Après les défusions, les refusions?

Après les défusions, y aura-t-il des refusions au Québec? C'est une possibilité qu'a évoquée la députée péquiste Louise Harel, lors d'un débat sur la réorganisation municipale qui s'est tenu hier midi au Collège Maisonneuve.

Au dire de l'ex-ministre des Affaires municipales et mère de la loi 170 sur les regroupements municipaux, les défusions vont créer un tel fouillis administratif, «ça va être très bureaucratique», «il va y avoir tellement de chicanes» entre la ville centre, les arrondissements, les villes défusionnées et le conseil d'agglomération qu'à «un moment donné, l'opinion publique va dire: il faut que ça arrête». Et elle demandera quoi, l'opinion publique? La refusion?

Est-ce à dire que le Parti québécois, s'il revenait au pouvoir, refusionnerait les villes qui auraient quitté Montréal? Mme Harel a refusé d'expliciter sa déclaration, préférant dire que la priorité, pour l'instant, est «de mener campagne pour faire valoir le vivre-ensemble sur l'île de Montréal entre francophones, anglophones et membres des communautés culturelles». À ce sujet, le Parti québécois a d'ailleurs lancé le site jaimemontreal.qc.ca.

Le Devoir a constaté que d'autres, dans ce qu'on peut appeler le camp des «fusionnistes», n'hésitent pas à aborder la possibilité des «refusions». Selon eux, les villes défusionnées trouveront tellement la vie dure hors de Montréal qu'elles pourraient y revenir assez vite par la suite. Dans un entretien au Devoir, Simon Brault, de Coalition Montréal — un collectif non partisan de quelque 200 personnalités opposées aux défusions —, a dit «espérer» ce scénario, advenant le cas où certaines villes de l'île défusionneraient. Et pour les prochains mois, Coalition Montréal dit vouloir faire un travail d'information, notamment en faisant entendre des voix fusionnistes dans les journaux locaux. Simon Brault explique «que les gens qui ont des velléités de quitter Montréal doivent être plus au courant du coût, non seulement économique, mais aussi politique de quitter Montréal. C'est évident qu'en se retirant de la ville et en ayant une représentation dans un conseil dans lequel Montréal a un veto total, ceux qui partent n'en retireront pas un immense avantage», dit celui qui est aussi directeur de l'École nationale de théâtre.

Tensions ethniques

Au Collège Maisonneuve, hier midi, devant 300 personnes — étudiants, professeurs et militants pro et antidéfusion —, Louise Harel a au reste rappelé que l'idée des fusions municipales était sur la table depuis 40 ans. Selon elle, c'est même une «dimension de la vie collective qui avait échappé à la Révolution tranquille». Elle a présenté les fusions municipales à Montréal comme une réalisation visant «l'inclusion de toutes les communautés». À l'inverse, selon elle, les défusions sont une entreprise qui s'apparente à de la «ségrégation». Elle craint par exemple que «le boulevard Saint-Laurent ne redevienne une frontière». L'urbaniste Jean-Claude Marsan, de l'Université de Montréal, a pour sa part condamné les regroupements municipaux à Montréal en termes très durs. D'abord, souligne-t-il, la métropole fusionnée «a tout de suite implosé», les arrondissements devenant presque des «républiques», ce qui rend la prise de décision encore «plus difficile qu'avant les fusions». Paradoxalement, au dire de l'urbaniste, la Ville de Montréal s'en trouve affaiblie. Mais le plus grave, selon lui, c'est «l'affront» que le gouvernement péquiste a fait à la communauté anglophone en lui enlevant ses villes. Les fusions démontrent selon lui une «insensibilité à la culture anglophone» qui valorise les institutions municipales et communautaires. M. Marsan a déclaré: «Si, au début du XXe siècle, on avait tenté de nous [Canadiens français] enlever nos paroisses, on aurait crié au génocide!» M. Marsan a affirmé que le Parti québécois s'était trompé en copiant le modèle torontois de fusion. Revenant à plusieurs reprises sur le fait qu'il a vécu en Angleterre, il a souligné que plusieurs autres modèles auraient été disponibles, comme celui du Grand Conseil de Londres, qui chapeaute les nombreuses municipalités que contient la capitale britannique. Aussi, selon lui, la nouvelle Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) devrait inclure Laval.

