Lamarre, Paradis, vous démoralisez nos bons docteurs!

Si le système de santé est inefficace, ce n'est pas la seule faute des médecins, plaide l'auteure.
Photo: iStock Si le système de santé est inefficace, ce n'est pas la seule faute des médecins, plaide l'auteure.

Lettre à Diane Lamarre, porte-parole péquiste en matière de Santé, et à François Paradis, porte-parole caquiste en matière de Santé.

Madame la Députée, Monsieur le Député, Cessez d’attaquer les médecins ! On se démène pour tenir à bout de bras un système de santé qui craque de partout. Notre salaire négocié entre autres par M. Gaétan Barrette quand il était du bord syndical, c’est de la vieille histoire.

Attaquez-vous aux vrais problèmes : que dire de la radiographie du poumon demandée en mars, avec une petite masse suspecte que mon oeil non radiologiste n’a pas vue. Six mois plus tard atterrit sur mon bureau un résultat inquiétant… possible cancer du poumon… radiographie de contrôle dans six semaines (six semaines après la première… On est déjà six mois plus tard !).

Possible cancer de la peau ? Deux ans d’attente pour un premier rendez-vous…

D’autres cas, en attente de chirurgies orthopédiques avec des listes de plus de deux ans d’attente ; des cas qui se détériorent, comportent une fonte musculaire importante, ont un effet délétère sur les autres paramètres du patient tel que le taux de sucre, de cholestérol ; capacité cardiaque à force d’attendre sans bouger… Quand on parle à l’orthopédiste, lui n’a pas assez de place opératoire et met en priorité les fractures, les cancers… Pendant ce temps, le médecin de famille prescrit des narcotiques et espère qu’on n’aura pas à traiter dans le futur une narco-dépendance ou un diabète induit par l’inactivité.

Ce sont là aussi les conséquences du système de santé inefficace que nous avons, créé par les décisions administratives. Le bureau du médecin de famille est surchargé, ce qui l’empêche de voir plus rapidement le patient ou de prendre d’autres patients. Et surtout, tout cela mine les paramètres de santé de notre population.

Le système craque et ce n’est pas juste à cause des « méchants médecins de famille » ou des « méchants spécialistes ». Si vous ouvriez vos yeux au-delà de ce que vous croyez que les médias et les électeurs veulent entendre, vous verriez la mauvaise gestion qui paralyse le système et les médecins et autres professionnels qui travaillent dans des conditions impossibles, se débattant bénévolement pour que leurs patients aient le centième de ce que leur condition médicale demanderait selon les règles de bonnes pratiques.

Quand le CUSM dit à ses obstétriciens de ne plus accoucher qu’un nombre restreint de parturientes, quand on n’a que trop peu de priorités opératoires et que les cas non urgents se détériorent jusqu’à devenir instables, quand les programmes d’évaluation du développement des enfants en région éloignée qui étaient universels dans des régions où l’indice de défavorisation est très élevé sont abolis, car engloutis dans les standards du grand CISSS qui ne voit pas la pertinence de niveler les services par le haut dans son territoire, donc les nivelle par le bas où ça fonctionnait bien ; quand on doit expliquer à une cliente que six mois entre sa mammographie et sa biopsie, c’est le nouveau standard ; quand pour fournir des travailleuses sociales en GMF, on retire les travailleuses sociales des CLSC et de la DPJ… voilà les réels échecs du système. Et ce n’est en rien la faute des médecins, mais d’une gestion où les patients sont bien loin d’être la réelle préoccupation. Les gestionnaires ont même dit à un hôpital (The Gazette, 30 octobre) qu’il voyait trop de patients… Attendez, mais n’est-ce pas la vocation d’un hôpital ?

S’il vous plaît, arrêtez de nous dénigrer partout. Je n’aurais pas fait sept ans d’université, une nuit blanche tous les quatre jours durant mes quatre dernières années universitaires pour être au chevet de personnes malades, je n’aurais pas risqué de ramener à la maison poux, virus et autres maux, passé à travers deux épisodes d’épuisement professionnel, fait de l’obstétrique où je pouvais passer cinq jours consécutifs sans dormir à me nourrir de biscuits « thé social » (la cantine étant fermée quand je me libérais), fait des gardes, géré des familles anxieuses et parfois agressives, juste pour l’argent.

