PQ: Lucien Bouchard ne voit rien de mal au fait de «gouverner une province»

L’ancien premier ministre Lucien Bouchard
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L’ancien premier ministre Lucien Bouchard

Moins d’une semaine après l’élection de Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois, l’ancien premier ministre Lucien Bouchard a invité les indépendantistes à ne pas craindre de « s’abaiss[er] à gouverner une province ».

Le conférencier d’honneur de la Fondation René Lévesque s’expliquait mal, jeudi soir, « la répugnance exprimée par certains [notamment durant la course à la direction du PQ] à gouverner une province ». « Il échappe à mon entendement qu’on puisse ainsi minimiser le rôle crucial joué par notre gouvernement dans la survie et le développement de notre peuple. Je n’arrive pas à voir un avantage quelconque à rabaisser la dignité des élus québécois et de notre État », a-t-il déclaré lors d’une allocution au Musée national des beaux-arts du Québec jeudi soir.

L’ex-chef de gouvernement a écorché les soi-disant héritiers de l’ex-premier ministre René Lévesque qui accusent de « provincialistes » ceux s’abstenant de mettre à l’ordre du jour le troisième référendum sur l’indépendance du Québec. M. Lévesque respectait le « rythme de [l’]évolution » de la population québécoise, a insisté M. Bouchard. En 1981, il « ne souhaitait pas s’obliger à l’aveugle à tenir un autre référendum qui exposerait les Québécois et la cause souverainiste aux graves conséquences d’un échec ». « À aucun moment, René Lévesque n’a jugé au-dessous de lui de gouverner une province », a-t-il ajouté, rappelant du même souffle le legs laissé par son gouvernement. « En s’abaissant à gouverner une province [on peut] adopter la Loi sur l’équité salariale, créer l’assurance médicament, donner son impulsion à l’économie sociale, mettre en place la politique familiale la plus généreuse du continent et rétablir l’équilibre des finances publiques… et par temps perdu on peut aussi construire une grande bibliothèque », a-t-il fait valoir à des dizaines de personnes rassemblées dans le pavillon Pierre-Lassonde.

Appel à la prudence

L’ex-chef de gouvernement a par la suite servi une sérieuse mise en garde aux péquistes rêvant d’ébaucher une charte des valeurs québécoises 2.0.

René Lévesque et Jacques Parizeau auraient, selon lui, été « troublés » par les débats en matière d’identité « qui secouent depuis quelque temps » le PQ. « À coup sûr, l’homme qui a donné sa lettre de créance démocratique au Parti québécois et parrainé l’oeuvre de Gérald Godin s’inquiéterait de tout dévoiement identitaire, craignant l’effet d’exclusion qu’en subiraient les nouveaux arrivants et les minorités issues de l’immigration », a-t-il affirmé d’un ton solennel.

Selon M. Bouchard, le nationalisme de M. Lévesque se définissait « par le rejet du mythe dévastateur du petit pain et par l’ouverture aux siens des portes de l’universel ». « [Il était à] l’opposée d’un repli sur soi », a-t-il souligné.

Dans l’auditoire, le 9e chef du PQ, Jean-François Lisée, était tout ouïe. Il a rejoint au-devant de la scène son ancien patron dès qu’il eut terminé son allocution. « La prudence est une vertu », a dit M. Bouchard. « Il a raison, il a raison, et il aurait fallu l’écouter lorsqu’il a dit ce qu’il a dit pendant le débat sur la charte, et d’ailleurs ma position sur les signes religieux est beaucoup plus proche de celle de M. Bouchard », a poursuivi M. Lisée, notant « des divergences [de vue] sur certains aspects, des convergences sur d’autres » entre M. Bouchard et lui.

Le chauffeur de M. Lévesque

M. Bouchard donnait le coup d’envoi du colloque « René Lévesque et le monde : nouvelles perspectives ».

Il a rencontré M. Lévesque pour la première fois lors de la campagne électorale de 1973. Le candidat du PQ dans Chicoutimi, Marc-André Bédard, l’avait désigné « chauffeur en titre de M. Lévesque » au Saguenay. « Ce furent mes premiers contacts avec lui, moi au volant, lui dans le siège arrière. » L’ancien fier propriétaire d’une Pontiac Bonneville a eu l’occasion d’échanger avec le chef péquiste lors d’un arrêt dans un casse-croûte. « J’ai cru voir l’occasion de faire plaisir à mon chef en me lançant dans une attaque à fond de train contre Robert Bourassa. Et y mettant une agressivité très partisane. M. Lévesque me regarda froidement pour laisser tomber qu’il pouvait différer d’opinions avec Robert Bourassa, mais qu’il avait du respect et même de l’affection pour le personnage. […] Je n’avais décidément pas le don de briller lors de mes contacts initiaux avec les hauts dirigeants du Parti québécois », a-t-il conclu, suscitant les rires du public.

Des universitaires et d’ex-politiques et administrateurs d’État disséqueront la pensée de René Lévesque sur « les grands débats planétaires de son temps » vendredi, en marge de la XIXe rencontre alternée entre les premiers ministres français et québécois — dont M. Lévesque a été l’un des instigateurs.