Au Collège Maisonneuve, hier midi, devant 300 personnes — étudiants, professeurs et militants pro et antidéfusion —, Louise Harel a au reste rappelé que l'idée des fusions municipales était sur la table depuis 40 ans. Selon elle, c'est même une «dimension de la vie collective qui avait échappé à la Révolution tranquille». Elle a présenté les fusions municipales à Montréal comme une réalisation visant «l'inclusion de toutes les communautés». À l'inverse, selon elle, les défusions sont une entreprise qui s'apparente à de la «ségrégation». Elle craint par exemple que «le boulevard Saint-Laurent ne redevienne une frontière». L'urbaniste Jean-Claude Marsan, de l'Université de Montréal, a pour sa part condamné les regroupements municipaux à Montréal en termes très durs. D'abord, souligne-t-il, la métropole fusionnée «a tout de suite implosé», les arrondissements devenant presque des «républiques», ce qui rend la prise de décision encore «plus difficile qu'avant les fusions». Paradoxalement, au dire de l'urbaniste, la Ville de Montréal s'en trouve affaiblie. Mais le plus grave, selon lui, c'est «l'affront» que le gouvernement péquiste a fait à la communauté anglophone en lui enlevant ses villes. Les fusions démontrent selon lui une «insensibilité à la culture anglophone» qui valorise les institutions municipales et communautaires. M. Marsan a déclaré: «Si, au début du XXe siècle, on avait tenté de nous [Canadiens français] enlever nos paroisses, on aurait crié au génocide!» M. Marsan a affirmé que le Parti québécois s'était trompé en copiant le modèle torontois de fusion. Revenant à plusieurs reprises sur le fait qu'il a vécu en Angleterre, il a souligné que plusieurs autres modèles auraient été disponibles, comme celui du Grand Conseil de Londres, qui chapeaute les nombreuses municipalités que contient la capitale britannique. Aussi, selon lui, la nouvelle Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) devrait inclure Laval.
3 commentaires
  • Michel Careau - Inscrit 25 février 2004 07 h 59

    Toujours du même côté

    M. Marsan parle de «l'affront» que le gouvernement péquiste a fait à la communauté anglophone en lui enlevant ses villes. Les fusions démontrent selon lui une «insensibilité à la culture anglophone» qui valorise les institutions municipales et communautaires.

    Comment M. Marsan considère-t-il la fusion qu'a connue Ottawa alors que des villes francophones, telle Vanier pour ne nommer que celle-ci, ont été englouties dans le grand tout de ladite capitale nationale ?

    Michel Careau
    Gatineau

  • Pierre Denault - Inscrit 25 février 2004 08 h 02

    Minorité anglophone?

    Il nous faut réaliser qu'aussi longtemps que le Québec sera parti du Canada, les anglophones ne seront pas une minorité comme les autres.

  • Christian Gagnon - Abonné 25 février 2004 17 h 07

    L'affront n'est pas celui qu'on croit

    L'urbaniste Jean-Claude Marsan considère que le gouvernement du Parti Québécois a commis un «affront» à la communauté anglophone en lui enlevant ses villes. Pourtant, tous les services de proximité qui font la vie communautaire sont la responsabilité des arrondissements. M. Marsan affirme lui-même que la décentralisation de la métropole fusionnée est telle que les arrondissements en sont presque devenus des «républiques». Si tel est le cas, qu'est ce que la communauté anglophone a perdu? Au moment du débat sur la loi 170, plusieurs de ces municipalités anglophones de l'ouest se sont regroupées pour s'adresser aux tribunaux en alléguant la violation de leurs droits linguistiques. Même la commissaire aux langues officielles, Diane Adam, s'était mise de la partie. Ils ont été déboutés par tous les tribunaux et la Cour suprême, toujours très sensible aux droits des minorités, n'a même pas voulu entendre leur cause, jugée sans substance. M. Marsan s'estime-t-il plus féru en cette matière que les juges du plus haut tribunal du Canada? M. Marsan estime également que les fusions démontrent selon lui une «insensibilité à la culture anglophone» qui valorise les institutions municipales et communautaires. Et si certains francophones de Saint-Bruno ou Boucherville veulent se défusionner, est-ce parce qu'ils ont une culture municipale «anglophone»? Pourtant, la grande majorité des francophones de la métropole ont des ancêtres d'origine rurale. La position défendue par Jean-Claude Marsan apparaît fort peu convaincante. En fait, s'il y a un affront qui pointe à l'horizon advenant la défusion de larges pas de l'Ouest de Montréal, c'est plutôt celui de certains anglophones bien nantis d'ex-banlieues privilégiées qui exprimeraient ainsi leur refus de bâtir la métropole avec leurs modestes concitoyens francophones de l'est.