Les «pas bons»

Combien faudra-t-il de commissions d’enquête pour faire la pleine lumière sur les années Charest ? Le scandale à la défunte Société immobilière du Québec (SIQ), déterré par l’émission Enquête, est trop important pour être mis de côté.

C'est une histoire du passé, mais un passé encore bien récent. Quatre collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec, William Bartlett, Franco Fava, Charles Rondeau et Marc-André Fortier, auraient empoché des ristournes de deux millions de dollars, de 2004 à 2006, dans le cadre de transactions pour la prolongation de baux concernant des espaces loués par la SIQ, dont M. Fortier était le p.-d.g.

C’est le vieux réseau libéral dans toute sa splendeur. MM. Fava et Rondeau étaient déjà connus du public pour leur participation à la commission Bastarache, portant sur la nomination des juges. Les travaux avaient démontré que les deux argentiers de l’ombre exerçaient une influence déterminante dans les nominations à des postes clés au sein des sociétés d’État. Ils évoluaient « au premier étage » politique, aux côtés du premier ministre Jean Charest, pour reprendre l’expression savoureuse de l’enquêteur à la retraite Christian Plourde.

L’ancienne présidente du Conseil du trésor Monique Jérôme-Forget paraît très mal dans cette histoire, même si on ne peut lui reprocher aucune infraction. Insouciante, légère, elle qualifie de « pas bons » les administrateurs de la SIQ recrutés par M. Fortier.

Et si les « pas bons » se trouvaient plutôt au sein du gouvernement Charest ? Un gouvernement qui fut assez naïf ou insouciant pour croire que des collecteurs de fonds prestigieux allaient se contenter d’un simple merci du premier ministre comme pitance.

Le premier ministre Philippe Couillard martèle que le financement du PLQ est désormais irréprochable, mais là n’est pas la question. M. Couillard se trouve lui-même en délicate posture puisqu’il a déjà retenu les services de William Bartlett comme organisateur politique en 2007. Le hasard est cruel au PLQ. Il place toujours des truqueurs d’élections et des bradeurs du bien public en contact avec des notables du parti.

Encore une fois, une enquête sensible, visant les échelons supérieurs de la classe politique québécoise, n’aboutit pas. L’Unité permanente anticorruption a bouclé son travail sur la fraude alléguée à la SIQ. Éternellement frileux lorsqu’il est question de la garde rapprochée de l’ancien premier ministre Charest, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) tarde à déposer des accusations. Le reportage d’Enquête laisse présager que la SIQ, sous la direction de M. Fortier, était minée par la fraude, le trafic d’influence et la perception de commissions secrètes.

Pour les élus, il est toujours délicat d’exiger publiquement des comptes du DPCP, au risque de remettre en question son indépendance. Devant tant d’enquêtes politiques qui sont freinées sans explication (le volet 2 de Diligence, le financement du PLQ sous l’argentier bénévole Marc Bibeau, et maintenant la fraude alléguée à la SIQ), il y a lieu de se demander si le DPCP est aussi indépendant du pouvoir politique qu’il le prétend.

Si le DPCP a l’intention de classer sans suite les enquêtes touchant le PLQ et la SIQ, il doit au moins dire pourquoi à la population.

27 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 7 novembre 2016 02 h 29

    Eh! oui. en ce domaine, il n'y a pas de hasards

    le monde n'a-t-il pas toujours eu ses pas bons et ce dans tous les pays du monde, ne sommes-nous pas une sociétée extrêmement tolérante avec ces fonctionnaire, car c'est de ca dont il s'agit, qui viennent de passer de la ferme, au pouvoir, au statut ayant du pouvoir, vous êtes vous déja demander, qui gère la police, prenez des cours du soir, vous le découvrierez, enfin, certains vont dire de quoi, il se mêle ,celui la et peut etre ont-ils raison, peut etre, avons-nous la police que nous méritons

  • Jean-Marc Simard - Abonné 7 novembre 2016 04 h 32

    Les «vrais pas bons»...

    Les »vrais pas bons», ce sont tous ces députés libéraux qui ferment les yeux sur les malversations de leurs chefs et des grands argentiers de leur parti...Les »vrais pas bons» sont tous les membres du parti libéral qui refusent de dénoncer les diverses pathologies qui affectent leur parti...Les »vrais pas bons» sont tous ces électeurs libéraux qui malgré tous les scandales qui affectent leur parti politique continuent à voter pour eux et à les porter au pouvoir...Quant à moi il y a belle lurette que ce parti aurait dû se saborder, et leurs représentants condamnées et mis en prison...Mais les »vrais pas bons» que sont les quelques policiers et juges nommés par les instances de ce parti de mafieux refusent de porter des accusations...Jusqu'à quand devra-t-on encore supporter tous ces pas bons libéraux...Jusqu'à quand encore ???