Si nous avons choisi ce métier, pour la plupart, c’est par vocation. Pas celle du « Docteur Wilby » : celui-ci avait une femme à la maison qui veillait au grain et il n’a pas vu grandir ses enfants, mais par amour de l’humain quand même ; par amour de mes patients et par souci de santé publique aussi. Oui, nos revenus sont enviables, mais pour beaucoup moins de soucis, je serais administratrice, propriétaire de pharmacie ou ingénieure comme quelques-unes de mes amies qui font exactement le même salaire, dorment la nuit, ont des congés parentaux sans se sentir jugées et ont eu leurs études payées par le gouvernement. Et le droit d’incorporation. Si ce n’était que pour le salaire, j’aurais choisi une autre profession.

Or, le « bashing » dont ma profession est l’objet, entre autres à cause de vous, vos collègues politiciens et les médias qui s’en délectent, commence à irriter plusieurs de mes confrères et moi-même. Plusieurs songent à changer de profession, changer de provinces ou de pays, prendre leur retraite prématurée, plusieurs l’ont déjà fait.

Résultat, nous sommes moins de soldats sur le terrain pour nous battre pour le bien de nos patients. Vous démoralisez nos bons docteurs qui ont la vocation et vous leur enlevez ce qui leur reste de motivation et de fierté. Vous devenez la voix de Barrette et faites exactement ce qu’il attend de vous. Est-ce vraiment le mandat que vous vous êtes donné ?

S’il vous plaît, réfléchissez au mal que cet acharnement cause sur le terrain. Si cela ne vous convainc pas, venez passer une journée sur le terrain avec nous ! Appelez-moi, et je me ferai un plaisir de vous entretenir de notre réalité de terrain. Merci de prendre le temps de vous poser la question.

23 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 1 novembre 2016 07 h 01

    Discours incohérent! Propos plus alarmistes que ceux que vous dénoncez!

    Le système serait malade! Vous hurlez aux loups, encore plus fort que les Paradis et Lamarre! Il faudrait que les politiques et la critique se taisent pour soulager la misère ... des médecins!!! Difficile à suivre!!

    A vous lire, madame, ils ont toutes les raisons du monde pour dénoncer les problèmes de santé du système et les dérives actuelles. C'est à cette condition que les remèdes viendront!

    • Lynda Landry - Abonnée 1 novembre 2016 18 h 52

      Cher monsieur Lamarche, dommage que vous n'ayez pas su lire l'essence de mon texte. Au delà des revenus des médecins qui s'appliquent à la majorité des universitaires ayant des tâches lourdes de responsabilités, le système de santé va mal. Les patients sont mal servis, les services sont coupés partout. Notez monsieur que si mon propos était si incohérent, je ne crois pas que le chef de pupitre du devoir en aurait accepté la puplication, car ce journal en est un d'érudition et de partage d'idées.

    • Christian Labrie - Abonné 1 novembre 2016 19 h 20

      Mme Lamarrre, M Paradis, je ne sais pas, le ministre Barette se font du capital politique en déclarant des choses, qui parfois savent qu'elle sont fausses à propos des médecins. J'ai déchiré ma carte du parti québécois à force d'entendre Mme Lamarre.

  • François Beaulé - Abonné 1 novembre 2016 07 h 56

    Puisque la rémunération n'est pas le problème

    Il est quand même curieux que le médecin Lynda Landry reproche à deux députés « d'attaquer les médecins », ce qui est faux. Ces députés contestent l'ampleur de leurs rémunérations, ils n'attaquent pas les médecins.

    Dr Landry nous informe de la lourdeur de sa tâche aujourd'hui comme si cette lourdeur devenait tout d'un coup insupportable quand l'augmentation de sa rémunération déjà très élevée est remise en question.

    S'il manque de ressources humaines dans le réseau de la santé, dont des médecins, alors il faut former davantage de médecins et les payer moins et non pas plus. Si la tâche des médecins, dont celle du docteur Landry, est devenue inhumaine, il faut l'alléger et non pas augmenter leur rémunération.

    • Jacques Patenaude - Abonné 1 novembre 2016 09 h 11

      À lire cette article on peut en conclure que le docteur Barette aurait dû négocier de meilleures conditions de travail lorsqu'il était "chef" syndical. Ses membres auraient dû mieux le contrôler.....
      Devenu ministre il a persévéré dans cette voie. C'est lui le problème, pas ses gestionnaires qui font ce qu'ils peuvent avec sa réforme insensée.

