Gagliano obtient un délai

Ottawa - Les députés de l'opposition qui s'en pourléchaient les babines resteront sur leur faim ce matin: l'ex-ministre et ambassadeur déchu Alfonso Gagliano ne comparaîtra pas devant eux aujourd'hui pour expliquer son rôle dans le programme de commandites. Toutefois, ils se feront dire qu'il est assez inusité qu'un premier ministre signe des demandes de crédits supplémentaires comme Jean Chrétien l'a fait à trois reprises pour son offensive de visibilité.

M. Gagliano avait été invité à témoigner une bonne partie de la journée aujourd'hui devant le comité des Comptes publics, qui tente de jeter un peu plus de lumière sur le scandale des commandites mis au jour par la vérificatrice générale. Il a fait savoir qu'il ne sera pas disponible avant le 15 mars prochain parce que son avocat, qu'il veut avoir à ses côtés lors de son passage, est en voyage à l'étranger.

«Comme il s'agit d'un témoignage privilégié, ils [les témoins] sont obligés de répondre aux questions, mais ils peuvent toujours répondre plus tard pour consulter leur avocat au préalable», a expliqué le président du comité, le conservateur John Williams.

Le Bloc québécois n'est pas satisfait de ce délai, y voyant une tactique pour repousser le témoignage clé de M. Gagliano après les élections. «Je trouve ça inquiétant, a déclaré le chef Gilles Duceppe. Le 15 mars, on sera à deux semaines du déclenchement [anticipé] des élections. J'ai bien peur qu'il y ait une tactique pour faire en sorte qu'il y ait un autre problème le 15 mars et qu'on parte en élections sans qu'Alfonso Gagliano ne soit venu témoigner.»

Les souhaits de Chrétien

Le comité des Comptes publics recevra toutefois la visite de hauts fonctionnaires du Conseil du trésor et des Travaux publics. Ceux-ci expliqueront quelle est la procédure normale pour demander de l'argent supplémentaire dans le cadre d'un nouveau programme. Comme Le Devoir le révélait dans son édition d'hier, trois demandes totalisant 61,8 millions de dollars ont été soumises de 1996 à 1999 aux ministres du Conseil du trésor pour financer les activités de visibilité des Travaux publics. Chacune de ces demandes était signée non seulement par le ministre des Travaux publics de l'époque, Diane Marleau puis Alfonso Gagliano, mais aussi par le premier ministre Jean Chrétien, ce qui est inhabituel.

«Le premier ministre signerait les soumissions au Conseil du trésor qui concernent les organismes qui se trouvent dans son portefeuille, mais ce n'est pas nécessaire, non, qu'il signe toutes les soumissions au Conseil du trésor», a expliqué François Jubinville, porte-parole du Bureau du Conseil privé, le «ministère» du premier ministre. Les organismes qui relèvent du premier ministre vont du Bureau de la gouverneure générale et des commissions d'enquête au Secrétariat des conférences intergouvernementales, mais les Travaux publics n'en font certainement pas partie.

Par contre, il n'est absolument pas anormal que Mme Marleau et M. Gagliano aient signé ces soumissions. Seuls des ministres peuvent demander plus d'argent pour leur ministère respectif, a expliqué Arthur Kroeger, un ancien mandarin fédéral qui a travaillé au Conseil du trésor pendant quatre ans sous Pierre Elliott Trudeau, dans les années 70.

«Mon impression est que seul le titulaire du ministère qui demande plus d'argent signerait la soumission, croit M. Kroeger. Si le premier ministre signe un document de ce genre, alors oui, cela souligne certainement l'importance qu'il accorde à ce dossier, et c'est ce que M. Chrétien dira lorsque la question lui sera posée: il voulait indiquer que c'était une question très importante pour lui.»

M. Kroeger soutient qu'il ne se rappelle pas que M. Trudeau ait jamais signé une soumission au Conseil du trésor. Il ajoute toutefois qu'il y a 30 ans de cela et que les pratiques ont peut-être changé depuis.

Dans les documents dont Le Devoir faisait état hier, les demandes de crédits supplémentaires (une première de 17 millions par année pendant deux ans, une autre de 18,8 millions et une dernière de neuf millions) étaient justifiées par «les défis continus en ce qui concerne l'unité nationale, conjugués au résultat du référendum tenu au Québec». Dans la soumission, on n'indiquait pas qu'il s'agissait de financer le programme de commandites. On parlait plutôt de manière vague des «priorités du gouvernement du Canada en matière de communication».

L'opposition a par ailleurs demandé au gouvernement d'identifier le ministre qui a pris la défense des agences de publicité lors d'une rencontre d'un comité du cabinet portant sur les problèmes au programme de commandites. Cette rencontre a eu lieu le 10 juin 2002, soit quelques semaines à peine après que la vérificatrice générale Sheila Fraser eut déposé son rapport sur les trois rapports quasi identiques de Groupaction, payés un demi-million de dollars chacun.

Il serait ressorti de cette conversation que le programme était «bon» mais que le public le percevait comme étant «mauvais à cause de la concentration des contrats», indique le procès-verbal de la rencontre. Puis, un ministre non identifié aurait fait valoir que les frais payés aux agences de publicité «des coûts légitimes pour des services» et que «le gouvernement [devait] faire attention de ne pas détruire la réputation de l'industrie de la publicité».

Sept ministres étaient présents à cette rencontre: Ralph Goodale, Stéphane Dion, Herb Dhaliwal, Claudette Bradshaw, Denis Coderre, David Collenette et Robert Thibault. «Je voudrais savoir qui» a défendu ce point de vue, a demandé Gilles Duceppe en Chambre. Il n'a pas obtenu de réponse.

À sa sortie de la Chambre, M. Coderre a été pris à partie par les journalistes pour savoir s'il était ce ministre. M. Coderre a dit ne pas pouvoir se souvenir de ce qu'il aurait pu dire ou ne pas dire il y a deux ans. «Je ne me rappelle pas d'avoir dit cela.»
1 commentaire
  • Frank M. Sobayo - Inscrit 26 février 2004 11 h 05

    Le Joker

    Chrétien est le principal responsable des scandales et n`a rien fait pour les en empêcher.

    Gagliano était l`exécutant qui répondait au Premier Ministre Jean Chrétien,à ce moment.

    Il y a eu malversations,fraudes et corruption, Chrétien ne peut s`en tirer ainsi.

    Il serait injuste que seul Paul Martin porte l`odieux de ces scandales, hérités du gouvernement Chrétien.

    Punissez les coupables et faites maison nette.

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