    • François Dugal - Inscrit 7 novembre 2016 15 h 10

      Vous oubliez madame la minstre "à la sacoche", monsieur Simard;
      c'était elle, la ministre responsable de la SIQ. Elle avoue maintenant candidement qu'elle s'en foutait comme de son dernier foulard griffé en soie véritable : c'est n'était pas assez "prestigieux" pour la fine fleur d'Outrement.

  • Gaston Bourdages - Abonné 7 novembre 2016 06 h 33

    Oh! Combien «Le hasard....

    ...est cruel avec le PLQ»! Pourquoi lire sur le PLQ convie-t-il moult d'entre nous avec ces désagréables et non nourrissants comportements que sont cynisme, raillerie, persifflage et autres du même acabit ?

    «Me semble que je me nourrirais le coeur, l'esprit et l'âme autrement...» que me glisse à l'oreille mon «chum» de taverne.

    Comme il peut être lourd le mot «pourquoi» !. Y répondre exige parfois de la culotte. Cette dernière composée de transparence, de clarté, de probité, de droiture, de respect voire même de dignité.

    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Hélène Gervais - Abonnée 7 novembre 2016 06 h 55

    La question que je me pose ....

    quand vont-ils se décider à arrêter charest? Jamais bien sûr. Alors il y aura un scandale aux deux semaines, comme c'est parti pour l'être. Dans deux ans il y aura des élections au Kébek et les libéraux, bien soutenus par un financement extraordinaire, remporteront encore les élections, car les Kébécois oublieront, car il n'y aura pas de scandale dans les deux mois précédant ces élections. Oui je suis pessimiste, car le nettoyage ne se fait pas, car il n'y a pas de volonté politique pour cela. Heureusement qu'il y a des émissions, et des journalistes qui font leur travail, sinon le peuple douterait mais ne saurait rien.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 7 novembre 2016 07 h 26

    Éloge d'un pitbull

    Charest PLQ SIQ lalalalère et vogue la galère de la "culture de l'impunité" comme disait France Charbonneau lors du dépôt de son rapport (cf Le Devoir , 25 nov. 2015).

    L'article de B. Myles est d'abord un parfait résumé des scandales et de leur imbrication. Surtout, son intro appuie courageusement M. Khadir qui, au 24/60 le 4 nov. dernier (±16m33s), dénonçait et accusait, respectivemen, la multiplication des commissions avortées tout en ciblant directement la solution, à savoir amener en Cour (criminelle) le suspect no 1 qui est partout dans ce bourbier, et qu'il n'hésitait pas à appeler le chef de cette bande organisé, Jean Charest. Un premier pas pour en finir avec l'impunité qui permet que ces pratiques criminelles se poursuivent, disait-il.

    *

    Quand M. Myles est entré à la direction du Devoir début 2016, j'étais plongée dans le dossier Charbonneau que je n'ai pas vraiment suivi durant les audiences, mais beaucoup à l'automne 2015. A l'époque, M. Myles était à l'Actualité, que je lis depuis longtemps dans sa version papier, et il m'impressionnait. Par sa pédagogie, d'abord, mais surtout par le fait qu'il a été une des trop rares voix publiques à s'élever contre le tablettage du Rapport. Il dénonçait sans gants blancs Renaud Lachance et surtout la si alarmante réaction de Couillard qui n'hésitait pas à jeter 44,8 million$ d'argent public investi dans la Commission pour protéger son parti corrompu sous prétexte qu'il ne l'était plus. Si facile.

    Quand M. Myles est arrivé au Devoir, donc, j'ai souvent répété et écrit mon soulagement car j'étais certaine que ce pitbull de la vérité (pas toujours, évidemment, cf. sa question pernicieuse à J.-F. Lisée au Devoir de débattre du 3 oct. dernier) ne lâcherait pas le morceau. C'est gagné et avec le scandale de la SIQ (un nom prédestiné), comptons sur lui pour avertir du danger qui menace notre maison (écosystème) démocratique et mordre là où il le faut. Ne lâchez surtout pas!