Le chant des sirènes

Une foule d'environ un millier de personnes était dispersée çà et là pour assister à la première des deux représentations des Symphonies portuaires.
Photo: Jacques Nadeau Une foule d'environ un millier de personnes était dispersée çà et là pour assister à la première des deux représentations des Symphonies portuaires.

C'était dimanche dernier, à 14h, place Royale, dans le Vieux-Montréal. Le temps était froid et gris. Une fine neige tombait avec frivolité. Une foule d'environ un millier de personnes était dispersée çà et là pour assister à la première des deux représentations des Symphonies portuaires dont le musée Pointe-à-Callière célèbre le dixième anniversaire. Si vous avez manqué cette performance, vous pouvez vous reprendre ce dimanche, même heure, même port.

Cette année, les dixièmes Symphonies portuaires lancent la programmation du musée Pointe-à-Callière en lien avec le 400e anniversaire de l'implantation française en Amérique. Inspirées de ce thème, les Symphonie se veulent un hommage à l'Acadie.

Pour l'occasion, le musée a fait appel à Marc Beaulieu, compositeur fort populaire d'origine acadienne, né à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick. « C'est un honneur pour moi et aussi un retour aux sources », a-t-il dit en conférence de presse quelques jours avant la grande première de sa symphonie.

Avec une oeuvre inédite appelée Citoyens de l'Atlantique, Marc Beaulieu présente un concept multimédia qui incorpore des éléments plus traditionnels au tableau sonore des sirènes de bateaux. L'oeuvre est constituée à partir du carillon de la basilique Notre-Dame, du chant des sirènes de bateaux et de cloches tubulaires ainsi que d'autres instruments joués sur la place Royale. Toute une équipe de musiciens bénévoles agit à titre d'interprètes en actionnant les différentes sirènes et cloches. Sur la scène centrale, on a aussi pu entendre un joueur de cornemuse (élément soulignant la présence historique britannique), ainsi que le violoniste Félix Leblanc.

Cette fresque auditive qui souligne la présence acadienne se veut un hommage à la survivance de ce peuple. « C'est une symphonie qui nous parle des personnages de l'histoire acadienne, raconte Marc Beaulieu, visiblement touché. Durant tout le temps que dure la symphonie, on entend des noms, des compagnons de Champlain, qui visita l'Acadie en 1604, aux bâtisseurs de l'Acadie, des personnages qui ont vraiment existé. »

Les Symphonies portuaires sont précédées de Prélude pour l'Acadie saluant l'ensemble des francophones d'Amérique du Nord qui perpétuent encore aujourd'hui leur langue et leur culture. Installés sur une grande scène place Royale, dix musiciens lancent l'appel aux bateaux dans une pièce riche en poésie.

Cette « douce folie » du musée doit se faire durant l'hiver, afin de s'assurer qu'il y a des bateaux qui répondent à l'appel de la musique. Une fois la saison froide terminée, les bateaux repartent sur les flots. Si l'on se fie à dimanche dernier, la symphonie peut réussir de grandes choses puisqu'aussitôt la dernière note lancée, le soleil est apparu... «L'Acadie a fait sortir le soleil ! », a lancé joyeusement une dame dans la foule.

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Citoyens de l'Atlantique

« Je me suis inspiré de la tradition du Tintamarre », explique le compositeur Marc Beaulieu en parlant de Citoyens de l'Atlantique, composé pour les 10es Symphonies portuaires. En effet, l'Acadie a conservé, avec son célèbre Tintamarre, une tradition du Moyen Âge qui consiste à faire du bruit pour marquer des événements, tristes ou joyeux. À l'origine, on tirait des coups de fusil, voire des coups de canon dans les villages pour annoncer l'arrivée d'un personnage important (missionnaire, évêque), ou encore la naissance d'un enfant (deux coups de fusil annonçant la naissance d'une fille, trois coups celle d'un garçon).

En 1955, lors des fêtes du bicentenaire de la Déportation, l'archevêque de Moncton et les diverses paroisses acadiennes du Nouveau-Brunswick ont demandé aux gens de sortir dans les rues à 18h, alors que retentissait le bruit des cloches qui sonnaient à l'unisson. On leur a demandé de dire d'abord une prière et ensuite de faire du bruit avec divers objets : chaudrons, instruments de musique, fusils, etc. Ce fut le premier Tintamarre organisé en Acadie moderne. Cette tradition est maintenant célébrée tous les ans, le 15 août, dans plusieurs villes et villages.