Haïti: l'opposition rejette le plan de paix

Port-au-Prince — L'opposition politique et civile haïtienne a annoncé hier son rejet du plan international de sortie de la crise en Haïti, défendu par les États-Unis et prévoyant un maintien au pouvoir du président Jean-Bertrand Aristide.

L'opposition a remis une lettre et un argumentaire à l'ambassadeur David Lee, chef de la mission spéciale de l'Organisation des États américains (OEA) en Haïti, a précisé à l'AFP l'un des dirigeants de la Plateforme démocratique de la société civile et des partis d'opposition, Evans Paul.

«Nous estimons que la conférence de presse de Jean-Bertrand Aristide, hier, est déjà une violation du plan international», a souligné Evans Paul. «D'après le plan, il n'appartient pas au président de la République, mais au conseil électoral provisoire, de fixer la date et d'organiser des élections» parlementaires. «Il s'agit d'un signe clair montrant qu'il n'est pas décidé à respecter le plan international qu'il a accepté» samedi, a-t-il estimé. Le président Aristide avait proposé hier matin, lors d'une conférence de presse tenue au palais présidentiel, l'organisation d'un scrutin d'ici novembre.

Le plan de la communauté internationale (États-Unis, France, Canada, Organisation des États américains, CARICOM [Communauté des pays des Caraïbes], en faveur duquel s'est personnellement prononcé le secrétaire d'État américain, Colin Powell, prévoyait le maintien d'Aristide à la tête de l'État jusqu'à la fin de son mandat, en février 2006.

Il comprenait également la nomination d'un nouveau premier ministre et d'un nouveau gouvernement jouissant de la confiance de la population et retirait au président plusieurs prérogatives, notamment en matière de police.

Plus de policiers

Lors de sa conférence de presse, Jean-Bertrand Aristide avait une nouvelle fois exclu de démissionner. «Je veux que les Haïtiens restent en Haïti pour qu'ils puissent voter aux élections, peut-être avant novembre prochain», avait-il dit, appelant ses compatriotes à ne pas quitter le pays.

Jean-Bertrand Aristide avait aussi demandé le déploiement de policiers internationaux en Haïti afin de combattre «les terroristes», qualificatif utilisé pour désigner les insurgés qui contrôlent maintenant la moitié du pays.

Selon des sources bien informées, un ministre qui est membre du cercle le plus rapproché du chef de l'État, soit le secrétaire d'État aux Affaires sociales et ancien directeur général de la police, Jean-Claude Jean-Baptiste, a fui récemment Haïti.

Le mouvement insurrectionnel, dont l'opposition politique s'est démarquée, s'est encore étendu en Haïti avec la chute, dans la nuit de lundi à hier, d'une nouvelle ville située dans le nord-ouest du pays. Selon des radios haïtiennes, Port-de-Paix (nord-ouest, 120 000 habitants), située à quelque 300 km de Port-au-Prince, est tombée aux mains d'insurgés, ce qui a donné lieu à des pillages et à des incendies.

Depuis son déclenchement, le 5 février, l'insurrection a fait quelque 70 morts et plusieurs centaines de blessés.

Hier, le commandant militaire des insurgés, Guy Philippe, un ancien commissaire, a affirmé sur Radio-France internationale (RFI) que le but de ses troupes était de «libérer Port-au-Prince». Dimanche, il avait indiqué à l'AFP qu'il serait dans la capitale «avant deux ou trois jours» et qu'il comptait «libérer le pays entier avant 15 jours».

Par ailleurs, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a lancé un cri d'alarme, estimant que la vie de milliers d'enfants haïtiens, «les plus vulnérables dans les conflits», était menacée par la crise qui se poursuit.

Barricades

À Port-au-Prince, la population a érigé hier des barricades sur les routes conduisant à la capitale haïtienne, après que les rebelles eurent annoncé qu'ils marcheraient sur la ville dans les prochains jours.

Ces derniers contrôlant la moitié du pays, ce sont maintenant toutes les routes du nord de la capitale qui sont bloquées, ici par des bus garés de travers, là par des réfrigérateurs et d'autres objets lourds.

Dans la nuit de lundi à hier, certaines barricades ont même été enflammées dans un quartier riche de Port-au-Prince.

«Les barricades ne sont ni pour ni contre le gouvernement. Elles ont pour but de protéger les habitants de la région des insurgés», a déclaré un jeune homme posté près d'un barrage.