Faut qu’on se parle

Jean-Martin Aussant, Claire Bolduc, Maïtée Labrecque-Saganash, Gabriel Nadeau-Dubois et Alain Vadeboncoeur ont lancé mercredi «Faut qu'on se parle». 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-Martin Aussant, Claire Bolduc, Maïtée Labrecque-Saganash, Gabriel Nadeau-Dubois et Alain Vadeboncoeur ont lancé mercredi «Faut qu'on se parle». 

Au printemps dernier, le témoignage de François Marcotte a ému tout le monde. Ce résident de 43 ans dans un CHSLD, atteint de la sclérose en plaques, était contraint de se tourner vers la charité virtuelle pour se procurer une douche supplémentaire par semaine. Si cette histoire a tant marqué les esprits, c’est qu’elle illustre concrètement les conséquences des politiques d’austérité des dernières décennies : comment se fait-il qu’en 2016, un patient ait besoin de la générosité publique pour simplement vivre dans la dignité ? Comment en sommes-nous arrivés là ?

Périodiquement, lorsque les médias lèvent le voile sur une telle histoire-choc, on assiste à une levée de boucliers. Les réactions populaires à la suite de la fermeture du centre de désintoxication de Mélaric en sont un autre exemple. Nous n’avons donc pas perdu le sens de l’indignation ni celui de l’action collective, comme le montrent les nombreux mouvements citoyens des dernières années, de la mobilisation des parents pour protéger l’école publique à celle des citoyens de la vallée du Saint-Laurent contre l’exploitation du gaz de schiste.

Ces débats et ces luttes ont permis à nombre de citoyens de faire entendre leur insatisfaction, et parfois de contribuer à changer les choses, mais force est de constater que la liste des propositions est plus courte que celle des doléances. Parce que si nous savons manifestement ce que nous ne voulons pas, savons-nous vraiment ce que nous voulons ? Autrement dit, au-delà de l’opposition à des projets et politiques néfastes, quel Québec voulons-nous construire ?

C’est pour répondre à cette interrogation que nous lançons une vaste tournée de consultation citoyenne sur l’avenir du Québec. Cet automne, nous irons à la rencontre de nos concitoyens et concitoyennes, afin de leur poser dix questions urgentes sur l’avenir du Québec. Nous aborderons les grands enjeux qui sont les nôtres : démocratie, économie, place des régions, indépendance, éducation, santé, relations avec les Premiers Peuples, diversité, culture et climat.

Nous sommes cinq personnes provenant de milieux et de générations différentes, mais nous partageons le même constat : malgré son immense potentiel, le Québec a de la difficulté à avancer. Pour sortir de cette situation, nous croyons qu’une grande discussion politique s’impose et qu’elle doit avoir lieu à l’extérieur des sphères partisanes. Si nous voulons nous remettre en marche collectivement, nous devons retourner aux racines de la vie politique : faut qu’on se parle.

Pour ce faire, nous organiserons de grandes consultations publiques d’un genre nouveau. Finies les présentations interminables de conférenciers suivies de courtes périodes de questions. Grâce à une application que nous avons développée, nos consultations seront vraiment participatives. Nous serons surtout à votre écoute et nous prendrons le temps.

Mais ce n’est pas tout. Nous lançons aussi une plateforme Web qui permet non seulement aux gens de nous faire parvenir leurs idées, mais aussi de nous inviter directement dans leur cuisine, afin de parler politique — au sens large du mot — avec nous. En mettant ainsi la technologie au service de la démocratie, nous donnerons la parole à des milliers de personnes, de toutes les régions et de toutes les origines, qui sentent que leur voix n’est pas suffisamment prise en compte dans les décisions de nos gouvernements et qui souhaitent participer à construire l’avenir.

L’objectif de cet exercice démocratique unique est bien sûr de dresser un portrait de la situation, mais aussi, et surtout, d’en arriver à des propositions concrètes, originales et largement partagées, pouvant aider à façonner le Québec de demain.

Notre vie politique a besoin d’une grande bouffée d’air frais. Il est temps d’ouvrir les fenêtres.

41 commentaires
  • Marc Drouin - Abonné 28 septembre 2016 11 h 34

    On commence Quand??

    "Le Devoir" se doit de relayer l'information afin que ses lecteurs puissent rejoint ce forum.

    Je suggère que que la plateforme se décline en plusieurs sections.

    - UNE SECTION "IDÉES ET DÉBATS"
    Avec sous sections : Economie, société, polique, éducation et environement.

    - UNE SECTION "PROJETS"
    Avec aussi sous sections : Économie, société, éducation et environnement.

    Afin que l'on puisse s'y retrouver, sortir des discourts stériles et allez de l'avant.

    "Réflexions + actions = Solutions" Çà prend pas un doctorat pour comprendre.

    Bravo! Pour votre initiative. J'ai hâte!

    • Patrick Daganaud - Abonné 28 septembre 2016 14 h 33

      S'il ne tente pas trop la conciliation des inconciliables, le vent en sera un de fraîcheur.

      C'est une initiative enlevante!

      Votre suggestion au Devoir est pleine de bon sens!

      Je serai à Sherbrooke, le 18 octobre.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 29 septembre 2016 09 h 11

      Conciliation des inconciliables, j'aime bien le terme M. Daganaud. Car la formulation concernant la diversité m'interroge.