      Le titre aurait pu être alors "Docteur Barette vous nous avez trompé"

    • Lynda Landry - Abonnée 1 novembre 2016 18 h 44

      Je suis tout à fait d'accord à réduire ma tâche cher monsieur, mais voyiez-vous on nous demande d'en faire toujours plus avec moins de ressources humaines et techniques pour nous assister. Si nous en faisions chacun moins, notre salaire dimminuerait proportionnellement, car pour la pluspart, nous sommes payé à l'acte, soit au nombre de soin directs au patient.

      Je suis assez au fait du sentiment général de mes confrères qui sont épuisés, essaient de faire plus avec moins. Les chefs de l'oposition tapent comme la population et les journaux à chaque semaine sur les médecins, leurs revenus, la prise en charge déficiente, le temps d'attente à l'urgence... Mais tout cela, ce n'est pas seulement de notre faute. L'essence de mon texte puisque vous avez besoin de précision est plutôt, cherchez plus loin que la pointe de l'iceberg, les problêmes du système de santé sont surtout ceux d'une culture perpétuellle des gestionnaires à prioriser un budget sans mettre le patient au centre des préoccupations.

  • Jules Desrosiers - Abonné 1 novembre 2016 08 h 41

    un peu d'auto critique svp

    Je ne doute pas que la docteur Landry se débatte avec dévouement dans un système de santé inefficace ni qu'elle souffre de voir souffrir des gens, qu'elle connait et aime. Mais sur le fonctionnement de ce système, j'aimerais ajouter mon grain de sel, si vous permettez.
    1. Je ne crois pas que le "bashing" des docteurs soit dirigé par des politiciens. Je crois que les attaques des politiciens reflètent un écoeurement de la population. Le mien en tout cas.
    2. Les médecins praticiens aiment blamer l'administration. Pour notre malheur à tous, l'administration de notre système de santé est entièrement aux mains de médecins. Quelques exemples: le premier ministre est médecin; le ministre de la santé est médecin; les syndicats de médecins, en partie responsables de la mauvaise image publique des médecins, sont (évidemment) dirigés par des médecins; les hôpitaux sont entièrement dirigés par des médecins; les ressources des CLSC, publics, sont transférés aux GMF, qui appartiennent à des médecins; les mécanismes de traitement des plaintes sont contrôlés par des médecins. Est-ce faire injure aux médecins de dire que les médecins ne peuvent pas exceller en tout (par exemple en politique et en administration)? N'y aurait-il pas place, dans des postes de commande, pour des administrateurs, des économistes, des logisticiens par exemple?
    3. Les médecins sont débordés. D'accord. Mais pourtant, ils continuent de se battre avec acharnement depuis des décennies (de Justin Roy à Gaétan Barrette) pour exercer et contrôler eux-mêmes des actes que pourraient rendre d'autres professionnels de la santé responsables - oui, il en existe - comme les infirmières, pharmaciens, psychologues, travailleurs sociaux, physiothérapeutes et autres encore.

    J'énumère ces quelques faits pour rappeler aux bons docteurs qu'ils ont une responsabilité collective dans la mauvaise gestion de la santé et qu'ils font partie de la solution, que ça plaise ou non.

    • Lynda Landry - Abonnée 1 novembre 2016 19 h 02

      D'accord avec vous pour nos ministre et premier ministre. Nos chefs syndicaux, comme tous les chefs syndicaux de tous les corps professionnels se battent becs et ongles pour garder nos acquis et les augmenter c'est vrai. Pour ce qui est des GMF, je vous l'accorde aussi. Je m'en plaint d'ailleurs dans mon texte, car mes jeunes patients de la DPJ viennent de perdre une travailleuse sociale de qualité au profit du GMF local. Je travaille en CLSC et les coupes à blancs y sont nombreuses, si vous avez bien lu, c'est aussi mon propos.

      Pour ce qui est du traitement des plaintes, vous vous trompez, aucun médecin sauf le médecin examinateur aux plaintes, qui n'est qu'un membre d'une grande équipe dans un CISSS. Pour ce qui est des direction d'hôpital c'est la même chose, peu de médecins, administrateurs, ergothrapeute, infirmiers, travailleurs sociaux sont aussi gestionnaires, et beaucoup plus que des médecins.

      Pour ce qui est des actes délégués, il y a la loi 90 et aussi plusieurs tâches déléguées de plus en plus à ceux qui ont des formations appropriée, pour notre plus grand plaisir car nous pouvons nous attarder aux tâches qui nécessite vraiment notre expertise.

      Merci pour votre commentaire, espérant que le mien vous instruira.