Avec Dave Noël

« C’est sûr que mon objectif c’est l’indépendance du Québec, mais ce qu’il a dit [Lucien Bouchard] sur gouverner une province, j’étais à ses côtés lorsqu’on a fait l’assurance médicament, lorsqu’on a réduit la pauvreté, lorsqu’on a créé les CPE, lorsqu’on a fait la nouvelle économie, lorsqu’on a fait le multimédia, c’est remarquable et une partie de ce que, quand on dit que le gouvernement Couillard est en train de démanteler le modèle québécois, ce n’est pas celui de Jean Lesage, c’est celui de Lucien Bouchard qu’ils sont en train de démanteler : les CLD, les outils régionaux de développement, c’est Lucien Bouchard et son équipe qui l’ont monté. Alors oui on peut faire des choses énormes comme province du Québec et j’ai bien l’intention si les Québécois veulent m’accorder la chance d’être premier ministre de le faire et de leur dire qu’on fera encore mieux comme état souverain. »
 
« Le premier [chef René Lévesque] a relevé le triple défi auquel se trouvent confrontés d’office tous les chefs du Parti québécois. Ils doivent d’abord persuader les électeurs de leur confier le pouvoir, garder le cap sur leur objectif premier et assumer le plein exercice de leur responsabilité gouvernementale, ils ne peuvent se défiler d’aucune de ces tâches, la troisième étant pour le moins aussi contraignante que les deux autres puisqu’elle découle d’un mandat fondamental de toute la population. René Lévesque pensait que l’acceptation des décisions de la collectivité s’inscrit au cœur de la démocratie. C’est pourquoi il respectait la volonté et l’intelligence du peuple qu’il s’employait par ailleurs à élever. Sans doute fondait-il son credo démocratique sur de profondes convictions humanistes. »
 
30 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 octobre 2016 02 h 29

    le pouvoir, le pays ou les compagnies,

    ho, ho s'il fut un temps ou je doutais, l'ambiguité vient d'etre tranchée, bizarre j'ai la conviction de l'avoir toujours su et également pour Mario Dumont, j'ai toujours su que c'était des gens de pouvoir avant tout, bien avant l'indépendance, en fait je crois que les populations savent ces chose, peut etre pourrions nous, nous poser la question a propos des nouveaux dirigeants, n'est ce pas l'ennemi numéro un du Québec et ce depuis toujours, peut etre a l'exception des patriotes, la lettre du Chevalier Delorimier est sans ambiguité a ce propos, voila la difficulté choisir entre le pouvoir et la patrie, un pays de compagnies est il toujours un pays

  • Yves Côté - Abonné 14 octobre 2016 04 h 44

    Ca promet...

    "Il a raison, il a raison..."
    Quelqu'un se rappelle-t-il ce qu'a fait Monsieur Bouchard ?
    En tout cas, soit Monsieur Lysée ne se souvient de rien, soit il s'en rappelle et travaille déjà à répéter l'échec pour nous.
    Avec un PQ fier de cela, mais ses membres se montreront-ils ou pas ainsi, ça promet selon moi pour l'avenir du pays !
    Eh misère de misère que certains ont donc de la difficulté à montrer qu'il faut marcher debout pour être un homme et une femme à part entière !
    Adulte et pleinement responsable en tout de lui-même...

    Allez !, Tourlou quand même.

    • Bernard Plante - Abonné 14 octobre 2016 11 h 11

      M. Côté, oui on s'en rappelle de ce qu'a fait Lucien Bouchard. Et M. Lisée n'a certainement rien oublié de cette époque car il était alors aux premières loges en agissant comme bras droit de... Lucien Bouchard.

      Copains, copains nous assistons aujourd'hui à une sortie de celui qui a plus miné le projet qu'aidé à sa réalisation venir protéger et défendre la vision provincialiste du nouveau chef. En résumé, selon M. Bouchard il n'y a rien de mal à marcher à genoux et à ne pas être maître de sa destinée! Jouer les seconds violons nous va si bien, surtout lorsque cela permet de nous faire passer des projets pétroliers sous le nez sans que nous n'ayons notre mot à dire. Ça promet pour la suite!

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 14 octobre 2016 05 h 07

    Les provincialistes

    Désolant quand même cette remarque de Lucien Bouchard sur les provincialistes, comme si M. Bouchard n'avait jamais eu l'ambition de diriger un pays.

    • Louise Collette - Abonnée 14 octobre 2016 08 h 23

      Tout à fait !

    • Jacques Lamarche - Inscrit 14 octobre 2016 10 h 29

      Les provoncialistes du PQ n'ont pas à se cacher! ! Un souverainiste, jamais, ne l'aurait pensé! Encore moins à le déclamer!

      Lucien Bouchard fait partie de ces dangereux obstacles à surmonter!

  • Raynald Rouette - Abonné 14 octobre 2016 06 h 18

    Le retour de Lucien Bouchard, «le donneur de leçon»


    Tout comme son frère Gérard, ils ne peuvent, du haut de leur «Chaire» s'abstenir de faire la leçon.

    Que de suffisance! Que de prétention! D'une tristesse...

    Il n'est pas certain, malgré sa grandeur d'âme, que René Lévesque serait d'accord avec cette initiative.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 14 octobre 2016 18 h 21

      Je suis tellement d'accord, cet affairiste à la solde des pétrolières décide de se dépoussiérer et de sortir des catacombes pour faire des déclarations lors d'une période de sa vie qui est maintenant révolue. Chacun s'accapare des propos de René Lévesque parce que personne n'a son envergure, et ceux-ci prétendent savoir. Il gagnerait à se taire.

  • Hélène Gervais - Abonnée 14 octobre 2016 06 h 39

    En parlant de chauffeur ....

    Mon ex-conjoint et moi étions les chauffeurs de René Lévesque et Jacques Parizeau dans la magnifique région de Kamouraska-Témiscouata en 1973. Quels beaux souvenirs. C'est à partir de ce moment-là que j'ai eu une profonde admiration pour M. Lévesque et beaucoup d'estime pour M. Parizeau.