      Concernant le racisme et la discrimination, un collectif de personnes signaient un article il y a peu disant que «le gouvernement du Québec a déjà en main les données et les outils pour agir avec célérité et pour donner suite aux nombreux engagements pris dans le passé.» Reste à appliquer les solutions.

      Et je me demande si la vision de la diversité qui en ressortira ne mettra pas en cause, encore une fois, les droits des femmes et l'égalité entre les femmes et les hommes. D'ailleurs, il aurait été intéressant qu'on dise : faut aussi qu'on parle des droits des femmes... On parle des peuples autochtones, de diversité, mais les droits des femmes?

      Parce que lorsqu'il est question de diversité, l'«ouverture» qu'on demande envers certaines communautés met souvent à l'épreuve le processus d'égalité en cours. Et souvent, ce ne sont qu'une partie de ces communautés qui vivent selon un mode plus intégriste, évaluée à 25%, le reste ayant souvent fui leur pays d'origine pour échapper à cet intégrisme. J'entends souvent des femmes juives ou musulmanes qui me disent qu'elles n'en veulent plus de ces dogmes, rites, idéologies rétrogrades qui les affectent particulièrement.

      Pensons ainsi à la ségrégation dans les mosquées, où le premier ministre Justin Trudeau s'est retrouvé. Réalise-t-il que la ségrégation est protégé dans les textes internationaux, dans les chartes des droits canadienne et québécoise? Et ce n'est qu'un exemple.

      Et lorsqu'il est question de diversité, tout près il y a la question de l'identité. Cette question est-elle occultée alors qu'on constate que certaines communautés que l'on voudrait «protéger» ne se gênent surtout pas, elles, pour afficher leur identité?

      Inclue-t-on dans la culture la question de la lanque également: parce qu'il faudrait bien qu'on continue d'en parler!

    • Marc Drouin - Abonné 29 septembre 2016 16 h 51

      Inutile de mettre la charrue devant les boeufs Mme St-Amour. Participons (avec la main sur le porte feuilles svp. Oui Monsieur!) et voyons que cela donnera.

  • Benoit Toupin - Abonné 28 septembre 2016 11 h 39

    Heureuse initiative

    Il faut vraiment aimer son peuple et son pays pour se lancer dans une telle aventure. Plus la discussion sera large et citoyenne, plus elle fera son chemin dans nos conversations communes.

    Il est temps de découvrir que notre liberté individuelle n'est possible que si, ensemble, nous bâtissons une maison collective solide et solidaire qui nous soutient dans notre créativité et nous protège dans notre vulnérabilité humaine. Le partage généreux et équitable des connaissances et des ressources ont permis à l'homme d'aller sur la lune, dans l'espace, de faire des réussites technologiques importantes. L'individualité donne bien peu s'il n'est pas vécue et épaulée dans un ensemble de savoir, de culture et de confiance en notre maison commune, la société et l'état dans lequel nous vivons.

    Je souhaite qu'un jour nous soyons fiers des impôts et taxes que nous versons à nos dirigeants, ayant acquis un niveau de confiance que le bien commun, la justice et l'équité est à la base de leur décisions. Pour en arriver à cet idéal, il faut se parler beaucoup et idéaliser sans complexe...

    • Claude Bariteau - Abonné 28 septembre 2016 12 h 22

      Il s'agit effectivement d'une initiative heureuse, laquelle, je pense, doit être supporté financièrement.

      S'il y a déjà des ressources qui l'alimentent, il faudrait le signaler, question de transparence. Si ce n'est pas le cas, il faudrait créer un fond qui recevrait des fonds pour éviter que les coûts reviennent aux initiateurs.

      Quoi qu'il en soit, personnellement, j'entends faire parvenir un montant dès que je saurai où l'acheminer.

    • Benoit Toupin - Abonné 28 septembre 2016 12 h 49

      Voici le lien: https://www.fautquonseparle.org/soutenir

  • Yves Ménard - Abonné 28 septembre 2016 12 h 03

    Pierre Curzi

    Excellente initiative.
    Bravo et bon courage.
    Un seul point : nonobstant vos grandes qualités, je postulerais qu'il vous manque un "vieux sage"
    Vous n'avez pas pensé à solliciter la participation de, par exemple, Pierre Curzi?
    Son humanisme, son expérience et, surtout, son absence de partisannerie évidente lors de ses interventions, notamment à Arcand, le matin, en feraient un apport précieux.
    Cet homme m'impressionne de plus en plus!

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 28 septembre 2016 12 h 07

    Bonne nouvelle!!!

    J'en suis bienheureux!!!

  • Céline Pelletier - Abonné 28 septembre 2016 12 h 45

    Bon!

    Beaucoup de signes d'espoir! Déjà, ces cinq-là, ça donne le goût d'avancer. Et aussi, peut-être surtout : enfin, un premier signe de volonté d'alliance Nation Québécoise et Premiers Peuples.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 septembre 2016 18 h 42

      Il faudrait aussi des anglos et des immigrants.

    • Marc Drouin - Abonné 29 septembre 2016 16 h 42

      Très certainement! Ils n'ont qu'a participer s'ils veulent êtres entendu.