    • Christian Labrie - Abonné 1 novembre 2016 19 h 10

      Les hôpitaux ne sont pas dirigés par des médecins, surtout pas "entièrement". La majorité des directeurs d'hôpitaux ne sont pas des médecins, ni les membres des conseils d'administration. Il y a plus d'administrateurs à la direction des hôpitaux. Le traitement des plaintes contre des membres du CMDP sont traités par celui-ci, pas les autres plaintes. Les médecins n'ont rien à dire, par exemple, si une plainte est portée contre une infirmière. Votre comception du fonctionnement du système de santé ne correspond pas à la réalité.
      Par contre, quand le docteur Landry dit que vien des médecins songent à démisionner, elle a boen raison.

  • Hélène Paulette - Abonnée 1 novembre 2016 09 h 51

    Qu'est-ce que vous attendez, Docteure?

    Pour vous battre contre votre corporatisme qui empêche les infirmières et les médecins étrangers de pratiquer? Que pensez-vous de l'incorporation des médecins qui ponctionne encore plus le système? De cette médecine à deux ou trois vitesses qui privilégie les bien nantis? Ça vous tenterait pas d'être à salaire commme tous les autres employés de l'État?

    • Lynda Landry - Abonnée 1 novembre 2016 19 h 02

      Voilà ma manière à moi de me battre madame. Et j'aimerais bien que la population se mobilise pour permettre des changements.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 1 novembre 2016 09 h 57

    "Notre salaire négocié entre autres par M. Barrette quand il était du bord syndical c'est de la vieille histoire" dixit Mme Lynda Landry.

    "Notre salaire négocié entre autres par M. Barrette quand il était du bord syndical c'est de la vieille histoire" dixit Mme Lynda Landry.
    Ouf et reouf!
    Ce n'est certainement pas de la " vieille histoire" pour le commun des mortels que je suis et qui paie actuellement et continuera à payer ses impôts dans le futur sans en retirer les bénéfices! Comme si l'argent consenti par l'État pour l'ensemble de ses missions n'était pas des vases communicants! Faut-il rappeler que les ressources de l'État ne sont pas infinies? Les administrations locales font bien souvent maladroitement ce qu'ils peuvent avec les maigres ressources qu'ils leurs restent! Si les médecins étaient si intelligents et à l'écoute des besoins de la population qu'ils prétendent desservir comment se fait-il qu'ils n'ont pas vu venir que leurs demandes salariales allaient mettre à terre tout notre système social? Maintenant, suivant l'argumentaire démagogique des médecins, tous les autres employés de l'État sont justifiés de demander la parité avec leurs confrères des autres provinces. Voilà ce qui devrait achever définitivement tout notre système social à moins que ce principe ne soit valable seulement que pour nos aristocrates médicaux! Et que dire de la "menace" de quitter la province qui nous est encore servie dans ce texte. Ça me rappelle une autre "vieille histoire", celle du coup de la Brink's en 1970. Celle-là aussi on nous ne la refera plus.
    Le texte de Mme Landry m'a rappelé un vieil adage que mon père comptable agréé et directeur d'hôpital disait lorsqu'il était un peu découragé du manque de jugement de certains des professionnels de son hôpital: "Ce que ça prend pour devenir un professionnel, et cela peu importe la profession, c'est de la mémoire.....pour passer les examens des corporations". Lui qui les plantait magistralement lorsqu'il lui arrivait de jouer aux cartes avec eux. Je crois que nous payions maintenant beaucoup trop cher pour des professionnels qui n'ont comme qualité professi

    • Jacques Tremblay - Inscrit 2 novembre 2016 08 h 56

      ( suite et fin)
      Ce que ça prend pour devenir un professionnel, et cela peu importe la profession, c'est de la mémoire.....pour passer les examens des corporations". Lui qui les plantait magistralement lorsqu'il lui arrivait de jouer aux cartes avec eux. Je crois que nous payions maintenant beaucoup trop cher pour des professionnels qui n'ont comme qualité professionnelle qu'un peu plus de mémoire que l'ensemble de la population. Finalement ce que décrit Mme Landry dans son article est en grande partie le résultat de la réaffection des ressources de l'État au plus mauvais endroit qui soit: dans des poches creuses sans fin, toujours les mêmes grâce en partie à des clauses remorques négociés...entre médecins compatissants...surtout corporativement!
      Jacques Tremblay
      Enseignant retraité
      Sainte-Luce, Qc