La France demande le départ d'Aristide

Les partisans armés du président haïtien ont érigé des barricades aux entrées de Port-au-Prince pour protéger la capitale d’une attaque des insurgés.
Photo: Agence Reuters Les partisans armés du président haïtien ont érigé des barricades aux entrées de Port-au-Prince pour protéger la capitale d’une attaque des insurgés.

La France a demandé hier que le président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, quitte le pouvoir pour sortir de l'«impasse» son pays, où ses partisans armés ont érigé des barricades aux entrées de Port-au-Prince pour la protéger d'une attaque des insurgés et où le Canada envoie des renforts pour protéger son ambassade.

«Chacun voit qu'il s'agit d'ouvrir une nouvelle page dans l'histoire d'Haïti», a souligné à Paris, dans une déclaration à l'AFP, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Et d'ajouter: «Il appartient au président de tirer les conséquences» de «l'impasse» où se trouve Haïti.

L'idée d'une force de sécurité internationale pour Haïti, secoué depuis le début de février par une insurrection armée qui contrôle la moitié nord du pays et qui a fait quelque 70 morts et plusieurs centaines de blessés, semble progresser.

À Washington, le président américain, George W. Bush, a estimé qu'une force de sécurité internationale pourrait être envoyée en Haïti après un règlement politique de la crise.

Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra aujourd'hui une réunion publique sur Haïti, selon l'ambassadeur américain à l'ONU, John Negroponte.

À l'issue de consultations à huis clos, le Conseil de sécurité a publié hier une déclaration condamnant la poursuite des violences, la détérioration de la situation humanitaire et les violations des droits de l'homme. Pour le conseiller politique du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, Kieran Prendergast, «la situation empire de jour en jour» et «les événements de février nous montrent que Haïti a besoin d'un engagement à long terme, soutenu et important, de la communauté internationale».

L'opposition haïtienne, dont des représentants pourraient rencontrer en fin de semaine à Paris les autorités françaises, a réaffirmé avec force sa volonté de voir partir le président haïtien. «Il faut de toute urgence une solution politique et Jean-Bertrand Aristide, qui est la source du problème, doit partir», a-t-elle dit.

Le Canada a décidé d'envoyer un groupe de neuf militaires en Haïti pour renforcer la sécurité de son ambassade à Port-au-Prince, a annoncé hier le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham.

Il a cependant refusé, devant les journalistes, de dire si le Canada pourrait envoyer plus de troupes en Haïti dans le cadre d'une force internationale de maintien de la paix. Il a aussi refusé de répondre directement aux questions qui lui étaient posées pour savoir si le président Jean-Bertrand Aristide devait démissionner, comme l'a souhaité hier la France.

À Port-au-Prince, des pillages et des coups de feu ont été signalés par des témoins hier sans qu'il soit possible de les expliquer. Les entrées de la ville au nord, à l'est et à l'ouest étaient sous une étroite surveillance d'hommes en armes, parfois cagoulés, qui filtraient les passages à des points de contrôle formés de grosses pierres, de carcasses de voitures et de pneus. Les véhicules étaient fouillés par ces hommes à la recherche d'armes.

En début de semaine, Guy Philippe, un ancien commissaire à la tête des insurgés armés qui contrôlent la moitié nord du pays, avait promis de «libérer» Port-au-Prince du président Aristide dans les jours à venir.

Les insurgés se sont emparés hier de l'île de la Tortue (nord), habitée par 50 000 personnes et plaque tournante importante pour le commerce avec les États-Unis et les Bahamas, a appris l'AFP de sources policières. L'attaque n'a pas fait de victimes, selon ces sources. Située au large de la côte nord-ouest de Haïti, l'île de la Tortue était le dernier territoire du nord du pays à ne pas être sous le contrôle des insurgés.

«Nous mettons en garde les gens qui contrôlent le nord du pays de considérer le sud [comprenant Port-au-Prince] comme un fief de Jean-Bertrand Aristide», a déclaré dans la capitale Evans Paul, un des dirigeants de l'opposition. «La violence n'a jamais rien réglé et ceci s'adresse aux gens qui ont des armes dans le parti Lavalas ou de l'autre côté», a-t-il ajouté.

L'opposition politique et civile au chef de l'État s'est démarquée de l'insurrection armée dans le pays qui poursuit le même but d'un départ du président Aristide.

Après les départs de ressortissants de plusieurs pays, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a autorisé son personnel non essentiel et les familles de ses fonctionnaires à quitter Haïti pour la République dominicaine voisine, selon Kieran Prendergast.