États-Unis - Nader entre dans la course à la présidence

Washington — Ralph Nader, bête noire des démocrates qui lui reprochent d'avoir facilité l'élection de George W. Bush en leur retirant des voix, a annoncé hier sa décision de se lancer dans la course à la Maison-Blanche de novembre pour proposer une troisième voie aux électeurs.

Cet écologiste, défenseur des consommateurs, a justifié sa décision par l'absence de différences notables entre les partis démocrate et républicain et en dénonçant l'emprise des grandes entreprises sur le pouvoir.

«Après avoir mûrement réfléchi, j'ai décidé d'être un candidat indépendant à l'élection présidentielle», a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision NBC. Il ne se présente donc pas sous la bannière des Verts comme il l'avait fait en 2000. Les Verts doivent choisir leur candidat lors d'une convention en juin.

Les démocrates espéraient que M. Nader ne se présenterait pas. Ils ne lui pardonnent pas d'avoir contribué à la défaite de justesse de leur candidat Al Gore en 2000, en lui enlevant des voix indispensables à gauche, facilitant ainsi l'élection du républicain George W. Bush.

Il a repris la même argumentation qu'en 2000 pour justifier la nécessité de sa candidature: «Les deux partis sont en train d'échouer lamentablement, les républicains un peu plus que les démocrates. Il est temps de changer cette équation politique», a-t-il défendu.

«Ce pays a beaucoup trop de problèmes et d'injustices, il ne les mérite pas», a encore déclaré M. Nader.

«Trop de pouvoir et de richesse sont concentrées dans trop peu de mains [...] Washington est désormais un territoire occupé par les grandes entreprises», a-t-il encore affirmé, avant de dénoncer aussi les délocalisations d'entreprises et la politique irakienne du président Bush.

M. Nader, qui aura 70 ans la semaine prochaine, a refusé de dire s'il se retirerait de la course si elle devenait trop serrée entre le président sortant et le candidat démocrate. Alors que de nombreux dirigeants démocrates ont récemment tenté de le décourager de lancer sa candidature, M. Nader a démenti vouloir nuire au camp démocrate.

«Me traiter d'empêcheur de tourner en rond est méprisant, comme si avoir l'audace de défier ce système à deux partis revenait forcément à cela», a-t-il regretté. «Notre démocratie ne peut être contrôlée par deux partis qui servent les intérêts des grandes entreprises», a-t-il ajouté.

Un démocrate influent, le gouverneur du Nouveau-Mexique et ancien ambassadeur à l'ONU Bill Richardson, a exprimé le désespoir ressenti par de nombreux membres de son parti hier. «C'est sa vanité qui le fait courir, il n'a pas de mouvement, personne derrière lui», a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Fox. «Les Verts ne le soutiennent pas. Ses amis l'ont appelé à ne pas y aller. C'est juste une question d'ego», a-t-il dénoncé.

En 2000, M. Nader n'avait rassemblé que 2,7 % des votes. Mais il avait enlevé suffisamment de voix au candidat démocrate, notamment dans des États comme le New Hampshire et surtout la Floride, remportés de justesse par George W. Bush, pour avoir fait perdre le camp démocrate, estiment ces derniers.