécois, font en sorte que la collusion et la corruption vont vous coller à la peau encore longtemps! Et ce n'est peut-être pas juste une perception finalement?

  • Gilles Théberge - Abonné 16 novembre 2016 11 h 05

    Hypocrisie Couillardienne

    « Le gouvernement est toujours ouvert à la tenue de cette plateforme »...??? Est-ce que l'attachée politique qui a proférée cette inepsie est un peu gênée de cette déclaration...?

    Quelle hypocrisie, quel inepte ministre que ce Goeffry Kelly.

    Dailleurs je ne comprend pas qu'il n'y ait pas un mouvement massif d'apuis pour les amérindiens de l'Abitibi...

    Les flics qui sont sans culture à peu près font bien ce qu'ils veulent. En toute impunité.

    C'est dégueulasse. J'ai honte d'être Québécois.